20 juin 2012 - Saintuaire


SAINTUAIRE
Reliques et objets sacrés dans les textes vernaculaires des XIe-XIIIe siècles
20 juin 2012

Journée organisée par :

- Sophie Albert, MCF à l’Université Paris IV, EA 4349 « Études et édition de textes médiévaux »
- Hubert Heckmann, MCF à l’Université de Rouen, EA 3229 CÉRÉdI

Cette journée portera sur les reliques dans des textes vernaculaires de genres aussi variés que possible : chanson de geste, roman, drame théâtral, poésie lyrique, historiographie, hagiographie... Le champ chronologique sera limité aux XIe-XIIIe siècles. En effet, à partir du XIVe siècle, les champs du profane et du sacré sont redéfinis en profondeur par l’apparition massive de pratiques de dévotion laïques et individuelles, qui échappent pour partie à l’emprise du clergé. Il sera possible toutefois d’intégrer au corpus des textes des XIVe et XVe siècles, pour autant qu’ils entretiennent un dialogue avec les précédents.

On pourra s’intéresser à différents axes d’étude, non exclusifs les uns des autres :

1. Le travail sur les modèles. En représentant des reliques, les textes vernaculaires empruntent des motifs, des récits ou des structures narratives aux récits cléricaux et, au premier chef, à l’historiographie et à l’hagiographie latines. Ce faisant, ils refondent et transforment les éléments importés, pour les inscrire dans des configurations et des agencements nouveaux. L’un des objets de la journée sera d’étudier les modalités des transformations opérées par les textes vernaculaires, et de mettre au jour le cas échéant des spécificités génériques dans ces transformations.

2. Les reliques et leurs lieux. Où se trouvent les reliques ? De quelles significations les textes vernaculaires revêtent-ils leur ancrage local ? Et d’un point de vue dynamique, quels parcours géographiques leur quête, leur conquête ou leur translation occasionnent-elles ? L’Orient étant la terre par excellence des reliques, cette question invite, entre autres, à réfléchir sur les représentations de l’Orient dans les textes vernaculaires. Elle invite aussi à réfléchir sur les déplacements, les transferts et les passages que suscite l’histoire des reliques et, en particulier, sur la signification du pèlerinage. On pourra enfin examiner la question de la dispersion, de la collection ou de la réunion des reliques.

3. Les reliques et la mémoire. À quels ordre de temporalité les reliques renvoient-elles ? Et de quel rapport au temps sont-elles instauratrices ? Qu’elles remontent aux temps évangéliques ou au temps primordial d’un héros fondateur – saint ou roi, les reliques contribuent à la construction d’un imaginaire de la mémoire qui relie les vivants et les morts par le biais de la matérialité de l’objet. On étudiera la façon dont les textes mettent en scène la permanence ou l’irruption d’un temps mémorable auquel les reliques donnent partiellement accès. On cherchera à préciser les enjeux narratifs et anthropologiques de la mémoire ritualisée et sédimentée autour des reliques dans les textes vernaculaires.

4. Le statut des reliques : image-corps, image-objet. Les reliques tirent pour partie leur force et leur complexité du statut ambivalent qu’elles revêtent, entre l’objet inanimé, manipulable, susceptible d’être acheté ou volé, et le corps qu’elles présentifient. On peut interroger les relations qu’elles entretiennent avec ces deux pôles composant leur statut. Ces relations peuvent s’énoncer en termes d’association, de complémentarité, de substitution, de similitude... La question se pose d’une façon très singulière pour les reliques du Christ, théoriquement impossibles mais en réalité omniprésentes au Moyen Âge. Quelle est la place des reliques christiques dans les textes vernaculaires ? Enfin, d’autres objets, notamment des portraits ou des armes chevaleresques, sont explicitement comparés à des reliques (à un saintuaire) : que disent ces comparaisons sur le statut anthropologique conféré à l’objet, entre sphère du profane et sphère du sacré, et sur les systèmes de valeurs que les textes promeuvent à travers lui ?

5. Le texte et la relique. Les sources médiévales signalent souvent la présence, en association avec les reliques, des textes des authentiques, qui donnent sens et légitimité à l’objet sacré. Dans une perspective analogue, les morts pouvaient être enterrés au Moyen Âge avec un texte – une prière par exemple –, et certains récits mettent en scène des saints, comme Alexis, tenant en leur main le récit de leur propre vie. Texte et relique s’éclairent mutuellement. Il serait intéressant de montrer en quoi la poétique de certains textes peut être marquée par l’héritage spécifique de cette association entre le texte et la relique ; on pourra aussi être attentif aux divers procédés et dispositifs qui permettent à certaines œuvres de revendiquer pour elles-mêmes un statut proche de celui du reliquaire ou de la relique.


Visites

12 aujourd'hui
135 hier
303788 depuis le début
2 visiteurs actuellement connectés