26-27 mai 2011 - Qu’investit le récepteur d’une œuvre artistique ?


Qu’investit le récepteur d’une œuvre artistique ? Etude pluridisciplinaire et pragmatique de la réception d’une œuvre d’art. Sous la responsabilité de Daniel Mortier et Bérengère Voisin

« Car, beaucoup plus que les concepts dont s’encombrent nos cerveaux, nous sommes ce que nous pouvons voir, entendre, sentir, goûter, éprouver. » Susan Sontag, « Culture et sensibilité d’aujourd’hui », L’œuvre parle

Thématique

Ce projet a pour objectif d’analyser de manière pragmatique l’acte de réception du lecteur-spectateur d’une œuvre d’art (lecture, théâtre, peinture, photographie). Il s’agira de réfléchir à la nature des réactions du récepteur et aux mécanismes d’appréhension de l’œuvre en même temps qu’à ceux de la création de sens qui s’opère au sein de l’œuvre elle-même, dans la conviction que ces deux « moments » puissent être envisagés, ensemble, dans le cadre d’une coopération pragmatique. Il nous semble nécessaire d’interroger la notion de dialogisme, sous l’angle de la question suivante : ce que le récepteur investit est-il inversement proportionnel à ce que l’auteur dispose ?

Intérêts du projet

1. Nécessité d’une approche pragmatique

Dès les années soixante les théories de l’effet ont postulé le pôle esthétique comme objet d’étude nécessaire à la compréhension de l’œuvre. Les théories de la réception qui se sont développées par la suite délaissent quant à elles l’instance abstraite instaurée pour les besoins de l’analyse au profit des réactions du lecteur réel, mais la plupart d’entre elles ne s’appuient pas sur des enquêtes effectives. Pourtant, nombre de critiques qui s’intéressent aux questions de réception d’une œuvre littéraire regrettent en outre l’effacement de la subjectivité du lecteur réel (c’est notamment le point de vue de Jean Valenti dans « Lecture, processus et situation cognitive », in Recherches sémiotiques, vol. 20, n°1-3, 2000).

Par ailleurs, les théories de la réception ont trop souvent relégué au deuxième plan les « raisons de l’œuvre » et, avec elles, les apports d’une analyse sémiotique conduite sur la matérialité des formes qui s’offrent à la compréhension ou, pour mieux le dire, qui permettent la création partagée de sens qui se fait dans le cadre de l’expérience esthétique.

Il nous paraît donc essentiel d’offrir un renouvellement possible aux études de réception en considérant l’acte de réception de manière effective en se livrant à une recherche laissant une large place à la recherche empirique et à l’analyse des œuvres.

2. Approche pluridisciplinaire et internationale

Il nous paraît important de considérer l’acte de réception dans un champ d’analyse plus large que la seule lecture littéraire car l’acte de réception engage des mécanismes certes différents, mais dont le rapprochement devrait permettre une réelle émulation interdisciplinaire.

C’est la raison pour laquelle ce projet a l’ambition de faire coopérer des chercheurs issus de plusieurs disciplines (littérature comparée, littérature française, sémiotique, arts plastiques, linguistique, sciences de la communication, sciences cognitives, philosophie, histoire, histoire de l’art) et de différents pays (France, Italie, Canada, Belgique, Estonie) de manière à élaborer des outils et des méthodes d’analyse communs.

3. L’art en question

Afin d’offrir un axe d’étude commun et de circonscrire les analyses, nous proposons une problématique qui nous apparaît fondamentale pour comprendre la manière dont l’art fonctionne et en relation avec la tendance, toute contemporaine, de laisser place à l’investissement du récepteur, qui se conjugue souvent à une réflexion sur l’art elle-même (voir, par exemple, J. Kosuth, Art after Philosophy, 1969).

Le plasticien François Morellet affirme dans l’article Du spectateur au spectateur ou l’art de déballer son pique-nique, que moins l’artiste introduit de subjectivité dans son œuvre, plus le spectateur peut se frayer un chemin personnel (interprétatif, cognitif, sensoriel...). L’auteur de théâtre, Michel Vinaver suggère que moins la marque de l’auteur est présente plus le spectateur et l’acteur, peuvent « prendre le pas » sur la pièce, afin de pouvoir littéralement « mordre dedans » et restituer au théâtre l’efficacité qui lui est propre.

La question de la relation œuvre/sujet, de la force de l’effet et/ou directives de l’œuvre sur le sujet, de l’indépendance de ce dernier, posée en terme de proportion devrait permettre d’identifier les formes de stimuli et les formes d’investissement. En outre, il n’est pas du tout certain qu’une œuvre « chargée » sollicite moins le récepteur qu’une œuvre « épurée », hypothèse que nous aimerions vérifier.

Dans ce cadre, il nous semble nécessaire de ne pas se limiter aux expressions artistiques contemporaines puisqu’une approche historique pourrait nous aider à mieux comprendre le contexte de la réception, ses acteurs, et la nature même de l’instance réceptive.

III. Méthodes et déroulement

Les méthodologies convoquées voudraient rendre compte de l’approche pluridisciplinaire qui est à la base de ce projet. Ainsi, les chercheurs seront invités, à leur tour, à « déballer leur pique-nique » ou mieux, à mettre en commun leurs outils d’analyse. Le terrain commun sera celui d’une approche pragmatique, prémisse nécessaire d’une pleine compréhension de l’échange communicationnel qui s’accomplit dans l’expérience esthétique.

Des enquêtes auprès de lecteur/spectateur et la création d’un site internet permettront d’offrir des matériaux et des outils fonctionnels propices à l’échange et à la constitution de bases de ressources communes.

Des rencontres, sous la forme de journées d’étude et un colloque international donneront lieu à la publication des travaux.

IV. Développements

Le projet exploratoire dont la visée essentielle est d’amorcer un champ de recherche, de constituer une base de ressources communes, de produire des outils d’analyse et de communication devrait permettre, par la suite, d’ouvrir la réflexion à une large communauté de chercheurs et de multiplier les foyers de recherche dans ce domaine que nous aimerions prendre en charge grâce à l’obtention d’un financement ultérieur.



Documents joints

Programme du colloque des 26- et 27 mai (...)
Programme du colloque des 26- et 27 mai (...)