« Alchimie du texte ou profanation de l’œuvre ? La génétique textuelle à l’épreuve du numérique » – 28 février et 1er mars


« Alchimie du texte ou profanation de l’œuvre ? La génétique textuelle à l’épreuve du numérique »

Journée organisée dans le cadre du master Humanités numériques de l’université de Rouen (Faculté des Lettres et Sciences humaines), avec le soutien du CÉRÉdI et la collaboration de l’IRIHS.

Les 28 février et 1er mars 2018, à l’Université de Rouen-Normandie

Organisée par Tony Gheeraert

Présentation

Si, dans le champ des études littéraires, il est un domaine où les outils numériques ont fait la preuve de leur fécondité, c’est bien celui de la « génétique des textes ». Cette discipline, inventée dans les années 1970, se donne pour tâche de mieux comprendre l’élaboration des œuvres à partir de leurs textes préparatoires. Elle porte son attention sur des corpus jusque-là négligés (brouillons, manuscrits, carnets de travail, traces de toute sorte laissées par les écrivains), de façon à saisir au plus près le processus même de la création.

À l’origine, cette science toute nouvelle achoppait sur les limitations inhérentes au papier : la collecte de documents épars et de nature diverse, la mise à disposition de corpus éclatés, enfin l’exploitation de ces masses de données volumineuses, se heurtaient à des difficultés matérielles et financières difficiles à surmonter. Les publications d’ouvrages sur papier interdisaient également la circulation aisée à l’intérieur de ces vastes ensembles hétérogènes, et n’offraient pas non plus d’outils commodes pour appréhender et traiter ces informations.
La génétique a pleinement bénéficié des avancées progressives de l’informatique depuis cette époque : peu à peu, les progrès technologiques ont en effet permis de lever les principaux obstacles liés à l’emploi du support papier, et ont proposé aux chercheurs un socle de services vite devenu indispensable. Les dispositifs de numérisation, les bases de données, la création de standards éditoriaux adaptés, ont ainsi permis la mise en ligne peu onéreuse de documents « imparfaits » et « inachevés » jugés auparavant impubliables. De même, l’usage généralisé de l’hypertextualité, ainsi que le développement d’algorithmes de recherche avancée ont fourni à la « critique génétique » des instruments d’analyse susceptibles de renouveler notre compréhension des œuvres.

Depuis les années 2000, de vastes chantiers se sont alors ouverts. Des entreprises éditoriales ambitieuses, embrassant des corpus imposants, transforment le regard que nous portons sur la littérature. De l’altération des thèmes dans les manuscrits de Supervielle à la « génétique connectée » appliquée à Aimé Césaire, des brouillons hypertextuels de Madame Bovary aux pattes de mouche des Pensées, c’est dans le « laboratoire secret » de l’écrivain que nous allons pénétrer lors de cette journée. Y percerons-nous le mystère alchimique du geste créateur ? Ou plutôt, à trop fréquenter les arrière-cuisines de l’écriture, ne risquons-nous pas d’en finir pour toujours avec la légende du Génie, le mythe de l’Auteur et la sacralisation de l’œuvre ?

Cette manifestation retracera l’aventure de la génétique textuelle à l’ère du numérique à partir de quelques études de cas. Organisée en partenariat avec le CÉRÉdI, elle est destinée d’abord aux étudiants du master Humanités numériques de l’université de Rouen, mais elle est aussi ouverte à tout public intéressé par ces questions.


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