« Androgynie et travestissement au Grand Siècle » – 14 juin


« Androgynie et travestissement au Grand Siècle »

14 juin 2017 - Université de Rouen

Dans l’imaginaire occidental, jusqu’à la fin du XVIIe siècle, les concepts de masculinité et de féminité sont envisagés en termes de degrés plutôt qu’en termes d’opposition. Si des expérimentations anatomiques de plus en plus poussées mettent en question les anciennes croyances sur le corps humain, ces nouvelles connaissances peinent à remplacer les anciennes doctrines de Platon ou de Galien dans l’imaginaire collectif. Ainsi la femme n’est-elle généralement considérée que comme un mâle affaibli. Dans le même temps, la construction des deux sexes sous forme de continuité plutôt que de clivage ouvre la porte et au brouillage des catégories rendant plus facile l’expérimentation relative aux degrés intermédiaires entre les deux extrémités. Dès lors, il n’est pas surprenant de constater que le XVIIe siècle est souvent beaucoup plus tolérant que les siècles suivants envers les différentes pratiques et représentations culturelles qui mettent en question la distinction nette des deux genres. Parallèlement, cette même société exige une distribution claire et inviolable des rôles et s’appuie, ce faisant sur une vision extrêmement sexuée de l’Homme. Cette journée se propose donc de réfléchir aux différentes modalités de représentation du masculin et du féminin au XVIIe siècle en interrogeant la place de l’androgynie, du travestissement ou encore de l’homosociabilité.

Au XVIIe siècle, le modèle de virilité se transforme de manière sensible, l’idéal chevaleresque du Moyen Âge se trouvant concurrencé par une conception plus raffinée de la masculinité. Néanmoins, si le modèle viril s’adoucit en adoptant des traits réservés jusque-là au féminin, l’adjectif qualificatif « efféminé » garde sa connotation négative d’un homme, « devenu semblable à la femme ». En même temps l’image de la féminité devient modèle de civilité, tout en restant associée à la mollesse et la fragilité. Dès lors, l’identité masculine oscille entre vivacité virile et raffinement féminin, tout en devant éviter de trop s’efféminer. La masculinité devient ainsi une convention sociale, accessible aux deux sexes. Ou, pour le dire autrement, si la virilité s’inspire de caractéristiques féminines, la femme peut, elle aussi, emprunter certains traits masculins. La confusion qui résulte de ce réaménagement des genres se reflète dans les représentations artistiques de l’époque. La peinture comme la littérature témoignent alors d’une fascination pour l’androgynie naturelle de la jeunesse.

L’androgynie conditionne une pratique qui pousse le brouillage des genres à son extrême : le travestissement. Pratique sociale aussi bien que motif littéraire, le travestissement se présente sous de multiples formes. De L’Astrée aux Mémoires de l’Abbé de Choisy, le thème est constamment réinvesti. Tantôt pur divertissement, tantôt outil pour faire avancer l’intrigue plutôt que finalité en soi, le travestissement s’accompagne souvent d’une véritable interrogation sur l’identité humaine. Notamment lorsqu’un ou plusieurs protagonistes sont travestis dès leur naissance, la question de l’identité, du naturel aliénable, mais aussi du rapport entre les deux sexes se révèlent incontournables.

Mais l’androgynie et le travestissement invitent également à une interrogation plus générale sur l’identité humaine. En effet, le travestissement fonctionne surtout grâce à une androgynie propre à la jeunesse. Dès lors, on peut se demander si le clivage des genres ne s’impose qu’à partir d’un certain âge et lequel. Enfin, la pratique du travestissement peut souvent être associée à l’évocation de relations homosexuelles ou pour le moins homosociales. Dans certains cas historiques, l’homosexualité est liée au goût pour ce jeu avec les genres. Plus souvent, les rapports homosexuels restent de l’ordre de la suggestion


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