Appel à communication – « Un champ des possibles infini » ? – 14 décembre 2018

vendredi 6 juillet

« Un champ des possibles infini » ? La place de l’outil technologique dans la littérature numérique contemporaine

Journée d’étude organisée par l’ERIAC et le CÉRÉdI

Université de Rouen – Campus de Mont-Saint-Aignan

14 décembre 2018

Comité d’organisation  : Sandra Provini, Mélanie Lucciano, Tony Gheeraert

Comité scientifique  : Marcello Vitali-Rosati, Sandra Provini, Mélanie Lucciano, Tony Gheeraert, Françoise Simonet-Tenant, Anne-Laure Tissut, Gaëlle Théval, Hubert Heckmann, Sandra Gondouin

Présentation

Depuis maintenant plusieurs décennies, la rencontre de la littérature avec les sciences informatiques a induit des bouleversements qui dépassent la simple question de la « numérisation » des livres : les possibilités offertes par les nouvelles technologies, et en particulier l’intégration du texte à des univers d’images et de sons, ont provoqué la naissance d’œuvres « nativement numériques », et suscité de nouvelles pratiques de création. Fiction interactive, hyperfiction, transmedia storytelling, autant de formes émergentes d’une cyberlittérature dont on commence seulement à explorer les infinies possibilités.

Cette journée de séminaire du master 2 « Humanités numériques » s’intéressera en particulier aux enjeux que pose l’usage des techniques actuelles en termes de création. En renonçant au papier, les écrivains numériques ont acquis une souveraine liberté ; leurs œuvres, libérées des entraves de l’imprimerie, s’affranchissent du statisme du papier, jusqu’à devenir sur l’écran des unités mouvantes en constante métamorphose. En apparence dégagées de toute entrave matérielle, exonérées de la linéarité, jouant de toutes les ressources de l’hypertextualité, de la disposition graphique, et de l’interactivité, de telles œuvres semblent n’avoir pour limite que l’imagination des auteurs.

Cet indéterminisme apparent n’est-il pas pour autant tributaire d’autres contraintes qui, si elles diffèrent de celles imposées par la galaxie Gutenberg, n’en imposent pas moins aux œuvres leurs propres exigences ? D’abord, celle d’une « page-écran » étroitement dépendante du support de visionnage ; ensuite, celle d’une technique à évolution rapide qui accélère leur obsolescence et rend délicat leur archivage ; enfin, celle des outils mêmes auxquelles elles recourent : programmation, webdesign, algorithmes, s’ils soutiennent le geste créateur et autorisent les plus audacieuses expériences verbales, sonores et visuelles, n’en représentent pas moins d’autres cadres au sein desquels la création doit prendre place. Et l’on connaît le rôle ambigu joué par les contraintes dans les processus créateurs – féconde provocation à l’écriture, ou insupportable carcan.

« Toute ma vie, j’ai cru avoir devant moi un champ des possibles infini », écrit Serge Bouchardon au seuil de Déprise (2010) : nous croyons entendre des résonances métatextuelles dans ce propos. N’est-ce pas en effet la vertigineuse liberté expérimentale revendiquée par l’écrivain numérique qui se révèle aussi, in fine, une illusion ?

Nous tenterons de nous demander au cours de cette journée comment les œuvres numériques résultent d’interactions inédites entre les outils d’aujourd’hui et les projets des écrivains, de façon à mettre en évidence les modalités nouvelles de la « forme-sens » à l’heure du numérique. Du traitement de texte à Twine ou Scrivener, du détournement d’outils existants comme Twitter au développement dédié, de Flash à Html5, les solutions sont nombreuses et variées, et surtout elles ne peuvent manquer d’entraîner un impact sur les formes et les mécaniques d’écriture. Ce sont ces influences de la technique sur la littérature, et leurs rétroactions éventuelles, sur lesquelles nous nous proposons de faire porter notre questionnement.

Nous suggérons par exemple les pistes suivantes (non exhaustives) :
- Quelles sont les raisons qui poussent un auteur à recourir à un outil ?
- Quel rapport de contraintes s’établit entre l’écrivain, les logiciels, éventuellement les algorithmes qu’il développe ou fait développer ?
- Jusqu’où peut s’étendre la collaboration entre l’auteur et le développeur ? Les écrivains sont-ils amenés à devenir développeurs – ou les développeurs écrivains ?
- En quoi les contraintes propres à l’outil participent-elles de la fabrication du sens ?
- Quelles conséquences entraîne le choix d’un dispositif en termes d’exposition, de diffusion, de pérennisation, d’archivage des œuvres ?
- Quels problèmes d’édition se posent pour ces œuvres ? Quelle est la place de ces ouvrages numériques dans le monde de l’édition ?

Les propositions de communications, limitées à 300 mots et accompagnées d’un bref CV, seront envoyées avant le 1er octobre 2018 à tony.gheeraert@univ-rouen.fr, melanie.lucciano@univ-rouen.fr et sandra.provini@univ-rouen.fr

Pistes bibliographiques

Samuel Archibald, Le Texte et la Technique : la lecture à l’heure des médias numériques, Montréal, Le Quartanier, coll. « Erres Essais », 2009.

Jean-Pierre Balpe et Bernard Magne, L’Imagination informatique de la littérature, Presses universitaires de Vincennes, coll. « L’imaginaire du texte », 1991.

François Bon, Après le livre, Paris, Seuil, 2011.

Gilles Bonnet, Pour une poétique numérique. Littérature et Internet, Hermann, coll. « Savoir Lettres », 2017.

Serge Bouchardon, Littérature numérique : le récit interactif, Hermes Science Publications, 2009.

Serge Bouchardon (dir.), Un laboratoire de littératures. Littérature numérique et Internet, Paris, Éditions de la bibliothèque publique d’information, 2007.

Renée Bourassa, Les Fictions hypermédiatiques, Le Quartanier, Montréal, 2010.

Jacques Donguy, Poésies expérimentales. Zone numérique 1953-2007, Dijon, Presses du réel, coll. « L’écart absolu », 2007.

Alexandre Gefen, « Le devenir numérique de la littérature française », Implications philosophiques, 2012.

Isabelle Krzywkowski, Machines à écrire. Littérature et technologies du XIXe au XXIe siècle, Grenoble, ELLUG, coll. « Savoirs littéraires et imaginaires scientifiques », 2010.

Anne-Marie Petitjean (dir.), Numérique et écriture littéraire : Mutations des pratiques, Hermann, 2015.

Alexandra Saemmer, Matières textuelles sur support numérique, Publications de l’Université de Saint-Étienne, 2007.

Gaëlle Théval, Poésies ready-made, XXe-XXIe siècles, Paris, L’Harmattan, coll. « Arts et médias », 2015.

Christian Vandendorpe, Du papyrus à l’hypertexte : essai sur les mutations du texte et de la lecture, Paris, La Découverte, 1999.

Marcello Vitali-Rosati, « Littérature papier et littérature numérique, une opposition ? », Fabula / Les colloques, Internet est un cheval de Troie, février 2017.



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