Appel à communications – Flaubert politique

lundi 12 octobre

Flaubert politique

Appel à communication pour un colloque le 16 octobre 2021

Flaubert a traversé un siècle marqué par des changements considérables, foisonnant sur les plans idéologique, économique, social, institutionnel et politique. De 1820 à 1880 la France a connu deux révolutions, des insurrections, la Commune de Paris, des répressions sanglantes, une guerre sur le territoire national, et cinq régimes différents.
Élevé dans les idées libérales, Flaubert, passionné par l’Histoire, est gagné par le scepticisme au milieu des années 1840, et il se tient sa vie durant en marge de la vie politique, et critique à l’égard de tous les régimes. Il ne manifeste pas d’intérêt pour « la question sociale », devenue centrale en 1840. Si l’on en croit sa correspondance et les analyses les plus partagées par les spécialistes, il rejette aussi bien le socialisme sous toutes ses formes que l’ordre monarchique et clérical ; il est opposé à la démocratie et au suffrage universel qui assurent, selon lui, la victoire du nombre et de la masse au détriment de l’intelligence. Il estime que l’égalité, qu’il oppose à la liberté, est le triomphe de la bêtise. Il n’adhère pas à la croyance au progrès. Il prône un gouvernement de « mandarins », une « aristocratie légitime » (lettre à George Sand du 29 avril 1871) d’hommes exerçant le pouvoir au nom du savoir. « La politique sera une éternelle niaiserie tant qu’elle ne sera pas une dépendance de la Science », écrit-il à George Sand le 5 juillet 1869.
En 1857 Flaubert est rattrapé malgré lui par la politique. Poursuivi pour la publication de Madame Bovary, il écrit à son frère : « Mon affaire est une affaire politique, parce qu’on veut à toute force exterminer la Revue de Paris, qui agace le pouvoir » (lettre à Achille Flaubert du 1er janvier 1857) Plus que l’orientation de la Revue de Paris, n’est-ce pas surtout son roman qui est mis en cause, au nom d’une politique fondée sur l’ordre social et moral ?
Les romans de Flaubert posent des questions politiques spécifiques. Salammbô, « roman historique » conçu dans un esprit différent des romans de Walter Scott, représente le déchaînement d’une violence féroce et dont l’interprétation demeure partiellement énigmatique. L’Éducation sentimentale égalise les bourgeois petits et grands, le peuple, le socialisme, le christianisme et la démocratie, hiérarchisant à peine les discours qui traversent l’espace public et n’offrant ainsi aucune prise à la récupération politique.
Un chapitre de Bouvard et Pécuchet est consacré à la politique et aux événements de 1848 à 1851 vécus par les habitants de Chavignolles, qui incarnent, chacun à sa manière, la bêtise générale, jugée par les deux personnages. La pièce politique Le Candidat comporte une satire des élections au suffrage universel et de l’opportunisme politique. Dans Madame Bovary sont épinglés le rituel politique des Comices agricoles, et la phraséologie des autorités locales et des journaux qui la relaient.
On voit que, si Flaubert exprime dans sa correspondance son rejet de la politique et son scepticisme à l’égard des idéologies, en revanche, son œuvre fictionnelle est en prise directe sur la vie politique, et peut être lue comme une interrogation permanente sur l’histoire des pratiques et sur les enjeux juridiques et politiques fondamentaux.
Les affirmations tranchées de la correspondance et la complexité de l’œuvre fictionnelle ont suscité dans un passé plus ou moins récent les réflexions de Georg Lukacs, Jean-Paul Sartre, Pierre Bourdieu ou Jacques Rancière.
A l’occasion de la commémoration du bicentenaire de la naissance de Flaubert, le Comité de liaison des associations dix-neuviémistes, l’Association des amis de Flaubert et de Maupassant, et le CÉRÉdI (Centre d’Études et de Recherche Éditer/Interpréter) de l’Université de Rouen Normandie, organisent une journée sur le thème « Flaubert politique », le 16 octobre 2021. Cette journée sera consacrée à la mise en perspective des œuvres de Flaubert et à l’examen des idées politiques et sociales de l’auteur, dans leur rapport aux contextes pluriels et mouvants du XIXe siècle et à celui de la crise que connaît aujourd’hui la démocratie.

Plusieurs axes peuvent être envisagés :
- Lecture des œuvres sous l’angle des événements historiques, des faits sociaux, des mentalités et des représentations politique, de la réalité socio-économique ;
- Comparaison des fictions et de la correspondance sous les rapports de la politique et du politique ;
- Les évolutions de la pensée et des prises de position politiques de Flaubert ;
- Politique de la poétique flaubertienne ;
- Politique, autocensure et censure ;
- Confrontation politique de Flaubert avec ses contemporains, historiens, philosophes, économistes, acteurs politiques influents, écrivains engagés : Guizot, Michelet, Tocqueville, Taine, Renan, Comte, Littré, Thiers, Lamartine, Sand, Hugo, Zola, Lamennais, Leroux, Proudhon, Marx, Bastiat, etc. ;
- Dialogue politique par lettres entre Flaubert et George Sand ;
- Lecture politique par Flaubert de Victor Hugo, l’homme « engagé », en particulier l’auteur des Misérables ;
- Flaubert et Baudelaire après juin 1848, en relisant par exemple le livre de Dolf Oehler, Juin 1848. Le spleen contre l’oubli. Baudelaire, Flaubert, Heine, Herzen, Marx ;
- Les idées politiques de Flaubert ont-elles aujourd’hui un écho ? (le rôle des experts, la bêtise en politique, etc.).
Cette liste n’est pas limitative…

Le colloque se tiendra le vendredi 16 octobre 2021. Il pourra se prolonger le 17 octobre, en fonction du nombre de communications.
Il aura lieu à Paris, à une adresse qui sera précisée ultérieurement.
Les propositions de sujets sont à envoyer avant la fin de l’année 2020, avec un résumé d’une dizaine de lignes et une courte notice bio-bibliographique, à l’adresse yvan.leclerc@univ-rouen.fr
Ces propositions seront examinées par le comité scientifique courant janvier 2021, et les avis seront communiqués à la fin de ce mois.
Le comité scientifique, placé sous la responsabilité d’Antonia Fonyi, est composé de Thomas Boucher, Pierre Karila-Cohen, Judith Lyon-Caen, Yvan Leclerc et François Vanoosthuyse.



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