Catherine Bernard. Autorité et autonomie auctoriale – 22 novembre 2017


Catherine Bernard. Autorité et autonomie auctoriale
Journée d’étude organisée par Claudine Poulouin
Rouen, mercredi 22 novembre 2017
Comité scientifique : Derval Conroy, Edwige Keller-Rahbé, Perry Gethner, Claudine Poulouin.

« Du rouge, des mouches mais pas jupe », ainsi Mme de Coulanges décrivait-elle Catherine Bernard à Mme de Sévigné le 19 novembre 1694. Cela cadre mal avec ce que nous savons de la reconnaissance littéraire et mondaine de Mlle Bernard à cette époque, mais illustre assez bien la réputation équivoque qui n’a cessé de s’attacher à elle.

Lorsque Franco Piva entreprit d’éditer l’œuvre de C. Bernard, en 1993, il soulignait dans son avant-propos le cas singulier de l’autrice de deux tragédies représentées avec succès, de plusieurs romans comptant parmi les plus remarquables, plusieurs fois lauréate de l’Académie française et de l’Académie des jeux Floraux de Toulouse pour sa poésie, membre de l’Académie des Ricovrati de Padoue sous le nom de Calliope l’invincible, protégée des plus grands personnages de la cour… dont aucune trace significative ne subsistait. Les travaux engagés par cette réédition ainsi que l’anthologie des Femmes dramaturges en France (1650-1750), publiée la même année par Perry Gethner, ont fait apparaître C. Bernard comme une figure forte du paysage littéraire de la fin du XVIIe siècle et de la première décennie du suivant sans parvenir à la faire complètement sortir de l’ombre. La réputation littéraire de C. Bernard souffre, plus exactement, de rester associée à une écriture sous tutelle : celle de Corneille (dont elle serait la nièce), celle de Fontenelle surtout (dont elle serait la cousine et plus que cela). L’abbé Trublet, biographe idolâtre de Fontenelle, s’était contenté de dire que Fontenelle avait aidé C. Bernard de sa plume. François Gacon (1667-1725), non content d’ajouter à la légende, et sans davantage de preuves, qu’elle avait été la maîtresse de Fontenelle, fut de ceux qui ont prétendu que Fontenelle n’avait fait que se servir du nom de C. Bernard. Plus près de nous, l’un des plus savants spécialistes de Fontenelle soutiendra, avec plus de nuances mais sans nouvelles preuves, que la part la plus importante de l’œuvre de C. Bernard avait été écrite par Fontenelle. Or si Brutus (tragédie) a systématiquement été publié dans les Œuvres de Fontenelle, c’est à C. Bernard qu’on l’attribue lorsqu’on reproche à Voltaire de l’avoir plagié dans sa propre pièce ; et si Voltaire s’empresse alors d’attribuer la tragédie à Fontenelle, il n’est pas interdit de penser qu’il lui déplaisait par-dessus tout qu’on le soupçonnât d’être redevable à une plume féminine. L’on considère de même sans plus d’examen que la très violente Relation de l’île de Bornéo, publiée anonymement dans les Nouvelles de la République des Lettres après la Révocation de l’Édit de Nantes, est de Fontenelle. Mais c’est à C. Bernard, issue du même milieu protestant lettré que Basnage de Beauval chargé de faire parvenir le texte à Bayle, qu’elle fut d’abord attribuée. Sur un autre terrain, C. Bernard a peut-être contribué à définir l’esthétique du Conte de fées en insérant Le Prince rosier et Riquet à la houppe dans son roman Inès de Cordoue, paru en 1696, mais l’on tient que c’est elle qui s’est inspirée de Perrault dont le Riquet à la houppe est imprimé l’année suivante.

Catherine Bernard était soutenue par les Modernes et le Mercure galant qui en était le porte-parole ; Fontenelle s’intéressa manifestement à elle. Faut-il, pour ces raisons, lui ôter l’auctorialité de son œuvre ?

Le but de cette journée d’étude est de libérer C. Bernard d’une tutelle qui lui a été imposée sans fondements, notamment par des critiques postérieurs, et de lui rendre la place qu’elle mérite dans le paysage littéraire des années 1680-1712, en reconsidérant, sur la base des textes et des témoignages, l’hypothèse d’une collaboration avec Fontenelle pour, au moins, la vérifier de façon plus convaincante. On aimerait également parvenir à éclairer les conditions dans lesquelles, après son abjuration, C. Bernard est parvenue à vivre de sa plume en dépit des difficultés qui lui ont été faites.


Visites

44 aujourd'hui
115 hier
297066 depuis le début
3 visiteurs actuellement connectés