Comment sortir de l’Empire ? Le Groupe de Coppet face à la chute de Napoléon - 1-3 octobre 2014


Xe Colloque de Coppet
(Château de Coppet / Université de Lausanne, 1-3 octobre 2014)

Comment sortir de l’Empire ?
Le Groupe de Coppet face à la chute de Napoléon

Comité d’organisation :
Léonard Burnand (président), Stéphanie Genand, Florence Lotterie, Guillaume Poisson, Francesca Sofia

Argumentaire

À la suite d’une riche série de colloques portant sur la Révolution française (Coppet, 1988), l’Europe (Tübingen, 1993), le monde moderne (Liège, 1997), le voyage (Florence, 2002), l’Histoire (Coppet, 2006) et plus récemment « les Allemagnes » (Bonn, 2010), ce nouveau colloque se propose de replacer Mme de Staël et son cercle dans un contexte bien spécifique : la fin de l’Empire

(1814-1815). Il aura fallu attendre 2014 (année commémorant les 200 ans de la chute de Napoléon) et ce Xe Colloque de Coppet (issu d’une tradition instaurée il y a près d’un demi-siècle à l’occasion du bicentenaire de la naissance de Mme de Staël en 1966) pour qu’une grande manifestation scientifique soit entièrement consacrée à cette problématique centrale, que nous aborderons en privilégiant trois axes : la politique, l’esthétique, la question identitaire.

Le grand tournant de 1814-1815 se signale d’abord par sa dimension politique. La première abdication de Napoléon, l’octroi de la Charte par Louis XVIII, le Congrès de Vienne, les Cent-Jours, la défaite définitive de l’Empereur après Waterloo, le retour des Bourbons au pouvoir : autant d’épisodes qui scandent cette période mouvementée durant laquelle on voit se succéder, à une cadence effrénée, des régimes de nature fort différente (d’autant que le Napoléon « libéral » des Cent-Jours ne gouverne plus de la même manière qu’avant 1814, et que la seconde Restauration n’advient pas dans les mêmes conditions géostratégiques que la première). Dans ce contexte bouleversé où se joue la « refondation de l’Europe » (Thierry Lentz), les membres du Groupe de Coppet, à la fois acteurs et interprètes des événements, sont continuellement amenés à réajuster leurs conceptions du politique et de la politique, écartelés qu’ils sont entre la fidélité à certains principes fondamentaux et la nécessité de s’adapter à des circonstances sans cesse fluctuantes. C’est à la lumière de tels enjeux qu’on envisagera les réflexions et prises de position de Germaine de Staël, Benjamin Constant ou Sismondi, ainsi que leur contribution à l’élaboration de constitutions (à l’image de la fameuse « Benjamine »). On examinera aussi leurs hésitations et revirements, et l’on tentera de mettre au jour les hypothèses et projets qu’ils ont échafaudés pour l’avenir, car sortir de l’Empire et s’extraire de la domination d’un seul homme, implique de penser un nouvel ordre politique, fondé sur un renouvellement complet des institutions, une transformation profonde des rapports entre gouvernants et gouvernés, mais aussi une Europe plurielle, comme elle avait pu l’être avant 1789, sans pour autant liquider l’héritage de la Révolution.

Il conviendra également de se pencher sur les implications culturelles et esthétiques de cette entrée dans un nouvel espace-temps politique. On s’interrogera en particulier sur la place de Coppet dans le champ littéraire en voie de reconfiguration (par exemple, autour des usages de la presse). Mêmes si des extensions sont envisageables, le tournant 1814-1815 sera autant que possible privilégié, comme temps critique de cette reconfiguration, autour de quelques axes problématiques. D’abord, celui des bilans et des perspectives. Alors que la période impériale a été le temps des Tableaux fixant un état et un paysage, mais aussi un ordre du littéraire, on se demandera si sortir de

l’Empire ne suppose pas, d’une part, de produire un discours de la fin d’une époque et, d’autre part, de négocier à nouveaux frais un certain exercice de la « littérature » et une position de l’écrivain, marqués dès longtemps par l’esprit libéral de Coppet. Dans quelle mesure la chute de Napoléon implique-t-elle une sortie de l’opposition ? Quel est l’impact des transformations du cadre géopolitique européen sur la théorisation littéraire en termes « nationaux » et de partages de type Nord/Sud ?

Les années 1814-1815 représentent enfin, pour les membres du Groupe de Coppet, un événement humain, qui bouleverse en profondeur les solidarités et les liens. Si l’opposition à l’Empire avait renforcé l’identité du « groupe », uni par des valeurs politiques et philosophiques, tout comme des principes esthétiques, la chute de Napoléon fait vaciller les équilibres et révèle la complexité d’un tournant où se négocient, outre les divergences idéologiques, la trace affective laissée par les choix de carrière, les dissensions, les ruptures et les recompositions conjugales.

« L’empire de Napoléon était une prodigieuse anomalie, mais il dissimulait le chaos », souligne Pierre Kohler dans Madame de Staël et la Suisse (p. 634). Ces tensions imposent au Groupe de Coppet une double problématique :
- l’individu et la communauté : les choix politiques de Constant et Sismondi notamment, qui s’écartent de la ligne défendue par Staël sous les Cent-Jours et la Restauration, substituent au Groupe de Coppet une juxtaposition de trajectoires désormais affranchies de la solidarité collective. La disparition de l’Empereur révélerait-elle les divergences de ses adversaires ? Comment le Groupe de Coppet négocie-t-il le passage de l’opposition à l’intégration dans le nouvel ordre politique qui s’ouvre ?
- les héritages et les générations : si l’on envisage la chute de l’Empire à l’horizon des années 1820-1821 (mort de Napoléon, publication des Méditations poétiques consacrant l’entrée en romantisme, publication des Œuvres complètes de Staël par Auguste), s’y inaugure une autre page de l’histoire de Coppet, confronté à la transmission progressive de ses missions aux fils et aux filles. Auguste, désormais figure montante de la politique libérale, Albertine, dont le mariage requiert de solder la dette financière et symbolique du pouvoir envers Necker, Victor de Broglie, bientôt engagé dans la vie politique de la Restauration, incarnent la « seconde génération de Coppet ». Comment ce passage de relais se déroule-t-il ? Le Groupe de Coppet peut-il vieillir sans se trahir ni se métamorphoser ?

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