Héros ou personnages ? Le personnel du théâtre de Pierre Corneille


Ouvrage issu du colloque international de Rouen, les 15 et 16 décembre 2008, organisé avec le Mouvement Corneille, avec le soutien de la Région Haute-Normandie ; parution aux Publications des Universités de Rouen et du Havre en 2010.

Ce quatrième colloque consacré à Pierre Corneille depuis 2002 par l’équipe « Âge classique », s’est déroulé sous l’égide d’un comité scientifique international et pluridisciplinaire : C. KINTZLER (Lille III), H. MERLIN-KAJMAN (Sorbonne Nouvelle), M. DUFOUR-MAÎTRE (Rouen), et M. FUMAROLI (Académie Française), M. GREENBERG (Ithaca, New-York) et J. D. LYONS (U. de Virginie). La proportion importante de chercheurs étrangers atteste du rayonnement international du CÉRÉdI, et les contributions remarquables de doctorants et de jeunes chercheurs marquent son aptitude à assurer la relève des études cornéliennes. Les partenariats construits avec le Théâtre des Deux Rives d’une part, le Rectorat de l’Académie de Rouen d’autre part, ont donné à la manifestation un ancrage local, notamment auprès de nombreux professeurs du Secondaire (80 participants). Le colloque été marqué par la contribution significative de doctorants et de jeunes chercheurs (32% des communications, remarquables de surcroît), ainsi que par la proportion importante de chercheurs venus de l’étranger (32%).

En raison de la nature du sujet, le colloque réunissait des littéraires, mais aussi des spécialistes d’autres disciplines (études théâtrales, philosophie, psychanalyse, histoire de l’éducation), offrant ainsi le théâtre de Corneille à des analyses plurielles et croisées. La projection du film Le projet Cinna de D. GUÉNOUN et la représentation d’un spectacle théâtral et musical, La Retraite de Corneille, attestaient du caractère vivant des œuvres examinées au fil des communications, et cette ouverture vers les arts du spectacle a facilité l’accueil tout au long de la manifestation des étudiants et de leurs professeurs, mais aussi d’un public plus large et non spécialiste, rendu sensible à la relecture critique de l’héroïsme cornélien par la mise en scène de Nicomède par B. JAQUES-WAJEMAN au Théâtre des Deux Rives peu de temps auparavant (entretien public au théâtre avec l’organisatrice du colloque le 22 novembre). Le colloque enfin était inscrit dès mars 2008 dans le Plan Académique de Formation, grâce à l’action de M. F. DIDIER, IPR-IA de Lettres. 80 professeurs ont ainsi assisté au colloque, et quatre d’entre eux ont participé à la table ronde « Enseigner Corneille ». Une journée de formation en amont (21 octobre) leur avait présenté les pistes les plus récentes de la critique cornélienne et les avait préparés aux thématiques du colloque. Cette mission de formation répondait bien aux attentes et aux besoins des enseignants, selon leur évaluation du stage.

Le colloque se proposait d’examiner à nouveaux frais une question jadis incontournable de la critique cornélienne, devenue un poncif décrié mais difficile à écarter pourtant : le « héros cornélien » pouvait-il laisser place à une réflexion neuve sur le personnel du théâtre de Corneille ? Loin du bloc monolithique, solitaire, volontariste qu’était devenu le supposé « héros cornélien » dans la critique du XXe siècle, le colloque s’est attaché à analyser ce qui, dans les personnages d’exception de ce théâtre, relève de l’audace à vivre, à aller au bout de son désir. Diffracté, divisé, le héros offre à chacun des perspectives pour grandir, et non un modèle lointain, simplement fascinant voire écrasant. Libérés des déterminations moralisatrices dont la critique les avait surchargés, héros et héroïnes indiquent une authentique voie de liberté pour le sujet.

Ce renouvellement majeur de la perspective critique invite à de nombreux et importants prolongements : l’examen plus approfondi, tout d’abord, de ce « lieu de mémoire » qu’a été (et que demeure) la notion de « héros cornélien », dont l’archéologie reste à faire. Les perspectives didactiques et pédagogiques ouvertes lors de la table ronde méritent d’être mises en œuvre et réfléchies, dans le cadre d’un partenariat suivi avec le Rectorat. Les liens construits avec le spectacle vivant, notamment le Théâtre des Deux Rives, se sont déjà consolidées en 2009-2010, à l’occasion d’une nouvelle mise en scène par B. JAQUES. La relecture critique du « héros cornélien » invite enfin à la redécouverte d’œuvres méconnues du dramaturge : le CÉRÉdI, partie prenante de l’édition en cours du Théâtre complet (Classiques Garnier), s’attachera plus particulièrement à ces pièces.

Table

Héros, personnages, emplois, types…

Jean-Pierre RYNGAERT, Paris III, « Regard "contemporain" sur le personnage cornélien ».

Jean-Yves VIALLETON, Université Stendhal-Grenoble III, « Le système des personnages dans les pièces de Corneille et la structure de la troupe professionnelle ».

Bénédicte LOUVAT-MOLOZAY, Montpellier III, « Le vieillard amoureux, de la comédie à la tragédie ».

Héros, héroïnes

Susan MASLAN, Université Berkeley, USA, « S’asservir dans le théâtre de Corneille ».

Matthieu DUPAS, Paris III, « De Médée à la Toison d’or  : genre et héroïsme au féminin ».

Hélène MERLIN-KAJMAN, Paris III, « Le héros cornélien entre les deux guerres ».

Des héros pour l’école ?

Françoise GOMEZ, IPR-IA Académie de Lille, « Didactiques de Corneille ».

Jean-Claude GUEZENNEC, formateur et réalisateur cinéma, responsable de l’« Internat de la Réussite » de Yerville, « Corneille…des héros pour les quartiers sensibles ? ».

Héros à l’épreuve du tableau, de la scène et du film

Harriet STONE, Université Washington, Saint Louis, USA, « L’esthétique du héros ».

Denis GUENOUN, Paris-IV et Stanislas ROQUETTE, comédien, « Présentation du Projet du film Cinna  »

Héros pour qui ?

Suzanne GUELLOUZ, Université de Caen, « Le personnage d’Annibal dans l’œuvre de Corneille ».

Sarah NANCY, Paris III, « Héros et personnages à l’épreuve de la voix ».

Sylvaine GUYOT, Paris III, « Les coups d’œil héroïques sous le regard des personnages. Stabilité et historicité de la valeur chez Corneille : réflexion sur les scénographies de l’éblouissement ».

Katherine IBBETT, Université Ann Arbor, USA, « Mon ami, ce héros ».

Héros en question(s)

Catherine KINTZLER, Lille-III, « Corneille, l’ambivalence du héros tragique ».

Gilles SIOUFFI, Montpellier III et IUF, « Mensonges héroïques. Autour de la fonction défensive de la parole chez Corneille ».

Alexander ROOSE, Université de Gand, « ‘Honteux d’avoir tant balancé’ : les doutes des héros ».

François REGNAULT, philosophe, conseiller théâtral Compagnie Pandora, « Le héros cornélien : une éthique du désir ? ».

Héros face au temps

Mitchell GREENBERG, Université Cornell, USA, « La Mort comme Héros dans les tragédies de Corneille ».

Natacha ISRAËL, Rennes I et Facultés Universitaires Saint-Louis de Bruxelles, « Corps du héros, corps politique et leur (dé)composition dans Horace de Corneille et Coriolan de Shakespeare ».

John D. LYONS, Université de Virginie, USA, « Vouloir, être, héros ».


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