Journée d’études « Un champ des possibles infini ? » – 14 decembre 2018


Journée d’études « Un champ des possibles infini ? La place de l’outil technologique dans la littérature numérique contemporaine »

organisée par Tony Gheeraert, Mélanie Lucciano et Sandra Provini

14 décembre 2018 – 9h30-17h

Université de Rouen Normandie, Campus de Mont-Saint-Aignan, Faculté des lettres, bâtiment A, salle du conseil.

Programme

9h30 : Accueil des participants

10h : Ouverture

10h15 : Déprise, performance par Serge Bouchardon (Université de technologie de Compiègne)

SESSION 1
Présidence : Anne-Laure Tissut (Rouen-Normandie)

10h30 : Serge Bouchardon, « Littérature numérique : vers une gestualité spécifique au numérique ? »

11h15-11h30 : Pause

11h30 : Alexandra Saemmer (Université Paris 8-Vincennes-Saint-Denis), « La littérature informatique est-elle un art du dispositif numérique ? »

12h15-14h : Déjeuner

SESSION 2
Présidence : Sandra Gondouin (Rouen-Normandie)

14h : Gaëlle Théval (Université de Rouen-Normandie) : « De la performance aux réseaux sociaux : poétique des supports, poétique des réseaux »

14h45 : Emmanuel Cyriaque (Éditions Hyx), « L’édition Post-digital : hypothèses et conjectures ».

15h30-15h45 : Pause

15h45 : Peppe Cavallari (Hautes Études en Technologies de l’Information et de la Communication, Montreuil), « L’infra-ordinaire numérique : pour une poétique des notifications ».

16h15 : Oanez Helary (Université de Rennes-II), « Du play-by-post role-playing game sur forums à la littérature à contrainte ».

17h00 : Clôture

Pistes bibliographiques

Samuel Archibald, Le Texte et la Technique : la lecture à l’heure des médias numériques, Montréal, Le Quartanier, coll. « Erres Essais », 2009.

Jean-Pierre Balpe et Bernard Magne, L’Imagination informatique de la littérature, Presses universitaires de Vincennes, coll. « L’imaginaire du texte », 1991.

François Bon, Après le livre, Paris, Seuil, 2011 (https://www.tierslivre.net/).

Gilles Bonnet, Pour une poétique numérique. Littérature et Internet, Paris, Hermann, coll. « Savoir Lettres », 2017.

Serge Bouchardon, Littérature numérique : le récit interactif, Hermes Science Publications, 2009.

Serge Bouchardon (dir.), Un laboratoire de littératures. Littérature numérique et Internet, Paris, Éditions de la bibliothèque publique d’information, 2007.

Renée Bourassa, Les Fictions hypermédiatiques, Montréal, Le Quartanier, 2010.

Jacques, Donguy, Poésies expérimentales. Zone numérique 1953-2007, Dijon, Presses du réel, coll. « L’écart absolu », 2007.

Alexandre Gefen, « Le devenir numérique de la littérature française », Implications philosophiques, 2012.

Isabelle Krzywkowski, Machines à écrire. Littérature et technologies du XIXe au XXIe siècle, Grenoble, ELLUG, coll. « Savoirs littéraires et imaginaires scientifiques », 2010.

Anne-Marie Petitjean (dir.), Numérique et écriture littéraire : Mutations des pratiques, Hermann, 2015.

Alexandra Saemmer, Matières textuelles sur support numérique, Publications de l’Université de Saint-Étienne, 2007.

Gaëlle Théval, Poésies ready-made, XXe-XXIe siècles, Paris, L’Harmattan, coll. « Arts et médias », 2015.

Christian Vandendorpe, Du papyrus à l’hypertexte : essai sur les mutations du texte et de la lecture, Paris, La Découverte, 1999.

Marcello Vitali-Rosati, « Littérature papier et littérature numérique, une opposition ? », Fabula / Les colloques, Internet est un cheval de Troie, février 2017.

Présentation

Depuis maintenant plusieurs décennies, la rencontre de la littérature avec les sciences informatiques a induit des bouleversements qui dépassent la simple question de la « numérisation » des livres : les possibilités offertes par les nouvelles technologies, et en particulier l’intégration du texte à des univers d’images et de sons, ont provoqué la naissance d’œuvres « nativement numériques », et suscité de nouvelles pratiques de création. Fiction interactive, hyperfiction, transmedia storytelling, autant de formes émergentes d’une cyberlittérature dont on commence seulement à explorer les infinies possibilités.

Cette journée de séminaire du Master 2 « Humanités numériques » s’intéressera en particulier aux enjeux que pose l’usage des techniques actuelles en termes de création. En renonçant au papier, les écrivains numériques ont acquis une souveraine liberté ; leurs œuvres, libérées des entraves de l’imprimerie, s’affranchissent du statisme du papier, jusqu’à devenir sur l’écran des unités mouvantes en constante métamorphose. En apparence dégagées de toute entrave matérielle, exonérées de la linéarité, jouant de toutes les ressources de l’hypertextualité, de la disposition graphique, et de l’interactivité, de telles œuvres semblent n’avoir pour limite que l’imagination des auteurs.

Cet indéterminisme apparent n’est-il pas pour autant tributaire d’autres contraintes qui, si elles diffèrent de celles imposées par la galaxie Gutenberg, n’en imposent pas moins aux œuvres leurs propres exigences ? D’abord, celle d’une « page-écran » étroitement dépendante du support de visionnage ; ensuite, celle d’une technique à évolution rapide qui accélère leur obsolescence et rend délicat leur archivage ; enfin, celle des outils mêmes auxquelles elles recourent : programmation, webdesign, algorithmes, s’ils soutiennent le geste créateur et autorisent les plus audacieuses expériences verbales, sonores et visuelles, n’en représentent pas moins d’autres cadres au sein desquels la création doit prendre place. Et l’on connaît le rôle ambigu joué par les contraintes dans les processus créateurs – féconde provocation à l’écriture, ou insupportable carcan.

« Toute ma vie, j’ai cru avoir devant moi un champ des possibles infini », écrit Serge Bouchardon au seuil de Déprise (2010) : nous croyons entendre des résonances métatextuelles dans ce propos. N’est-ce pas en effet la vertigineuse liberté expérimentale revendiquée par l’écrivain numérique qui se révèle aussi, in fine, une illusion ?

Nous tenterons de nous demander au cours de cette journée comment les œuvres numériques résultent d’interactions inédites entre les outils d’aujourd’hui et les projets des écrivains, de façon à mettre en évidence les modalités nouvelles de la « forme-sens » à l’heure du numérique. Du traitement de texte à Twine ou Scrivener, du détournement d’outils existants comme Twitter au développement dédié, de Flash à Html5, les solutions sont nombreuses et variées, et surtout elles ne peuvent manquer d’entraîner un impact sur les formes et les mécaniques d’écriture. Ce sont ces influences de la technique sur la littérature, et leurs rétroactions éventuelles, sur lesquelles nous nous proposons de faire porter notre questionnement.


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