20. 17 mars 2011 - « La scène est où l’on voudra » Le théâtre de Musset à la scène et à l’écran au XXe siècle


Journée d’études, jeudi 17 mars 2011

Comité scientifique : Florence Filipi, Sylvain Ledda, Florence Naugrette, Frédérique Plain

Depuis la création d’Un caprice à la Comédie Française le 27 novembre 1847, le théâtre de Musset n’a cessé d’être applaudi et il ne se passe pas une année sans que de nouvelles mises en scène voient le jour. Un tel phénomène est d’autant plus remarquable que Musset fait exception. Si le théâtre de Hugo est encore joué régulièrement, y compris, depuis peu, son théâtre de l’exil, il a connu au cours du XXe siècle des fortunes inégales ; Chatterton de Vigny est très rarement monté ; quant aux pièces de Dumas et de Casimir Delavigne, elles appartiennent à la muséologie dramatique. Musset, lui, est en tout cas joué sans interruption, et maintient incandescente la flamme du théâtre romantique. Quels éléments permettent de comprendre une telle longévité ?

Les choix esthétiques du dramaturge expliquent en partie les succès pérennes de son théâtre. À une époque où le drame s’impose sur les scènes parisiennes, il se réfère plutôt, dans la catégorisation de ses œuvres dramatiques, aux genres antérieurs de la comédie ou du proverbe à lire, à un moment de l’histoire du théâtre où sont privilégiés les genres spectaculaires et violents (drames, mélodrames) les divertissements parfois faciles (vaudevilles). Libéré des contraintes d’une scène machinée, il fonde sa conception du théâtre sur l’équilibre entre le dialogue poétique au ton très personnel et la vérité du personnage, sur l’harmonie entre un espace ouvert à l’imaginaire et une forme d’atemporalité. « La scène est où l’on voudra », précisent les didascalies liminaires d’À quoi rêvent les jeunes filles ; « un jardin », « un chemin » note Musset dans On ne badine pas avec l’amour.

Bien qu’en partie écrit pour un fauteuil, ce théâtre est celui de la mobilité et de l’étonnement. À sa manière, le dramaturge distord les genres « divertissants » qu’il explore ; qu’il compose des comédies noires ou des proverbes satiriques, Musset fait surgir l’événement, tragique ou comique, au cœur de l’intrigue. Une telle plasticité a permis aux pièces de Musset de s’adapter aux nouvelles pratiques théâtrales : espaces de jeux vides ou structurés par des éléments symboliques [1], interprétations d’acteur toujours renouvelées qui n’excluent pas des effets de distanciation [2]. Qu’on joue le théâtre de Musset en costume Louis XV, comme ce fut longtemps le cas, qu’on le monte en costumes « Renaissance » ou contemporains, il semble résister au temps, et pouvoir donner lieu à maintes réinterprétations. Ce théâtre de mots a résisté au vaste mouvement de rejet du texte au profit du spectacle (ou de la performance) des cinquante dernières années. Musset attire toujours des metteurs en scène dont les univers artistiques sont parfois radicalement différents. Si littéraire soit-il, le théâtre de Musset est toujours un laboratoire pour les metteurs en scène, un passage obligé pour les élèves des conservatoires, et un répertoire que de nombreux comédiens aiment interpréter.

Ces constats sont justifiés par les nombreuses reprises du théâtre de Musset au cours du XXe siècle et jusqu’à aujourd’hui. Encore faut-il apporter quelques nuances à cette gloire posthume. L’histoire du théâtre de Musset à la scène est celle d’une découverte progressive qui se limite à quelques chefs-d’œuvre, dont Lorenzaccio est l’emblème. Les goûts évoluant, les pièces de Musset jouées dans les années vingt ne sont pas celles qu’on privilégie aujourd’hui. De manière générale, les grandes œuvres n’ont été créées qu’après la mort du poète, et dans des versions arrangées ; il faut attendre les lendemains de la Première guerre mondiale pour que les pièces soient données dans leur version originale, Musset ayant lui-même censuré certaines de ses pièces pour qu’elles puissent être représentées sans choquer la morale. Parmi les trente-quatre pièces qu’il composa, moins de dix sont régulièrement montées : On ne badine pas avec l’amour, Les Caprices de Marianne, Un caprice, Il ne faut jurer de rien viennent en tête. Fantasio, Le Chandelier ou Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée connaissent parfois de nouvelles mises en scène. Les autres pièces se font plus rares. À l’heure où l’on fête le bicentenaire de la naissance d’Alfred de Musset, étudier quelle fut la place de son œuvre dramatique dans le paysage théâtral français invite à s’interroger la « fluidité profondément séduisante qui traduit à la perfection l’âme romantique, son anxiété, son désir d’absolu, sa fascination devant la perte, la disparition, la mort. » [3]

- Quelle est la place de Musset dans le paysage théâtral du XXe siècle ?

- La mise en scène a-t-elle permis d’actualiser le propos de Musset ou bien a-t-elle, au contraire, favorisé la fossilisation de son romantisme ?

- Comment certaines mises en scène marquantes (Vilar au T.N.P., par exemple) ont-elles permis de relire Musset ?

- Où réside la force de subversion de Musset à la scène ? Comment la mise en scène contemporaine dévoile-t-elle sa portée politique ?

- Comment expliquer la « proximité » entre les personnages du théâtre de Musset et leur interprète ? Y-a-t-il des emplois mussétiens ?

- Quelle place Musset occupe-t-il dans l’imaginaire du public de théâtre ?

- Quelles potentialités scénographiques le théâtre de Musset offre-t-il ?

- Quelle a pu être l’influence de Musset sur certains dramaturges du XXe siècle ?

- Comment le cinéma rend-il compte du théâtre de Musset à l’écran ?


[1Mise en scène d’On ne badine pas avec l’amour par Jean-Pierre Vincent (Théâtre des Amandiers, 1991)

[2Mise en scène de Lorenzaccio par Otomar Krejca (Prague, 1968).

[3Lambert Wilson, « Du texte à la scène. Les Caprices de Marianne », Le Théâtre français du XIXe siècle, H. Laplace-Claverie, S. Ledda, F. Naugrette dir., Paris, L’Avant-scène théâtre, 2008, p. 215.


Visites

91 aujourd'hui
139 hier
303732 depuis le début
1 visiteur actuellement connecté