Le texte de théâtre et ses publics


Numéro spécial de la Revue d’Histoire du Théâtre, 2010-1

Volume issu du Colloque international Le théâtre côté texte : le public de la publication (22-23-24 mai 2007). Ce colloque inter-équipes, organisé par Ariane Ferry et Florence Naugrette, a fait l’objet d’un appel à communications international. Sur 60 réponses, le comité scientifique, composé de Jeanne Balibar (comédienne), Georges Forestier (Université Paris-IV Sorbonne), Daniel Mortier (Université de Rouen), Jean-Marie Thomasseau (Université Paris 8), en a retenu 33. Sur ces 33 intervenants, 10 venaient de l’étranger (Canada, Etats-Unis, Brésil, Belgique, Pays-Bas, Angleterre, Portugal, Grèce). Les actes, soumis à un second comité scientifique, celui de la Revue d’Histoire du Théâtre où ils ont été publiés (sous le titre Le texte de théâtre et ses publics, 2010-1), ont retenu 23 communications.

Une table-ronde réunissant professionnels de l’édition théâtrale (Actes Sud Papiers, Gallimard, Espaces 34, Lampsaque...) et praticiens du théâtre a contribué à attirer une assistance nombreuse et variée, les milieux locaux de l’éducation et de la formation artistique ayant été également sollicités par l’inspection académique.

L’objectif était d’envisager les multiples usages du texte de théâtre de l’Antiquité à l’extrême contemporain. En littérature française et en littérature comparée, les études universitaires sur ce genre ont depuis plusieurs décennies tenu compte des apports des études théâtrales dans la redéfinition du théâtre : on le considère désormais autant comme un art du spectacle que comme un art du texte, voire davantage. Cependant, depuis qu’on le publie, le texte de théâtre vit aussi son existence propre, constat qui légitimait de s’interroger sur le type d’accès au théâtre autorisé par la lecture du texte de théâtre. C’est la question à laquelle ce colloque souhaitait pouvoir répondre, sous ses aspects indissociablement génériques, historiques, sociologiques, et éditoriaux.

L’appel à communication invitait à s’interroger sur la nature du texte de théâtre, qui a trouvé, historiquement, des définitions diverses. Peut-on encore le considérer comme une œuvre littéraire à part entière, dont la grandeur pourrait se mesurer à sa capacité à se passer de la représentation ? Ou bien est-il une trace de la représentation originale, un relevé des répliques et des indications scéniques nécessaires à se figurer ce qu’on n’a pas vu, un témoin purement livresque de la représentation ? Comment considérer, notamment, la publication des textes issus d’un événement théâtral précis, depuis les créations collectives jusqu’au théâtre-performance ? Tournée vers l’avenir cette fois, et non plus seulement vers l’origine, l’image de la partition en attente d’exécution oriente vers un autre type de lecture : le livre devient un support du « rôle » pour l’acteur, que peut reprendre à son compte le lecteur pour inventer son théâtre intérieur, ou pour lui restituer une certaine forme d’oralité dans la citation ou la lecture partagée.

Sous un angle historique, on était invité à s’interroger sur les formes prises au cours des siècles par la publication du théâtre, en volumes séparés, en œuvres complètes, en revues spécialisées à l’attention des praticiens et amateurs, en collections de répertoire, en petits classiques à l’intention des collégiens, des lycéens et des étudiants comme de leurs enseignants, en éditions savantes à l’usage des chercheurs. Quelle place y accorde-t-on, selon les époques et les stratégies éditoriales, au paratexte qui fournit lui aussi un accès au théâtre (préfaces, dossiers pédagogiques, illustrations, notes de l’éditeur ou de l’auteur) ?

Une fois rappelée la distinction entre deux types de production textuelle théâtrale, les « textes-monuments » et les « textes-événements », les réponses à ces questions ont donné lieu à quatre types d’enquêtes, dont quelques-unes avaient été suggérées par les organisatrices à des spécialistes, et qui ont donné leur structure aux actes du colloque.

Une première série d’études porte sur l’histoire des supports et des publics de l’édition théâtrale ; une seconde série d’études porte sur les manifestations du rapport auctorial de l’auteur à la publication de son texte ; une troisième série étudie les modalités du visible dans la publication, la capacité du livre à restituer la trace du spectacle ou à le faire imaginer ; une dernière partie montre comment l’histoire de l’édition d’un texte est aussi celle de son herméneutique. Le volume se clôt par une ouverture sur un usage méconnu et pourtant massif du texte de théâtre, qui dépasse l’opposition traditionnelle entre texte et représentation : la lecture à voix haute, pratiquée aussi bien dans la sphère privée que dans la sphère scolaire, et qui constitue un mode d’accès sous-estimé au texte de théâtre.

La sélection, la réorganisation, la réécriture et le travail de mise en relation des communications les unes avec les autres pour les actes a permis de donner au volume publié l’unité d’un livre : ses quatre parties présentent des études monographiques ordonnées chacune selon un ordre chronologique, ce qui permet de donner à l’ensemble une perspective tout à la fois poétique et historique.

Table

INTRODUCTION : Texte événement / texte monument, par Didier PLASSARD

I- Supports et publics de l’édition théâtrale

Les publications théâtrales : une mise en scène intemporelle, par Ève-Marie ROLLINAT-LEVASSEUR

De la note à la didascalie : le texte dramatique vu depuis la marge, par Véronique LOCHERT

Le rôle de l’imprimerie-librairie dans la vie théâtrale portugaise au XVIIIe siècle : une étude de cas, par Christine ZURBACH

« Un véritable Temple de la Gloire pour les écrivains dramatiques » : les séries de Répertoires stéréotypes sous la Restauration, par François BESSIRE

Les publics du Magasin théâtral (XIXe siècle), par Barbara T. COOPER

La presse, espace théâtral à la fin du XIXe siècle : l’exemple du Journal en 1892, par Geneviève de VIVEIROS

Hors genre : le texte de théâtre contemporain et la littérature, par Matthijs ENGELBERTS

L’édition théâtrale contemporaine aujourd’hui, par Pierre BANOS-RUF

II- L’auteur et « son » texte

L’édition, purgatoire ou laboratoire ? Le cas de Louis-Sébastien Mercier, par Sophie MARCHAND

Les théâtres de George Sand, dans le texte et au-delà, par Olivier BARA

Jean Genet : un discours didascalique agressif (Les Bonnes et Le Balcon), par Suzanne FERNANDEZ

Publier/ Résister : le rôle des paratextes d’auteurs dans le théâtre de la seconde moitié du XXe siècle, par Julia GROS DE GASQUET

III- Des livres qui font voir

L’illustration dans les publications de théâtre de la première moitié du XVIIe siècle, par Catherine GUILLOT

Mirame fête théâtrale dans un fauteuil ?, par Benoît BOLDUC

L’écriture des lazzi dans le théâtre forain au XVIIIe siècle, par Françoise RUBELLIN

Donner à lire des ballets : les arguments chorégraphiques de Cocteau, par Hélène LAPLACE-CLAVERIE

En lisant, en regardant… Les Caprices de Marianne édités par Baty et Vilar, par Sylvain LEDDA

IV – Classicisations : Donner à relire, trouver à re-dire

Comment les comédies de Térence sont devenues sérieuses – ou comment la lecture peut réinventer un théâtre, par Pierre LETESSIER

Se prémunir du théâtre par le texte ? De la difficulté d’éditer Térence à Port-Royal, par Aude VOLPILHAC

Louis-Emmanuel Viollet-le-Duc, éditeur de Rotrou, par Noémie COURTÈS

Le Théâtre de Pierre Corneille (1660-1668) : panthéon, pandémonium, organon, par Myriam Dufour-Maître

Usages du texte cornélien : entre livre et spectacle, par Hélène MERLIN-KAJMAN


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