Le Théâtre d’Alexandre Dumas père : héritages et renouvellements - 4 et 5 février 2016


Le Théâtre d’Alexandre Dumas père : héritages et renouvellements
Université d’Angers, 4 et 5 février 2016

Sous la direction d’Anne-Marie Callet-Bianco (CERIEC, Université d’Angers) et de Sylvain Ledda (CÉRÉdI,Université de Rouen)

Comité scientifique : Marianne Bouchardon, Anne-Marie Callet-Bianco, Barbara T. Cooper, Anne-Simone Dufief, Sylvain Ledda, Florence Naugrette, Sylviane Robardey-Eppstein, Claude Schopp.

Articulé au vaste projet d’édition du Théâtre complet de Dumas (éd. Garnier), ce colloque se propose de revenir sur son œuvre dramatique, longtemps laissée dans l’ombre des grands cycles romanesques. Si ce projet éditorial constitue en soi un événement et une nécessité, c’est que la postérité de ce théâtre n’est pas à la mesure de son importance qualitative, numérique et de son large empan chronologique : à l’exception des dernières années, Dumas n’a jamais cessé d’écrire du théâtre. Pourtant, depuis la fameuse édition de Michel Lévy (1863-74), ce corpus n’a fait l’objet que de publications partielles ou inachevées (éd. Minard, Fernande Bassan), ce qui rend son accès problématique pour le public scolaire, universitaire et théâtral. Alors que la collection Lévy, déjà considérable, s’en tient au canon, c’est à dire aux œuvres que Dumas reconnaît comme siennes, l’édition du Théâtre complet aux Classiques Garnier ne veut rien exclure a priori. Elle prendra donc en compte ce qu’on peut appeler le « théâtre inconnu » de Dumas, celui dont la paternité est partagée ou qui est demeuré inédit : manuscrits découverts récemment, projets avortés ou partiellement rédigés, susceptibles d’apporter un éclairage précieux sur l’œuvre reconnue et officielle.

L’extension du champ de recherches accentue encore le caractère hétérogène de cette production théâtrale et invite à ne pas cantonner Dumas au seul drame romantique. S’il en est l’un des pionniers et l’un des créateurs, il a également exploré, avec un bonheur inégal, toutes les formes dramatiques possibles, ce qui suppose de dresser un état des lieux de cet ensemble composite. La chronologie le suggère également : les débuts de Dumas dramaturge coïncident avec l’affirmation du romantisme théâtral, mais sa carrière se poursuit jusqu’en 1870, année de sa mort, indiquant une survivance du romantisme bien au-delà des bornes traditionnelles qu’on lui assigne. Il paraît donc important, à travers son œuvre, de relativiser l’idée de « rupture », trop souvent accolée au théâtre romantique.

Cette œuvre s’inscrit en outre dans un héritage, revendiqué ou implicite, de l’Antiquité à la production contemporaine : tragédie classique et néo-classique, comédie d’intrigue et de caractère, scène historique, drame bourgeois, vaudeville, mélodrame… Imprégné de toutes ces formes, Dumas en fait un usage complexe, entre emprunts, variations et détournements, comme l’illustre l’exemple, souvent évoqué, des liens entre le mélodrame et le drame romantique. Les genres traditionnels font l’objet d’une redéfinition qui passe par la contamination entre modèles « nobles » et modèles « mineurs ». Dans la même optique, la tentation constante d’un théâtre en vers pourra faire l’objet d’analyses et de mises au point.

Ce colloque souhaiterait particulièrement attirer l’attention sur les formes moins attendues et moins étudiées, mais aussi sur l’hybridation des genres que pratique Dumas. Ses tragédies, souvent considérées comme des échecs, sont pratiquement tombées dans l’oubli, alors qu’elles explorent des pistes originales qui témoignent d’une volonté de renouveler et dynamiser le genre. Malgré d’indéniables succès lors de leur création, les comédies ne sont aujourd’hui pas mieux loties. Ce pourrait être l’occasion de les situer dans une généalogie tout en mettant en évidence les innovations qu’elles apportent. Enfin, Dumas, adaptant sa propre production romanesque, crée un nouveau genre, le théâtre-roman, dont les contours et les enjeux pourraient être précisés.

La matière dramatique est au cœur de cette tension entre héritage et renouvellement. L’histoire, l’actualité, la peinture sociale font l’objet d’une exploitation multiforme qui bouscule les repères habituels. Dumas excelle en effet à la fois dans le drame historique tout en inventant le drame en habits noirs. Dans le premier cas, le traitement de l’histoire se charge d’implications variées ; il serait pertinent de s’interroger sur le choix des périodes et des épisodes retenus, sur l’évolution des représentations, le contenu idéologique et politique qui en découle. Dans le second cas, la mise en scène du monde contemporain, héritée de la comédie classique et du drame bourgeois, fait de Dumas un auteur attentif aux fluctuations morales et sociales de son temps.

Le personnage de théâtre pourra également faire l’objet d’investigations. Dans le sillage du récent ouvrage Le Personnage historique de théâtre (dir. Ariane Ferry), on pourra revenir sur le travail de mise en fiction des grandes figures de l’histoire. Cet aspect de la dramaturgie dumasienne, en constante évolution, suppose également une prise en compte des différents éléments qui constituent un personnage : rôle, type, emploi, caractère.

On s’intéressera enfin aux transformations du domaine étranger adapté pour la scène française. Au carrefour de nombreuses influences, Dumas n’est pas simplement un héritier, mais joue un rôle de référence pour la génération suivante et marque un repère majeur : il y a un avant et un après Dumas. Ce colloque sera l’occasion de rendre hommage à la richesse et la diversité d’une œuvre qui résume un demi-siècle de vie dramatique.

Comité d’organisation : Anne-Marie Callet-Bianco, Sylvain Ledda, Mathilde Perain


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