Les émotions au Moyen Âge : un objet littéraire – 12 et 13 janvier 2017


À l’heure où vient de paraître le beau livre de Damien Boquet et Piroska Nagy, Sensible Moyen Âge. Une histoire des émotions dans l’Occident médiéval, Paris, Seuil, 2015 (L’Univers historique), à l’heure où les émotions figurent dans le Dictionnaire de l’historien récemment publié par Claude Gauvard et Jean-François Sirinelli et où les travaux sur ce thème se multiplient dans différents domaines et registres [1], nous proposons de poursuivre la réflexion à l’occasion du Colloque de la Société de Langues et Littératures Médiévales d’Oc et d’Oïl (SLLMOO) qui se tiendra à Rouen les 12 et 13 janvier 2017.

L’objectif de ce colloque intitulé « Les émotions au Moyen Âge : un objet littéraire » sera, pour reprendre une expression de Damien Boquet et Piroska Nagy, de tenter de saisir et de restituer la « chair des émotions qui palpite dans la chair des textes [2] ». Il ne s’agit pas de dresser un catalogue ni un inventaire des émotions exprimées dans les textes médiévaux, mais bien plutôt de questionner les modes d’écriture de ces émotions.

Nous pourrons retenir la définition suivante des émotions : « manifestations affectives spontanées de courte durée [3] », sans mettre de côté l’idée qu’elles sont aussi le résultat d’un apprentissage et le propre de « communautés émotionnelles » (B. Rosenwein) dans lesquelles elles s’inventent et s’expriment.

Nous garderons à l’esprit que le Moyen Âge introduit un véritable changement de paradigme dans la réflexion sur les émotions sous l’influence du christianisme : les passions humaines acquièrent une valeur et un sens nouveaux sous l’éclairage de la Passion du Christ.

Notre réflexion prendra en compte un long Moyen Âge en privilégiant l’évolution de l’expression, de la représentation et de la pensée des émotions dans les textes.

Les communications pourraient s’inscrire dans l’un des axes de réflexion suivants :

1. Une théorie littéraire des émotions

- Étudier dans quelle mesure certains textes (littérature didactique, religieuse, traités) s’interrogent sur la nature, l’essence et les manifestations des émotions.
- Définir le lien entre « communauté émotionnelle » et « communauté textuelle » au Moyen Âge.

2. Les émotions à l’épreuve des formes littéraires

Y a-t-il des formes propices à l’expression des émotions ?

- La poésie lyrique médiévale, dont Paul Zumthor a souligné combien elle était presque totalement objectivée, laisse-t-elle une place aux émotions ? Est-ce le propre du roman ? Peut-on parler d’émotions épiques ? Le théâtre médiéval met-il en scène les émotions ?
- Les émotions s’expriment-elles différemment dans la littérature religieuse (spirituelle, mystique) et dans la littérature profane ?

3. Une grammaire de l’émotion

- Étude des outils stylistiques et lexicaux utilisés pour dire les émotions.
- La syntaxe des émotions ou comment repérer et analyser l’enchaînement des émotions, ce que Barbara H. Rosenwein nomme des « séquences émotionnelles » qui nous renseignent sur la « norme » émotionnelle en vigueur dans les textes du Moyen Âge.

4. Les émotions en images

- Comment, dans les manuscrits, l’image peut-elle prendre le relais pour exprimer les émotions ?
- Quels problèmes spécifiques pose la représentation figurative des émotions ? Sont-elles représentables ? Selon quels codes ? Dans quelle mesure cette représentation évolue-t-elle au fil des siècles ?

5. Émotion et communication littéraire

- Montrer comment les auteurs agissent sur leur public en suscitant des émotions (par quels procédés ?).
- Analyser comment certains auteurs se représentent eux-mêmes dans un état émotionnel spécifique (posture ou non ?) de façon à mettre le lecteur/auditeur dans des dispositions affectives particulières.


[1Citons par exemple les deux ouvrages récents de Carla Casagrande et Silvana Vecchio, Passioni dell’anima. Teorie e usi degli affetti nella cultura medievale, Sismel, Ed. del Galluzzo, Florence, 2015 et de Barbara H. Rosenwein, Generations of Feeling, A History of Emotions, 600-1700, Cambridge, Cambridge University Press, 2016 ainsi que le Colloque international « L’Épopée sensible : les émotions de l’Europe médiévale et le discours épique » organisé à l’ENS de Lyon les 17 et 18 mars 2016 (par Beate Langebruch et Pablo Justel).

[2Damien Boquet et Piroska Nagy, « Une histoire des émotions incarnées », Introduction à La Chair des émotions, sous la dir. de Damien Boquet, Laurence Moulinier-Brogi et Piroska Nagy, Médiévales, 61, 2011, p. 14.

[3Piroska Nagy, « Les émotions et l’historien : de nouveaux paradigmes », Critique, janvier-février 2007, 716-717, p. 10-22.


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