Littérature et phénoménologie du sacré : pour une poétique des hiérophanies - 13 juin 2014


Journée d’étude, Rouen, 13 juin 2014

Contre une philosophie rationnelle de la religion, apologétique ou critique, la phénoménologie religieuse s’efforce d’envisager la religion avant tout comme une expérience vécue. À partir des réflexions de Schleiermacher et de Benjamin Constant émerge une pensée du sentiment religieux, qui met au cœur du fait religieux l’expérience subjective, émotionnelle et intime, de l’individu face à une réalité qui l’englobe et le dépasse. Le sacré apparaît alors comme une constellation d’états affectifs liée à l’appréhension du surnaturel.

La phénoménologie religieuse a tenté d’approfondir l’expérience du sacré en l’envisageant pour elle-même, c’est-à-dire en s’appliquant à la décrire sans la réduire à un quelconque conditionnement psychique, social ou historique. Ce courant de pensée qui s’attache ainsi au phénomène du sacré, à ce qui se montre, entreprend de comprendre l’expérience religieuse, sans chercher à l’expliquer, dans une double démarche d’empathie et d’épochè. Or la phénoménologie du sacré est d’emblée prise dans une contradiction interne : si le sacré renvoie à la perception et à la conception d’une réalité « tout autre », comme le prétend R. Otto, alors il implique l’expérience d’une limite qui se dérobe au regard. Dès lors comment saisir dans le cadre d’une philosophie de l’apparaître une expérience qui dépasse l’immanence phénoménale ? Cette « phénoménologie de l’inapparent », pour reprendre l’expression de Heidegger, a été pourtant à la source d’un renouveau de la pensée phénoménologique en France, parfois sévèrement critiqué comme « un tournant théologique de la phénoménologie » (D. Janicaud).

Il s’agit de comprendre dans quelle mesure la littérature a partie liée avec cette problématique phénoménologique : soit qu’elle s’inspire directement des thèses de la phénoménologie religieuse, soit qu’elle s’éclaire à la lumière d’une lecture phénoménologique ou qu’elle engage elle-même une réflexion sur le phénomène du sacré, en tant qu’il implique une activité perceptive, imaginative et spéculative particulière. Témoignage ou simple formulation de l’expérience religieuse, la littérature propose peut-être une approche phénoménologique de la rupture ontologique qui est inhérente au sacré.
En mettant l’accent sur la part du corps et du sensible dans le phénomène du sacré, on tentera donc de cerner les traits d’une poétique des hiérophanies, de la période médiévale jusqu’au XXIe siècle ; et l’on s’efforcera de suivre les vicissitudes de cette poétique, à travers la mise en dialogue, pour chaque époque, des textes littéraires et des philosophies contemporaines du sacré.

Organisation : Juliette Azoulai et Hubert Heckmann


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