Mallarmé herméneute - 21-22 novembre 2013

samedi 2 novembre 2013

21-22 novembre 2013

Comité scientifique
Y. Citton (Université Stendhal-Grenoble 3)
Ch. Doumet (Université Paris-8)
P. Durand (Université de Liège)
J. N. Illouz (Université Paris-8)
B. Marchal (Université Paris-Sorbonne)

Organisateur
T. Roger (Université de Rouen)

La difficulté légendaire de la poésie mallarméenne de la maturité – hermétique – constitue un défi pour l’herméneutique littéraire. Pourtant, et c’est un paradoxe que l’on n’a sans doute pas encore assez souligné, le corpus de l’auteur du Coup de dés n’a pas fait l’objet de grands débats méthodologiques dans le champ de la théorie littéraire. Nous disposons d’un « sur Racine » et non d’un « sur Mallarmé », d’un « mythe de Rimbaud », et non d’un « mythe de Mallarmé » ; quant au structuralisme, il a appliqué ses outils et ses méthodes aux Fleurs du Mal ou aux Chimères par exemple, et non aux Poésies. De même, « l’esthétique de la réception » d’un Jauss ou d’un Iser a donné des exemples de sa démarche en convoquant Baudelaire ou Valéry, Henry James ou Joyce, plutôt que Mallarmé. Certes, l’auteur de Crise de vers, on le sait, a fécondé tout un pan de l’histoire de la théorie du XXe siècle, mais, l’effort théorique ne s’est pas appliqué en retour à son œuvre pour en déterminer les conditions de lisibilité, alors que cette « poésie critique » constitue un observatoire de choix pour réfléchir sur les opérations constitutives de l’acte de lire. A côté des exégèses de la poésie mallarméenne, il y a eu indéniablement des usages théoriques de la pensée critique mallarméenne, entre Jakobson et Kristeva, Valéry et Blanchot, sans parler des usages philosophiques, de Sartre à Badiou, ou des transformations créatrices, de Brennan à Butor, de Debussy à Boulez, de Redon à Broodthaers. Mais Le Liseur de poèmes, pour démarquer Thibaudet, reste à écrire à l’ombre de Mallarmé, dont l’œuvre, on le sait, constitue comme une vaste orthoptie de la lecture : « des contemporains ne savent pas lire ». Il s’agirait pour nous aussi d’opérer un changement de point de vue sur l’œuvre mallarméenne, en rappelant, indépendamment des questions d’influence, que Mallarmé fut le contemporain du Dilthey de « La naissance de l’herméneutique », et que la pensée de Gadamer peut éclairer notre manière de lire le poète, tout autant que celle de Derrida.

Il convient en effet de noter l’absence de ce que nous appellerions une herméneutique mallarméenne, en donnant à ce mot le sens que lui attribuait Paul Ricœur dans une conférence tenue au Japon en 1978, à savoir celui de « discipline de second degré » qui enquête sur les conditions de possibilité des règles exégétiques. Ce chantier, posant à nouveaux frais la question de « l’obscurité » de cette poésie, présenterait deux aspects. Un premier versant, faisant émerger une herméneutique restreinte, poserait la question suivante : comment Mallarmé a-t-il été lu ? L’enquête porterait sur l’exhumation des principes et des moyens herméneutiques plus ou moins conscients qui ont conduit à "expliquer", "comprendre", "interpréter" la poésie de Mallarmé, longtemps jugée illisible. Un tel programme de recherche, très vaste, en partie seulement engagé, reste à approfondir. Mais c’est plutôt un second versant, ouvert sur une herméneutique élargie, qui fera d’abord l’objet de ce colloque. Nous nous poserons cette autre question, inverse : que nous apprennent théorie et pratique mallarméennes de la lecture ? L’objectif serait alors de revenir sur l’idée fameuse de la lecture entendue comme pratique, de la situer dans la longue durée comme dans le « moment symboliste » d’une l’histoire de l’interprétation, de voir comment cette notion se noue paradoxalement à une poétique de « l’isolement de la parole », ou d’une éventuelle mort du lecteur, et de chercher à décrire quel type de lecteur empirique fut Mallarmé poète, Mallarmé critique, Mallarmé épistolier, ou Mallarmé traducteur. Il conviendrait en outre de compléter ce panorama des rapports croisés entre poétique et herméneutique par cette question : la conception du poète comme « lecteur d’horizon » jette-t-elle les bases d’une herméneutique de la terre, ou de la nature, qui resterait à définir, alors qu’une des images encore dominantes de l’œuvre, depuis Valéry, met en avant la réflexion du langage ? Enfin, l’élargissement maximal nous conduirait, après Mallarmé, à envisager son héritage sous l’angle non des manières d’écrire, mais des manières de lire la poésie. Ce serait ainsi l’occasion de confronter les positions de l’auteur de Divagations à d’autres approches de « l’acte de lire », en allant de Valéry et Proust à Sartre, Gracq, Butor, Bonnefoy, Jaccottet, Roubaud, Deguy ou Quignard, mais aussi en re-parcourant sous cet angle les travaux des grands théoriciens, de Ingarden et Gadamer à Eco en passant par Iser, Jauss, Michel Charles ou Stanley Fish – ces deux listes n’ont rien d’exhaustif – et de débattre alors de l’existence éventuelle d’une tradition mallarméenne de la lecture littéraire.

Ce sont donc ces différentes pistes de recherche que ce colloque se propose d’explorer, en accueillant des approches variées, mêlant littérature et sciences humaines, de façon à encourager ce « retour à l’herméneutique » auquel nous assistons depuis une dizaine d’années : réflexion collective menée par Vincent Jouve à Reims en 2002 sur « l’expérience de la lecture », ou encore sur le « malentendu » inséparable de tout « geste herméneutique », dirigée par Bruno Clément et Marc Escola à Vincennes en 2003 ; question décisive posée par Christian Doumet en 2004 du « faut-il comprendre la poésie ? » ; traduction française d’une partie des travaux de Stanley Fish en 2007 ; essai de re-formalisation de la lecture opéré par Yves Citton en 2007 dans Lire, interpréter, actualiser, pour ne retenir que certaines initiatives représentatives.


Programme

Jeudi 21 novembre 2013

Maison de l’Université, Mont-Saint-Aignan
Salle Divisible Nord

9h30 Jean-Claude Arnould (Directeur du CÉRÉdI / Université de Rouen) : ouverture du colloque

9h45 Thierry Roger (Université de Rouen) : présentation du colloque

Une herméneutique de la Terre ?

10h00 Pascal Durand (Université de Liège) : « La prison des signes »

10h30 Claude Perez (Université d’Aix-Marseille) : « "Le cabinet des signes" : Mallarmé, Claudel, et l’herméneutique »

Discussion et pause

11h30 Maria de Jesus Cabral (ULICES / Université de Lisbonne) : « "Quel miroitement en dessous… attire le soupçon" : le théâtre mallarméen comme outil herméneutique »

12h00 Guillaume Artous-Bouvet (Université de Saint-Denis) : « Mallarmé et l’herméneutique de la nature »

Discussion et déjeuner

Herméneutique littéraire et herméneutique philosophique

14h00 Giulia Agostini (Université de Versailles / Université d’Heidelberg) : « Herméneutique de la contingence – Mallarmé et Gadamer »

14h30 Robert Boncardo (Université d’Aix-Marseille / Université de Sydney) : « "Évoquer, dans une ombre exprès, l’objet – et le sujet – tus" : Mallarmé, Badiou et le dépassement de l’herméneutique »

Discussion et pause

L’appel au lecteur

15h30 Patrick Thériault (Université de Toronto) : « L’adresse à communiquer : l’herméneutique mallarméenne du salut »

16h00 Annick Ettlin (Université de Genève) : « Éloge de la non-lecture : Mallarmé et le mythe littéraire »

Discussion

Dîner en ville

Vendredi 22 novembre 2013

Maison de l’Université, Mont-Saint-Aignan
Salle Divisible Nord

Le lecteur empirique

9h00 Margot Favard (Université Paris-Diderot) : « Mallarmé lisant ses pairs, ou comment s’écrit la figure du poète en Maître »

9h30 Marie Blaise (Université Montpellier III) : « Mallarmé et Poe : "la personne analogue" »

10h Alice Folco (Université Stendhal-Grenoble 3) : « Mallarmé lecteur de théâtre »

Discussion et pause

11h00 Barbara Bohac (Université Lille 3) : « Mallarmé lecteur de Banville »

11h30 Adrien Cavallaro (Université Paris-Sorbonne) : « D’un "article plutôt défavorable et malin" : Mallarmé portraitiste de Rimbaud »

Discussion et déjeuner

Le lecteur implicite

14h00 Nelson Charest (Université d’Ottawa) : « La réception tue dans les rets du poème »

14h30 Arild Michel Bakken (Université d’Oslo / Université Paris-Sorbonne) : « La figure du lecteur : l’auditoire auctorial dans les Poésies de Mallarmé »

15h00 Larissa Drigo Agostinho (Université Paris-Sorbonne) : « Lire pour étaler la pièce principale ou le Néant »

Discussion et pause

16h00 Frédéric Torterat (Université Nice-Sophia Antipolis) : « Une herméneutique mallarméenne de l’instant unique »

16h30 Joëlle Molina (Avignon) : « Mallarmé, passeur secret d’anciennes herméneutiques : la preuve par le ptyx »

Discussion et clôture du colloque



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