Mimétisme, violence sacré : approche anthropologique de la littérature narrative médiévale


Colloque organisé par Nicolas Lenoir (MCF Université de Rouen, CÉRÉdI) et Hubert Heckmann (doctorant et AMN à l’Université de Rouen, CÉRÉdI), le 18 juin 2009.

Projet d’équipe organisé par deux membres du CÉRÉdI, un enseignant-chercheur titulaire, spécialiste de l’épopée, et un doctorant épiciste, dans l’axe « interprétation » de notre laboratoire. Beate Langenbruch, MCF à l’ENS de Lyon et membre associé du CÉRÉdI (également chercheuse au CIHAM (UMR 5648), PRES de Lyon), a également proposé une communication. Autre membre du CÉRÉdI associé au projet : Jean Maurice, Professeur à Rouen, qui a bien voulu présider une des séances.

Ce colloque a acquis une certaine visibilité du fait de la participation complète (communication et présidence de séance) des Professeurs Dominique Boutet (Paris-IV Sorbonne, directeur du Groupe pour la Recherche sur l’Epique) et Jean-Jacques Vincensini (Université de Corte), ou partielle (simple présidence) du Professeur émérite François Suard (Paris-X Nanterre). Assurant la rigueur scientifique des analyses proposées, la présence de Lucien Scubla, épistémologue de l’anthropologie (Centre de recherche en épistémologie appliquée (CREA), Ecole Polytechnique), a également contribué à la publicité de ce colloque, dont il a parlé favorablement à l’ARM (Association Recherche Mimétique) et à René Girard lui-même, lequel nous a depuis autorisés à publier dans nos actes notre traduction d’un de ses articles sur la littérature médiévale.

Les actes de ce colloque seront publiés dès que possible sur le site du CÉRÉdI.

Programme : La violence est partout présente dans la littérature narrative médiévale. Romans et chansons de geste orchestrent la célébration paroxystique de cette violence qui constitue l’une des sources d’étrangeté d’un art narratif déjà marqué par le statut particulier de sa langue et la posture problématique de ses auteurs. La reconnaissance de l’altérité des textes médiévaux a déjà ouvert la voie à des approches anthropologiques, inspirées notamment par Dumézil ou Lévi-Strauss. La violence et son rapport au sacré appellent une étude spécifique : prenant au mot ceux qui voient de la « sauvagerie » dans la littérature narrative médiévale, nous découvrirons sans doute dans ces textes, comme dans d’autres cultures apparemment « primitives », bien plus de subtilité et de sagesse qu’il n’y paraît au premier abord. De nouvelles approches, informées ou inspirées de l’œuvre de René Girard, permettront d’éclairer sous un jour nouveau la violence, souvent exprimée dans les textes médiévaux en termes de rivalité mimétique et de crise sacrificielle.

Les communications exposaient les résultats et les limites de l’application des hypothèses anthropologiques girardiennes à différents genres narratifs médiévaux, liberté ayant été laissée aux intervenants dans le choix des concepts girardiens utilisés ou critiqués :

- Chanson de geste : Beate Langenbruch, « Les relations franco-allemandes épiques à la lumière du désir mimétique » ; Philippe Haugeard (MCF à l’Université de Haute-Alsace – Mulhouse), « Envie, violence et sacré dans Girart de Roussillon » ; Hubert Heckmann, « La violence et le sacré dans Ami et Amile » ;

- Roman arthurien en vers : Nicolas Lenoir, « Critique du mythe : figures de la royauté sacrée dans Yvain de Chrétien de Troyes » ; roman arthurien en prose : J.-Jacques Vincensini, « René Girard en Brocéliande. Mimétisme et rivalité révoquée dans quelques récits arthuriens » ; roman de Renart : Dominique Boutet, « Violence, sacré et dérision : Renart est-il un bouc émissaire ? » ;

- Autres : chroniques (Ernoul, Guillaume de Tyr, Robert de Clari) : Bertrand Rouziès (docteur, Université de Rouen), « Le roman d’Andronic, du bouc à l’agneau » ; thème transversal : Karin Ueltschi, professeur à l’Institut Catholique de Rennes, « Le Vieillard Temps : rois méhaigniés, Manekines et rédempteurs ».

Le bilan de cette journée a été positif, le colloque ayant permis d’associer, pour la première fois en France, des chercheurs venus d’horizons divers dans une recherche commune, avec l’ambition de tester un cadre anthropologique et théorique renouvelé par rapport aux écoles des décennies précédentes. Ont ainsi été précisés : la nécessité d’user avec rigueur des notions et concepts girardiens, parfois galvaudés ; la puissance explicative de la théorie mimétique dans les différents genres parcourus, mais aussi ses limites interprétatives : internes (dans la mesure où ces œuvres ne sont pas des mythes mais, chrétiennes, de possibles critiques du mécanisme sacrificiel) ; externes (dans la mesure où elles se nourrissent aussi d’autres choses que de mimétisme, de violence et de sacré). Prometteur et stimulant, ce bilan est donc aussi problématique : le statut mixte des œuvres narratives médiévales (créées dans une Histoire chrétienne, mais faisant volontiers resurgir des images et schémas archaïques) explique peut-être le peu de cas qu’en a fait l’ancien chartiste René Girard.


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