Octobre 2013 - "Pascal, interlocuteur privilégié et invisible de Fontenelle"


Journée d’étude, fin octobre 2013, Rouen, organisée par C. Poulouin (CÉRÉdI), E. Faye et J.-P. Cléro (ERIAC). Comité scientifique : J.-P. Cléro, J. Dagen, D. Descotes, E. Faye, A. McKenna, C. Poulouin.

Le nom de Pascal n’apparaît qu’une seule fois sous la plume de Fontenelle – dans les Réflexions sur l’argument de M. Pascal et de M. Locke concernant la possibilité d’une autre vie à venir - mais il n’est aucun texte qui ne soit une réponse à Pascal, à commencer par les Entretiens sur la pluralité des mondes qu’il n’est pas impertinent de lire comme une réponse de l’incroyant à Pascal. De même, on ne peut lire la Préface sur l’utilité des mathématiques et de la physique sans y discerner l’ombre portée de l’auteur des Provinciales et des Pensées : au pari auquel pascal convie le libertin, Fontenelle, libertin sans illusions, oppose le pari de la science et du progrès indéfini quoique fragile. « Pascal sentait avec tressaillement, avec effroi, la majesté et l’immensité de la nature, quand Fontenelle semble n’en épier que l’adresse, (...) il ose voir en réalité et exprimer avec douceur les vérités naturelles telles qu’elles sont » écrivait Sainte-Beuve. Fontenelle en effet a joué, au sein des Académies et dans les salons qu’il fréquentait, un rôle déterminant dans le développement d’une pensée philosophique et d’une morale laïque qui, partant d’une critique explicite des fragments de Pascal, présidera à l’élaboration de la critique voltairienne des Pensées de Pascal et, d’une façon plus diffuse, aux débats sur le bonheur, sur les plaisirs, sur le goût comme fondement possible d’une esthétique, sur l’honnêteté érigée en vertu sociale. Mais au-delà de cette prise de position à contre-pied, perce constamment la fascination de Fontenelle pour la force de raisonnement grand savant que fut Pascal, pour son rapport sans complaisance à la vérité. Le pourfendeur des fables et des oracles n’est-il pas, autant que de Descartes, l’héritier direct de celui qui osait écrire : « On se fait une idole de la vérité même... » ? Par souci de vérité, Pascal et Fontenelle furent iconoclastes, chacun à leur manière, n’ayant pas de plus grand ennemi que le sens commun, paresseux, enclin à consentir ce qui peut convenir à sa suffisance et à son peu de discernement. Ses meilleurs scrutateurs ont très tôt reconnu, chez Fontenelle, une face sombre et radicale qui pourrait bien être la marque du dialogue qu’il n’a cessé d’entretenir avec la grande ombre de Pascal.

Cette journée d’étude est une invitation aux philosophes comme aux spécialistes de littérature à relire les textes de Fontenelle dans cette perspective.

Les communications de cette journée seront publiées dans le n° 9 de la Revue Fontenelle.


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