Sophia Mehrbrey


Doctorante

Directrices de thèse : Claudine Poulouin / Laurence Macé

Titre de la thèse : Figures d’enfance dans la littérature française du Page disgracié à La Vie de Marianne.

Inscrite en thèse en 2014

Résumé du projet de thèse

En publiant Émile, Jean-Jacques Rousseau change le regard porté sur l’enfance et la manière de la représenter. L’ouvrage de Philippe Ariès, L’Enfant et la vie familiale sous l’Ancien Régime (1960) situe toutefois en amont, dans la peinture hollandaise du XVIIe siècle, le lieu de naissance d’un « sentiment d’enfance » dont attesterait la multiplication de figures d’enfants qui ne ressemblent plus aux anges ni à l’enfant Jésus. Cette thèse a ouvert la voie à un certain nombre de travaux importants dans le domaine de l’histoire de l’art et plus précisément dans celui de l’histoire du portrait. Les études concernant le domaine littéraire sont beaucoup plus disparates, s’en tenant à des approches ponctuelles par genre et par auteur.
Il s’agit, dans cette thèse, d’envisager les modalités, les codes et les enjeux de la représentation littéraire de l’enfance et de l’adolescence (senex puer) dans les romans du XVIIe siècle en prolongeant l’enquête jusqu’aux romans de Marivaux et en portant l’accent sur les années 1690-1699 où paraissent les contes de Perrault et de Mme d’Aulnoy, les œuvres de Fénelon, années de basculement dans la représentation tant des garçons que des filles. Dans les textes antérieurs au XVIIe siècle, l’enfant est presque absent de la littérature française. S’il apparaît, il est généralement réduit à des schémas peu personnalisés et n’a pas le droit à la parole. Nous nous proposerons donc d’étudier pour quelles raisons les auteurs du XVIIe siècle choisissent de donner la parole à des personnages en bas âge et de leur accorder une place plus importante au sein de l’intrigue.
La question du regard et de la représentation sera au centre de l’analyse. Elle se pose dans notre cas doublement. D’une part, les auteurs se servent du regard enfantin pour faire passer des idées critiques. D’autre part, la nouvelle place accordée aux enfants et aux adolescents change également le regard porté sur ceux-ci. Par conséquent, la représentation littéraire de l’enfance et de l’adolescence change également.
« Excusez les puérilités d’une personne de cet âge » déclare le narrateur à la fin du Page disgracié. Dans les romans et histoires comiques on laisse pour la première fois la parole aux enfants et aux adolescents. Dans un système rigide, dominé par les codes sociaux et la censure, la voix de l’enfant permet d’articuler des idées nouvelles de manière prompte, ingénue. Dans son dictionnaire, Furetière définit l’enfance comme « le bas âge de l’homme jusqu’à ce qu’il ait l’usage de la raison ». Ainsi, en se servant de la voix de l’enfant qui n’est pas doté de raison, l’auteur peut prononcer des idées libres des automatismes de la parole adulte. L’enfant dit les choses telles qu’il les voit. Le caractère sérieux de ses propos, qualifiés comme puérilités, est donc volontairement minimisé par le renvoi au récit d’enfance. Ainsi, l’enfant devient une sorte de figure de l’excuse pour raconter des banalités qui véhiculent malgré tout des réflexions sérieuses. Ainsi, il n’est pas surprenant que ce soient d’abord les libertins, tels que Tristan l’Hermite, Sorel ou Cyrano qui mobilisent la voix de l’enfant.
Cette instrumentalisation de la voix de l’enfant et de l’adolescent va de pair avec une attention nouvelle prêtée aux émotions, notamment aux émotions fortes (terreur panique, épouvante, colère…) de ceux-ci. Comme un effet second induit, l’enfance comme un nouvel objet littéraire va naître. Il s’agira donc dans une deuxième étape de mettre en évidence comment l’enfance en tant qu’âge distinct de la vie humaine est construite littérairement et comment la parole enfantine est mise en fiction.

Activités

2013-2014 : Allocataire d’une bourse du DAAD (Office allemand d’échanges universitaires)

2014-2017 : Doctorante contractuelle à l’Université de Rouen

Parcours académique

2012-... : Université de Rouen

2015 : admissible à l’agrégation externe de Lettres modernes

2013-2014 : M2 de Lettres modernes spécialité « Recherche », « La Russie entre deux continents – construction et fonction de l’image de la Russie en France au XVIIIe siècle », sous la direction de Laurence Macé et Claudine Poulouin, mention Très bien.

2012-2013 : M1 de Lettres modernes spécialité « Recherche », « Modélisation et représentation de la Russie dans les travaux de Fontenelle et de Joseph-Nicolas Delisle », sous la direction de Laurence Macé et Claudine Poulouin, mention Très bien.

2008-2012 : Universität Passau

Septembre 2010-juin 2011 : Erasmus à l’Université de Rouen.

2008-2012 : B.A. European Studies, spécialités Frankoromanistik et sciences politiques, mention Très bien.

Activité scientifique

Publications et interventions

Indexation du numéro 10 (2010) de la Revue Voltaire ; mise en ligne de l’indexation sur le site de la Société des Études Voltairiennes : http://voltaire.lire.ish-lyon.cnrs.fr/spip.php?rubrique2http://voltaire.lire.ish-lyon.cnrs....

« Bernardin, les Russes et la Russie », à paraître dans les Actes du colloque « Bernardin de Saint-Pierre : idées, réseaux, réception » (dir. S. Anton, L. Macé, G. Thibault) aux PURH (Dates du colloque : 15/16 mai 2014).

« Fontenelle et l’Académie de Saint-Pétersbourg », Revue Fontenelle, n° 11, dir. Claudine Poulouin, Rouen, (sous presse).

« Structures et motifs épiques dans les jeux de rôle fantastiques », communication présentée dans le cadre de la conférence « Jeux fantastiques : mondes imaginaires et leur impacte socio-culturel », organisée par la Deutsche Gesellschaft für Fantastikforschung, Universität Klagenfurt, Autriche, 11-14 septembre 2014.

« De la perception enfantine au sentiment d’enfance », Journée des doctorants 2015, organisée par Guillaume Cousin et Valentine Veroust à l’Université de Rouen le 31 mai 2015 (à paraître).

Enseignement

2009-2010 : TD du cours « Initiation à la civilisation et à la littérature françaises », Université de Passau.

2015-2016 : Expression écrite, Université de Rouen.

2015-2016 : Littérature du XVIIe siècle (L2), Université de Rouen.


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