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Claudine NÉDÉLEC

Université d’Artois

Gentilshommes et honnêtes gens dans le Roman comique de Scarron


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Ce sujet m’a été suggéré par deux jugements portés sur Destin [Scarron lui-même hésitant entre le Destin et Destin, je choisis Destin, par commodité]. Le premier est de Léandre, « gentilhomme d’une maison assez connue dans la province » (p. 215) : « Comme vous avez l’âme d’une personne de condition [autrement dit, d’un gentilhomme] qui l’aurait fort belle, vous reconnûtes bientôt que je n’avais pas celle d’un valet » (p. 217). Le second est de la Garouffière, « jeune conseiller du parlement de Rennes » (p. 165), frotté de culture de cour, ce qui lui donne un plaisant certificat de « non-bourgeoisie » (p. 233 : il n’est donc pas noble, mais probablement en capacité de prétendre à la noblesse de robe) : « La Garouffière, qui était fort honnête homme et qui se connaissait bien en honnêtes gens, ne pouvait comprendre comment un comédien de campagne pouvait avoir une si parfaite connaissance de la véritable honnêteté » (p. 237). Ces citations montrent bien que, dans ce roman « comique », au sens de la description des contemporains « tels qu’ils sont », le rapport entre la « qualité » sociale (la position, le rang, la condition, la fonction) et les « qualités » comportementales (une belle âme, le sens de l’honneur, l’honnêteté), parfois liées au rang social (ainsi du code de l’honneur aristocratique, des déontologies des métiers et des fonctions, des vices considérés comme propres à certains états), ce qui est susceptible de révisions et de manquements, est complexe, marqué par l’ambiguïté propre au burlesque, et une forme d’incongruité.

Première question : si la valeur d’un homme se mesure à son « honnêteté », quelles qualités font-elles dire à la Garouffière que Destin est un parfait honnête homme ?

Deuxième question. Si Destin est un parfait honnête homme, il est un héros à la manière de ceux des romans héroïques… qui sont « incommodes à force d’être trop honnêtes gens » (1, XXI, p. 166), et de ce fait inimitables, donc assez inutiles pour porter efficacement une leçon morale, revendiquée dans le chapitre XII de la première partie (p. 86). Pour que le roman soit en accord avec les postulations théoriques de ces deux chapitres, il faudrait que les honnêtes gens du roman ne le soient pas trop, qu’ils aient quelques failles : qu’en est-il ?

Troisième question : comme toute valeur, l’honnêteté construit, de fait, une hiérarchie entre les êtres humains ; donc, comment se négocie la relation entre cette hiérarchie (morale) et les hiérarchies sociales, ou plutôt leur représentation idéologique dans la France d’Ancien Régime ? Destin est-il honnête homme malgré sa naissance, qu’il juge lui-même « basse » – mais qu’en est-il réellement ? L’est-il grâce à son éducation ? Ou alors en raison d’une certaine « inclination […] à bien faire » (p. 97) ? Qu’en est-il de l’analyse que fait l’écrivain de l’origine de la valeur morale des individus ?

Une remarque avant de commencer. Ce n’est pas de bonne méthode, je le reconnais, mais je ne parlerai pas des nouvelles espagnoles. Même si la question de la « condition » et les références à l’honnêteté et au code de l’honneur n’en sont pas absentes, on n’y trouve pas cette relation complexe et problématique dont je viens de parler – ce qui serait une preuve qu’elle est assez « franco-française ».

Qu’est-ce que l’honnêteté ?

L’honnêteté est un système de valeurs, qui ont pour fonction de réguler les actions de l’individu, en vue d’un comportement idéal vis-à-vis des autres comme vis-à-vis de soi. Ce système de valeurs s’est développé dans la France du XVIIe siècle comme une éthique laïque, sans référence aux pratiques et/ou aux croyances religieuses.

Le roman est assez clair sur ce point ; comme le dit Scarron, il dessine sans ambiguïté, par « des peintures d’actions et de choses tantôt ridicules, tantôt blâmables » (p. 86) la morale de l’honnêteté. Elle repose sur le respect que l’on doit aux autres, et que l’on se doit.

Respect de son corps : propreté, sobriété de bouche qui ne doit pas tourner à une avarice qui finit par le mettre en danger, contrôle des désirs sexuels. Quelques exemples. Si Destin prend soin de changer de linge (p. 235), si la Caverne profite d’un temps de répit pour savonner son collet sale (p. 50), la Rancune, qui « avait été malpropre toute sa vie » (p. 161), ne se préoccupe de son hygiène corporelle qu’en devenant amoureux (ce qui n’est guère moins ridicule…). Tandis que Destin soupe « fort sobrement en honnête homme » (p. 45), les avares maltraitent leur corps à force de restrictions, jusqu’à provoquer la mort d’un enfant « martyr de pure faim » (p. 93), et à se rendre malades (voir p. 221-222) ; mais Ragotin est invariablement puni de ses débauches de bouche, et sa pire disgrâce vient avant tout de s’être abominablement enivré (2, XVI). Il est également puni de ses pulsions sexuelles par « un grand coup de busc sur les doigts » (p. 77), et par le ridicule, comme l’est Mme Bouvillon, qui « ne put résister à une tentation et eut une bosse au front (p. 240).

Le respect de soi et des autres implique politesse, sens de sa place sociale et agrément dans la conversation, dignité, retenue et modération, pour ne pas céder aux passions (colère, agressivité, libido dominandi, vanité…). Les exemples abondent. Destin constitue effectivement un modèle : il est invariablement poli, même envers Mme Bouvillon, capable de soutenir une conversation spirituelle (p. 236 – au moins quand il n’est pas amoureux !), parfaitement conscient de sa condition (avec même une tendance à la dévaluation de soi) vis-à-vis des fils du baron d’Arques comme vis-à-vis de Léonore, s’efforçant de contrôler ses affects, par exemple dans le combat avec Saint-Far (p. 136-137). En face, de nombreux contre-modèles : agressivité gratuite du misanthrope la Rancune (p. 47), impolitesse et impulsivité de Ragotin, « petit homme fort colère » (p. 293), même envers ceux qui veulent lui venir en aide (p. 299), vanités et rodomontades de Roquebrune, « le plus incorrigible présomptueux qui soit jamais venu des bords de la Garonne » (p. 159), immoralité de Saldagne, « l’homme du monde le plus esclave de ses passions » (p. 135), ce en quoi il ne vaut pas mieux que la Rappinière…

Ambiguïtés

De « parfaits » honnêtes gens ?

En regard de ces personnages condamnables, mais drôles et intéressants, les honnêtes gens du roman le seraient-ils trop ? Le Destin et l’Étoile, Léandre et Angélique, forment « deux couples de beaux et parfaits amants » (p. 301)… On a envie de penser que c’est ironique, et parodique, mais je crois qu’il n’en est rien. Alors ne risquent-ils pas d’être « incommodes » ?

Commençons par les dames. En ce qui concerne l’Étoile, il n’y a aucun doute. Jamais elle ne déroge aux vertus demandées à l’honnête femme selon Furetière : « l’honnesteté des femmes, c’est la chasteté, la modestie, la pudeur, la retenue » ; or « il n’y avait pas au monde de fille plus modeste » (p. 58 ; voir 1, XIII et XV). En ce qui concerne Angélique, c’est un peu plus ambigu : certes, elle est dite « honnête fille » (p. 58, p. 196), et sa mère la Caverne l’a « bien élevée » (p. 190) ; mais elle se laisse aller en secret à l’amour de Léandre, et les lettres passionnées que sa mère retrouve après son enlèvement lui font dire « qu’à l’âge de seize ans elle en sait autant que celles qui ont vieilli dans la coquetterie » (p. 191).

En ce qui concerne les hommes, on s’aperçoit aussi qu’ils ne sont pas parfaits. Le « vieil curé du bourg », appelé au chevet de l’aubergiste mourant, « était honnête homme et savait bien son monde » (p. 220) ; mais il est tout de même un peu trop bavard, amateur d’histoires drôles dans une circonstance qui ne l’est guère (p. 221-222), et point trop dévot (il « fit des prières sur le mort, et il les fit bonnes, car il les fit courtes », p. 221), tandis que le curé de Domfront prononce un peu légèrement une menace d’excommunication (p. 112), et de témoins à gage (p. 113). Léandre va jusqu’à souhaiter la mort de son père, qu’il n’aime ni ne respecte (p. 215), et il envisage d’entraîner Angélique dans une fuite en Angleterre dont Destin lui remontre les risques physiques et sociaux. Le baron d’Arques, « fort honnête gentilhomme » (p. 96), finit par dévoiler ses préjugés de classe à la suite du duel entre son fils et Saint-Far, et par injurier injustement Destin après avoir refusé d’écouter ses explications (p. 137). Complexe est le personnage de Verville, pourtant défini comme l’égal de Destin en matière de bonnes dispositions : selon Destin lui-même, l’on ne pouvait « voir un garçon donner de plus grandes espérances de devenir un fort honnête homme qu’en donnait en ce temps-là ce jeune gentilhomme » (p. 96). Mais il enlève sa future femme au mépris du droit, et dans des circonstances relativement scabreuses, même s’il a des excuses (p. 127-135). De plus, comme son épouse est la sœur de Saldagne, celui-ci peut trouver refuge chez le baron d’Arques, père de Verville, qui précise : « mon père et nous le souffrons à cause de l’alliance » (p. 250), si bien que c’est dans son château que Saldagne emmène et cache l’Étoile, avec l’aide de sa sœur (p. 251)… Toutes choses que, blessé, Saldagne révèle à Verville, qui, bien loin de protester, de se gendarmer, de récupérer sans autre forme de procès l’Étoile, monte toute une intrigue pour la reprendre, sans pour autant l’affronter directement : en parlant en termes contemporains, Scarron montre bien par ces exemples que la « solidarité de classe » l’emporte sur les exigences morales.

A contrario, il est des personnages qui ne sont pas si mauvais qu’ils le semblent. La Rancune, tout misanthrope qu’il soit, se fait généreusement le protecteur de Destin et de l’Étoile, leur fournissant un gîte parisien (p. 153), les aidant à trouver des passeports pour la Hollande (p. 156), sauvant Destin lors de l’embuscade du Pont-Neuf (p. 156) au prix d’une grave blessure, et enfin accueillant les deux amants sans le sou dans sa troupe (p. 157). De la même manière, le baron de Sigognac, personnage « sans humanité et sans civilité » (p. 209), devient honnête homme au contact de la comédie (amusante preuve des vertus civilisatrices du théâtre !) et par amour, faisant preuve « de générosité et de bonté » (p. 208-209) : il ne tente aucune entreprise contre la comédienne, et lui fait même proposer le mariage, en tout bien tout honneur, par un « bon curé » (p. 210). Mais qu’arriva-t-il ensuite ?

Même Destin a lui aussi quelques failles, qu’évoquent symboliquement le costume bigarré avec lequel il entre en scène, et la « bandoulière, au bas de laquelle pendaient par les pieds une poule et un oison qui avaient bien la mine d’avoir été pris à la petite guerre » (p. 38), c’est-à-dire chapardés. Il ne déteste pas faire le coup de poing (1, III), avoue avoir eu quelque tentation en la personne de Mlle de Léri (p. 135), reconnaît avoir cédé à son ressentiment face à Saint-Far (p. 137), n’hésite nullement à menacer un valet de la torture (p. 257)…

Hiérarchies morales, hiérarchies sociales

Si jusqu’à présent nous avons tenté de décrire comment le roman dessine la morale de l’honnêteté au travers de ses « peintures », il nous reste à aborder la question de la relation entre naissance / statut social (souvent indissociables à l’époque) et qualités morales, question posée par les citations que j’ai données au début : comment un comédien, au statut social décrié et « bas », peut-il être honnête homme ? voire avoir l’âme d’une personne de condition ? Avant d’en venir à Destin, emblématique de cette interrogation, parcourons les différentes classes sociales (terme anachronique, mais pratique) mises en scène dans le roman.

Un statut orthodoxe : celui du peuple

Le peuple n’est guère représenté dans le roman que par la foule bruyante de « la canaille » des petites villes (p. 38, p. 152, p. 334), par des paysans facilement apeurés et superstitieux (p. 197 ; p. 201-202 ; 2, XVI), et surtout par quelques figures de valet ou de servante. Sans surprise, tous sont conformes aux préjugés sociaux et littéraires du temps, notamment les domestiques, « laquais et autres ordures du genre humain » (p. 234) : ivrognes, stupides, ou intéressés et sans scrupules, portés au vol et à la violence… bref, ils ont une âme de valet, selon une doxa bien résumée par Francion, dans le roman de Charles Sorel : « ils ont des âmes abjectes, comme étant nés de parents de basse condition [1]. »

Dès le chapitre I de la première partie, le valet du tripot se met à battre le charretier « sans dire gare », avec force « jurements de Dieu » (p. 39). On a ensuite la figure inquiétante de Doguin, le chien de son maître, qui intervient pour le défendre à coups de poing dans la première bagarre du roman (p. 42) ; il demande étrangement pardon à Destin avant de mourir (p. 54), et on comprend par la suite qu’il a contribué au vol à main armée du portrait du père de l’Étoile sur le Pont-Neuf. Destin et Mlle de Léri, sans se connaître, jouent au valet et à la servante, ce qui donne occasion à Destin de dire : « peu de suivants se rencontrent ensemble sans se dire tout ce qu’ils savent de leur maître et sans trouver à redire au peu de soin qu’ils ont de faire leur fortune et celle de leurs gens » (p. 122) ; mais la (fausse) suivante détrompe son attente, au moins jusqu’à ce qu’elle lui tienne « de vrais discours de servante » (p. 125), parce qu’elle dénonce la tyrannie que le frère fait peser sur ses sœurs. Un peu avant, Destin envisage avec une certaine malice qu’elle aura quelque peine à le reconnaître dans le « gros sot » qui est le vrai valet de Verville, « Bas-Breton d’une figure fort désagréable et d’un esprit qui l’était encore plus » (p. 124) ! Le valet et la servante qui accompagnent Léonore et sa mère dans leur équipée à la recherche du père de Léonore les volent en chemin : « Un matin, le valet et la servante ne se trouvèrent plus : et, ce qui fut de plus fâcheux, l’argent de la pauvre demoiselle disparut aussi » (p. 149). Le valet par lequel Destin a remplacé Léandre, soudoyé par la Rappinière, s’est fait complice de l’enlèvement de l’Étoile par Saldagne (2, XIII), ce qu’il révèle sous la menace de la torture (p. 257). Heureusement les valets de Saldagne, « de francs ivrognes » (p. 252), se laissent enivrer, ce qui permet à l’Étoile d’échapper à ses ravisseurs – soyons juste : grâce à l’aide du valet de Verville « fort habile et […] fort fidèle » (p. 251).

Enfin, la quatrième nouvelle offre un joli portrait de « valet de comédie », qui pourrait être l’ancêtre du Figaro de Beaumarchais, de ceux qui « font les modes entre les autres valets », composent des chansons, et font « entrer dans la composition de [leur] mérite quelque bravoure, mais, pour vous dire les choses comme elles sont, un peu filoutière » (p. 318). Devenant sur ordre de son maître dom Diegue l’ami de cœur (pour de bon, car il se prend au jeu) de la servante de Dorothée de Monsalve, il l’amène à servir son maître auprès d’elle… Le tout se termine assez mal, car Dorothée en aime un autre, que dom Diegue tente d’assassiner, ce qui conduit à sa mort, à la séparation des amants nobles, et à la fin des amours ancillaires.

Mentionnons, pour terminer ce tableau du statut moral de la domesticité dans ce roman, le père de Destin. Sans être vraiment domestique (il serait né « pauvre gentilhomme »), il s’est fait « écuyer ou meneur d’une dame de Paris assez riche », ce qui lui a permis d’amasser quelque bien « parce qu’il était aussi maître d’hôtel et faisait la dépense, c’est-à-dire ferrait peut-être la mule » (p. 92), selon un soupçon fréquemment exprimé envers tous ceux et celles qui s’occupent des achats de la maison, celui de falsifier les comptes pour empocher la différence.

Scarron ne fait ici preuve d’aucune originalité, ni d’aucune position transgressive : au mieux, les domestiques sont fidèles et dévoués, sans aucune individualité ; au pire (et c’est le plus fréquent) ils ne sont moralement pas fréquentables…

Un statut indéterminé : celui de la bourgeoisie

Le « tiers état » (ce qu’on appellerait aujourd’hui les classes moyennes) est représenté comme très divers – diversité sociale qui est aussi une diversité morale. Envisageons quelques cas de figure.

Mme Bouvillon n’est guère recommandable, non seulement par ses pulsions sensuelles auxquelles elle ne sait pas résister, mais aussi parce qu’elle abuse quelque peu de la puissance que lui donne sa fortune (« tout le bien de la maison venait d’elle », p. 240) pour mener son entourage à la baguette. Si elle est le double de Ragotin dans le grotesque, il doit se contenter quant à lui de colères impuissantes, et ses tentatives (justifiées, en fait) de défendre ses droits de propriétaire (p. 293-294) sombrent dans le dérisoire. Les aubergistes (hommes ou femmes) n’ont pas grande réputation d’honnêteté, selon la tradition des romans picaresques : celle qui vient de perdre son mari a fait fortune « à vendre bien cher et à faire mauvaise mesure de vin et d’avoine » (p. 220) et, ne perdant pas le nord malgré les circonstances, fait payer « en Arabe » les voyageurs anglais (p. 232). L’opérateur et sa femme Inézilla forment un couple assez étrange : l’une, immigrée en voie d’intégration, envisage manifestement une carrière d’écrivaine (p. 309), tandis que son mari, faux « gentilhomme vénitien, natif de Caen en Normandie » (p. 158), opérateur, mais surtout « grand charlatan et encore plus grand fourbe », vire clairement à l’escroc (p. 308). Passons sur les médecins, invariablement aussi beaux parleurs qu’ignorants (p. 110, 213, 238, 239), et les écrivaillons, qui fatiguent les honnêtes gens « par [les] productions de leur esprit mal fait » (p. 82), tels Ragotin et Roquebrune.

Trois cas particuliers.

Les comédiens de campagne, et surtout les comédiennes, n’avaient pas fort bonne renommée, ce dont témoigne la méfiance de la Rappinière au tout début du roman (p. 38). Même si la Rancune est un personnage plutôt malfaisant (voir sa mauvaise farce en 1, VI, et le vol des bottes en 2, II), Scarron s’efforce de défendre leur réputation. Ainsi, Destin affirme à Léandre qu’il n’est pas le seul aristocrate à pouvoir envisager sans déshonneur de « faire la comédie » (p. 218). Car « De nos jours, on a rendu en quelque façon justice à leur profession et on les estime plus que l’on ne faisait autrefois » (p. 234). Et surtout, Scarron défend l’honneur des comédiennes : « mademoiselle de l’Étoile, ayant de nécessité à faire la comédie, n’eût pu trouver en toutes les caravanes des comédiens deux comédiennes qui eussent plus de vertu que ces deux-là. Ce n’est pas à dire qu’il n’y en ait de la profession qui n’en manquent point, mais dans l’opinion du monde, qui se trompe peut-être, elles en sont moins chargées que de vieille broderie et de fard » (p. 195-196).

Aucune trace d’anticléricalisme chez Scarron. Ses curés de campagne, non sans quelques défauts, sont malgré tout de bonnes gens. Par exemple, le « vieil curé du bourg » appelé au chevet de l’aubergiste mourant est qualifié de « bon pasteur », honnête homme qui « savait bien son monde » (p. 220) : il s’emploie à séparer le frère du curé et le frère du défunt, qui se battent pour une plaisanterie mal venue, remercie Destin de son aide, et fait aimablement des offres de service aux deux comédiens (p. 221). Certes, il n’est point trop dévot, mais il reproche au mourant son impiété (p. 223), et aux farceurs qui ont déplacé le cadavre leur « entreprise, qui passait la raillerie » (p. 230). Quant au père Giflot, « à qui la colère avait fait oublier pour un temps la charité, [il] se repentit d’avoir été trop vindicatif » (p. 300), et pousse le meunier à venir au secours de Ragotin. Et s’il est d’abord tenté de l’exorciser (p. 299), c’est qu’il croit au diable – croyance parfaitement orthodoxe pour un prêtre catholique.

Inversement, le roman va jusqu’à la peinture d’un « officier », représentant de la loi et de l’ordre, qui est en fait véritable criminel. On apprend peu à peu que la Rappinière, « lieutenant de prévôt » (p. 38) au Mans, c’est-à-dire à peu près commissaire de police, a commencé comme tire-laine à Paris (l’affaire du vol à main armée de la boîte de portrait est rappelée à plusieurs reprises) et a failli être roué en Bretagne (p. 257) ; sa fonction ne l’a pas assagi, puisqu’il continue ses exactions (p. 49-50 ; p. 257), et qu’il se laisse aller à aider à l’enlèvement de l’Étoile, pour en avoir sa part (p. 290), ce qu’il avoue sans scrupule aucun. Et le narrateur conclut : « Quelque peine que j’aie prise à bien étudier la Rappinière, je n’ai jamais pu découvrir s’il était moins méchant envers Dieu qu’envers les hommes et moins injuste envers son prochain que vicieux en sa personne » (p. 290) – ce qui est une condamnation en règle. Or la Rappinière est le protégé de la Garouffière, et cela en toute connaissance de cause ; tout honnête homme qu’il se dise, et qu’il soit effectivement, puisqu’il aide avec fermeté Destin, il l’épargne malgré tout au nom d’une assez étrange solidarité de clan : « Ce n’est pas qu’il ne le connût pour un grand scélérat, mais la femme de la Rappinière était un peu sa parente » (p. 257) ; étrange mariage, au demeurant. Là encore, la morale et les liens sociaux de clientèle ne font pas forcément bon ménage…

Un statut en question : celui des aristocrates

L’Honnête homme de Nicolas Faret (1630) est sous-titré : « ou l’art de plaire à la Cour » : il implique donc une morale d’abord destinée à l’aristocratie, dont il s’agit de policer les comportements, dans son propre intérêt. Alors, qu’en est-il des aristocrates du roman (j’entends ceux qui sont définis comme tels sans contestation aucune) – roman qui, notons-le, n’en manque pas, qu’ils soient anonymes, épisodiques (tel la Baguenodière), ou personnages d’importance ?

À étudier leurs comportements, on peut déduire que Scarron en invente autant (voire nettement plus) de fort malhonnêtes, au point de servir clairement de contre-modèles, que d’honnêtes. En effet, chez les honnêtes gens (pas trop parfaits non plus, comme nous l’avons déjà dit), on peut dénombrer : le baron d’Arques, son fils Verville, Léandre, dont tous admiraient « l’esprit et la sagesse » selon la Caverne (p. 190), et le marquis d’Orsé, pour son amour de la comédie, et sa libéralité de mécène.

Mais le nombre des aristocrates brutaux, dévoyés, voire criminels, est bien plus grand. Des anonymes d’abord, tels les deux jeunes gens qui déclenchent assez grossièrement l’échauffourée qui interrompt la représentation de La Mariane de Tristan l’Hermite (1, III), et qui font suivre cette bagarre d’une embuscade armée nettement plus sérieuse, heureusement déjouée par le courage de Destin : « Cette partie avait été dressée à la Rappinière par deux petits nobles, dont l’un avait épousé la sœur de celui qui commença le combat par un grand coup de raquette » (p. 44). Une nouvelle bagarre au cours d’une représentation, celle du chapitre XVII de la seconde partie, a pour origine un certain la Baguenodière, « gentilhomme » (p. 304) défini comme « le plus grand brutal du monde », dont les remarques inciviles envers « deux gentilshommes » (p. 305) finissent par les échauffer, le tout menant à une série de soufflets, dont Ragotin subit indirectement les conséquences, fâcheuses. Et surtout le frère de Verville, Saint-Far, aussi bien né que lui donc, n’a que « des passions mauvaises » (p. 96) : brutalité, grossièreté, refus des lettres, violence, immoralité, sentiment d’impunité… Quant au baron de Sigognac, il avait « la réputation […] d’être le plus grand tyran qui se soit jamais fait craindre dans un pays où la plupart des gentilshommes se mêlent de l’être » (p. 209).

Mais il y a bien pire que l’incivilité et la brutalité. Certains aristocrates sont de véritables criminels. Il est significatif que le curé de Domfront puisse supposer que c’est « un gentilhomme de ses voisins », avec lequel il est en procès, qui attaque son brancard, voulant l’assassiner (p. 112). C’est un gentilhomme de la région du Mans, qui « ne vaut pas mieux que [Saldagne] et qui n’est pas maître en sa maison, étant cadet des cadets » (p. 250), qui a fourni des hommes à ce dernier pour organiser le rapt de l’Étoile. Mais il est obligé de s’enfuir avec eux, « à cause qu’un de ses frères, qui se mêlait de faire des convois de faux sel, était guetté par les archers des gabelles et avait besoin de ses amis pour se mettre à couvert » (p. 251). Cette frange un peu misérable de l’aristocratie n’est pas loin du grand banditisme.

Il y a probablement plus grave encore, lorsque c’est la morale de l’honneur elle-même qui est bafouée. Saint-Far n’hésite pas à tenter de violer une proie qu’il croit facile :

se voyant seul avec une fort belle fille, et ayant bien plus d’instinct que de raison, ou, pour parler de lui comme il mérite, étant la brutalité même, il avait voulu profiter de l’occasion, sans considérer ce qui en pourrait arriver et qu’il faisait un outrage irréparable à une fille de condition, qui s’était mise entre ses bras comme dans un asile (p. 133).

Irréparable, pas tout à fait : seulement par un mariage – malheureux au reste (p. 249). Remarquons que le seigneur écossais, pas plus que le père de Léonore, ne semblent pas avoir eu trop de scrupules à séduire et engrosser (pardon du terme) deux jeunes femmes, et le père de Léonore, au bout d’une vingtaine d’années, n’a toujours pas régularisé… Quant à Saldagne, « fort malhonnête homme et fort dangereux » (p. 249), tyrannique envers ses sœurs par rapacité (p. 125), il ne respecte même pas les lois de l’honneur aristocratique : lors de l’affrontement avec Destin, dans un jardin romain, il dit se retirer parce qu’il n’a pas d’épée (au contraire de Destin) ; en fait, au lieu d’organiser un duel en bonne et due forme, il lui tend une embuscade avec son valet, et l’attaque par derrière, ne lui laissant à peu près aucune chance d’en sortir vivant… s’il n’était survenu deux bons pères minimes (p. 103-104). Destin n’hésite pas à parler à ce propos d’« assassinat » (p. 134). C’est exactement la conduite de Saint-Far, qui se bat à peu près comme « un laquais » (p. 136) : lors du duel avec Destin, qui tourne à sa confusion alors que celui-ci se conduit avec la plus grande modération, l’épargne par deux fois, et lui rend son épée, il en profite lui aussi pour le frapper par derrière (p. 137).

Deux conclusions s’imposent. Scarron n’oppose pas valeurs de l’honnêteté et valeurs aristocratiques. Ainsi, Destin, qui sait « tenir son rang » (p. 98, p. 108) avec tout le respect nécessaire, envisage clairement une carrière militaire afin de se « rendre digne » de l’amitié de Verville (p. 98) ; si sa maladie et la rencontre de Léonore infléchissent son parcours, il n’a pas oublié pour autant sa première intention, à laquelle il revient lorsqu’il pense l’avoir définitivement perdue, au point que son père le traite de « traîneur d’épée » (p. 120). Quant aux déviants, ils contreviennent aux unes autant qu’aux autres.

Seconde remarque : Scarron ne tire jamais aucune conclusion de ces portraits à charge d’aristocrates. Or la doxa voudrait qu’à naissance noble, âme noble, et à naissance basse, âme vile. Si les valets du roman confirment la seconde proposition, Destin, qui a intégré comme une réalité la « bassesse » de sa naissance (p. 92, 103, 107, 138), a bien, comme le dit Léandre, une âme noble… très loin du Francion de Sorel, qui ne cesse de revendiquer sa gentilhommerie, mais qui est tout sauf honnête homme (prétentieux et méprisant, imbu de lui-même, hypocrite, voire voleur, très fier des mauvais tours joués à des paysans qui ne lui ont rien fait, prêt à profiter sans scrupule de ses amis, et des faveurs des prostituées [2]…).

Scarron illustre ainsi implicitement une forme de contestation, ou du moins d’interrogation, sur l’association / dissociation entre valeur morale et origine noble, que l’on trouve avant lui, et après lui. Sorel aborde la question dans une nouvelle intitulée « Le pauvre généreux » : « vous, qui vous vantez d’avoir eu un père noble et qui avez été nourri [élevé] noblement, quand vous ferez de vertueux exploits, ce ne sera que ce que vous devez faire, et si vous n’en faites point, vous êtes l’homme le plus méprisable du monde [3]. » On peut citer aussi Corneille, dans Le Menteur (1644) :

GÉRONTE [à son fils Dorante]
Êtes-vous gentilhomme ? […]
Croyez-vous qu’il suffit d’être sorti de moi ?
DORANTE
Avec toute la France aisément je le croi.
GÉRONTE
Et ne savez-vous point avec toute la France
D’où ce titre d’honneur a tiré sa naissance,
Et que la vertu seule a mis en ce haut rang
Ceux qui l’ont jusqu’à moi fait passer dans leur sang ?
DORANTE
J’ignorerais un point que n’ignore personne,
Que la vertu l’acquiert, comme le sang le donne ?
GÉRONTE
Où le sang a manqué, si la vertu l’acquiert,
Où le sang l’a donné, le vice aussi le perd.
Ce qui naît d’un moyen périt par son contraire,
Tout ce que l’un a fait, l’autre peut le défaire,
Et dans la lâcheté du vice [le mensonge] où je te voi,
Tu n’es plus gentilhomme étant sorti de moi. (V, 3, v. 1501-1516)

Et Boileau, dans sa Satire V (v. 1663-1665), intitulée Discours cinquième sur la noblesse depourveuë de vertu, qui est une imitation de la satire VIII de Juvénal (« Il n’est qu’une noblesse, elle est dans la vertu : nobilitas sola est atque unica virtus »), pose cette question : que vaut un aristocrate dont « [Le] cœur dément en lui sa superbe origine ? » (v. 18). N’oublions pas le père de Dom Juan :

Ah, quelle bassesse est la vôtre ! Ne rougissez-vous point de mériter si peu votre naissance ? […] Croyez-vous qu’il suffise d’en porter le nom et les armes, et que ce nous soit une gloire d’être sorti d’un sang noble, lorsque nous vivons en infâmes ? Non, non, la naissance n’est rien où la vertu n’est pas (Dom Juan, 1665, IV, 4).

Naissance et qualités morales

Que déduire alors du rapport entre naissance et qualités morales à partir des personnages du roman ?

La différence entre l’Étoile et Angélique s’explique peut-être parce que l’une est « fille de condition » (p. 87), et l’autre d’une origine indéfinie : elle est la fille de la Caverne, elle-même issue d’une bourgeoise et d’un comédien de campagne, mais aucune information n’est donnée sur son père, et la Caverne semble bien l’avoir élevée seule. A contrario, du portrait contrasté de Saint-Far et de Verville, on pourrait conclure que la naissance ne fait rien à la qualité morale, ni même l’éducation : ils ont le même entourage familial, la même (bonne) éducation, le même parcours de vie, des faits d’armes au mariage (avec deux sœurs). Et pourtant ils sont différents du tout au tout.

Si bien que la naissance (noble ou pas) paraît être renvoyée à la simple action de la Fortune – c’est-à-dire du sort, du hasard : Destin demande ainsi à l’Étoile si elle aurait pu l’aimer, à égalité de « fortune » (p. 118). Et il interprète son « destin » de cette manière : « c’est sans doute que la Fortune s’est voulu venger de la Nature, qui avait voulu faire quelque chose de moi sans son consentement, ou, si vous voulez, que la Nature prend quelquefois plaisir à favoriser ceux que la Fortune a pris en aversion » (avec majuscules à Nature et à Fortune, dans l’édition originale, p. 96).

Pour autant, c’est un peu plus complexe que cela, de deux façons. D’une part, Destin a beau avoir intériorisé une naissance « basse », elle ne l’est pas tant que cela, au vu des données narratives. En effet, soit il est bien le fils de Garigues – lequel est gentilhomme, déclassé certes par ses mariages et sa paysannerie (riche), et fort peu honnête homme, mais enfin gentilhomme (p. 92)… Soit, à la suite d’un échange, il est le fils d’un seigneur écossais et d’une fille « de fort bonne maison » (p. 94-95). Destin doit donc peut-être ses bonnes dispositions à ses origines, aristocratiques dans un cas comme dans l’autre… Il en est de même de l’Étoile, fille d’un aristocrate « proche parent de l’ambassadeur » (p. 106) de France à Rome. Cela signifierait-il qu’il faut malgré tout quelque sang noble (condition nécessaire, si elle n’est pas suffisante) pour être vraiment honnête homme ? Mais ce sang aristocratique, pour l’une comme pour l’autre, est en grande partie socialement entaché d’illégitimité : le fils du seigneur écossais est né hors mariage, et sa naissance régularisée in extremis ; il en est de même de l’Étoile, fille « bâtarde » au sens de l’époque, le père n’ayant jamais régularisé une mésalliance dont la légalité est elle-même peu prouvée (p. 106-107).

Par ailleurs, une bonne éducation peut développer les qualités d’un individu : Destin profite au mieux de celle que lui procure la famille d’Arques (p. 97-98 et p. 120-121), tandis que son père putatif (Garigues) l’a laissé livré à lui-même, avec le jeune des Glaris (p. 120), au cours d’une enfance qui aurait pu mener à un parcours de picaro. Il est donc un peu inquiétant de retrouver Garigues nommé gouverneur de celui-ci (p. 120), probablement incapable de corriger ce qu’il a en lui de « très commun » (p. 95). Mais, pour en profiter, il faut être doué, par la Nature (je rappelle la citation de la p. 96 : « c’est sans doute que la Fortune s’est voulu venger de la Nature, qui avait voulu faire quelque chose de moi sans son consentement »), de ce que Scarron appelle tantôt une « inclination […] à bien faire » (p. 97), tantôt une belle âme (p. 217), ce qui se révèle dès l’enfance, avant toute éducation véritable (p. 95 : « quoique je donnasse autant d’espérance d’être un jour honnête homme que Glaris en donnait peu » ; p. 96 en ce qui concerne Verville).

Il y a donc bien quelque chose d’inné dans l’accès à l’honnêteté, mais cela ne dépend ni d’une puissance surnaturelle, ni surtout d’un héritage nobiliaire, au rebours de ce que prétend Francion, mais de la Nature (avec une majuscule) : serait-ce une forme de « destin » ? Or ces qualités innées, que l’éducation et les expériences de vie permettent de développer et d’affiner, peuvent mener à une forme de promotion sociale qui permettrait de surmonter le « destin » que représente sous l’Ancien Régime l’origine sociale. En effet, grâce à ses qualités morales, le tout jeune Destin aurait pu espérer, au travers de la carrière des armes, s’« élever à une fortune proportionnée aux sentiments d’honneur que son [celui de Verville] exemple [lui] avait donnés » (p. 138).

Scarron, volontairement ou involontairement, rend ainsi compte d’une tension entre les normes socio-éthiques et les représentations anthropologiques. Faut-il penser l’humanité (de façon en fait simpliste et peu tenable au vu des réalités) comme divisée entre bons / de bonne race et mauvais / de nature basse, ou plutôt double en tant qu’intérieurement divisée, au-delà des tendances majeures de chaque personnalité ? Quel rôle joue l’éducation dans la formation des attitudes morales ? Dans quelle mesure peut-il y avoir contradiction entre ce que Fortune, comme déterminant notre « sang », c’est-à-dire notre héritage familial (que les mésaventures de la vie sociale peuvent rendre incertain, brouillé, voire indéterminé), fait de nous, et ce que Nature, comme déterminant nos « inclinations », fait de nous ?

Une dernière question pour conclure, un peu décalée : le roman qui met en scène ces questions est-il bien le fait d’un « je » honnête homme, voire d’un « homme d’honneur » (p. 86), et destiné à faire de ses lecteurs des honnêtes gens par des « peintures d’actions et de choses tantôt ridicules, tantôt blâmables », dans une mutation honnête de l’esthétique du roman comique ? Le « je » dit « peut-être »… tout en avertissant son lecteur que son livre n’est peut-être qu’un « ramas de sottises » (p. 61), et que « s’il est scandalisé de toutes les badineries qu’il a vu jusques ici dans le présent livre, il fera fort bien de n’en lire pas davantage » (p. 86), car il compte bien ne pas s’arrêter là, sans doute. L’énonciation enjouée recommandée par Castiglione est-elle bien toujours « honnête », chez Scarron ? Bien qu’il ne soit pas (selon moi) subversif, ce roman ne manque pas de passages transgressifs, dans la mesure où il invite son lecteur à jouir sans retenue et sans arrière-pensées non seulement du comique « bas » de la sexualité, de la scatologie et de la violence farcesque (alors même qu’il prétend vertueusement la farce « comme abolie », p. 234), voire des bourdes et disgrâces assez immorales dont sont victimes les sots et les grotesques, mais aussi parce que les personnages positifs de son roman ont une identité sociale bien mal définie…

Notes

[1Charles Sorel, Histoire comique de Francion, éd. Fausta Garavini, Paris, Gallimard, 1996, p. 160.

[2Voir Nathalie Grande, « Un bourgeois gentilhomme ? Noblesse et société selon Francion », Littératures, no 43, automne 2000, p. 95-106.

[3Publiée dans Les Nouvelles françaises (1623) et rééditée (sous le titre de « La vertu récompensée ») dans Les Nouvelles choisies (1645), éditées par Daniela Dalla Valle, Paris, Honoré Champion, 2005, p. 193.


Pour citer l'article:

Claudine NÉDÉLEC, « Gentilshommes et honnêtes gens dans le Roman comique de Scarron » in Conférence Claudine Nédélec, .
(c) Publications numériques du CÉRÉdI, "Séminaires de recherche", n° 15, 2019.

URL: http://ceredi.labos.univ-rouen.fr/public/?gentilshommes-et-honnetes-gens.html

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