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Cécile TARDY

Université de Poitiers (IUT de Poitiers, site de Niort)

La dette de Madame de Sévigné envers Voiture dans les Lettres de 1671. Une filiation galante


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Il paraît naturel de commencer une journée consacrée à Madame de Sévigné en regardant vers l’amont, vers le début du siècle et ses possibles filiations littéraires. Plusieurs auteurs critiques ont emprunté cette démarche et se sont notamment penchés sur le modèle constitué par Voiture, le seul épistolier qu’elle cite et pour lequel elle exprime son admiration. L’analyse critique se concentre alors sur l’inspiration enjouée de la marquise. En effet, bien que son art d’écrire soit plus varié, Voiture est resté célèbre pour ses lettres galantes et son badinage, qui trouveraient un prolongement dans le « rabutinage » de la marquise, notion qui rend compte de l’échange amusé et complice qu’elle entretient avec son cousin. De fait, l’influence de Voiture est visible dans les lettres à Bussy-Rabutin – alors qu’elle l’est moins dans celles à Madame de Grignan écrites en 1671, de nature introspective. Au premier abord, il semblerait donc moins pertinent d’étudier cette influence dans les Lettres de 1671, que dans la correspondance avec Bussy, par exemple dans les années qui précèdent, de 1668 à 1670 [1].

Et pourtant, ce n’est pas seulement l’impératif du programme d’agrégation qui donne sens à notre sujet. Si l’on revient au texte même de Madame de Sévigné, et que l’on porte un regard d’ensemble sur sa correspondance, force est de nuancer nos affirmations premières (voir tableau, annexe 1). Deux constats, assez surprenants, peuvent être faits. Tout d’abord, c’est à partir de 1671 que se repèrent sous la plume de Madame de Sévigné les premières allusions à Voiture – qui se poursuivront ensuite durant vingt ans, à un rythme régulier. Ensuite, ces allusions se trouvent condensées, à trois exceptions près [2], dans les seules lettres à Madame de Grignan. Nous pouvons donc affirmer que les Lettres de 1671, loin d’être un lieu accessoire pour envisager la présence de Voiture, sont un espace où cette filiation naît, où elle prend forme de manière explicite. Elles constituent en cela un lieu fondateur pour appréhender le lien entre les deux épistoliers.

Dès lors, il convient de s’interroger sur le sens de cette référence à Voiture, qui émerge dans les lettres que nous étudions : dans quelle mesure cette filiation, loin d’être le signe d’un enjouement un peu superficiel, révèle quelque chose d’essentiel sur sa pratique épistolaire ? Pour tenter de répondre à cette interrogation, nous porterons tout d’abord un regard global sur la réception de Voiture en 1671, avant d’envisager de manière plus spécifique les liens qui se tissent entre nos épistoliers. Ces liens recouvrent une double dimension – stylistique et morale – dont il s’agira d’explorer les enjeux, et les tensions.

La réception de Voiture en 1671 par l’entourage de Madame de Sévigné

Une question doit d’abord être posée, comme première étape de notre réflexion : par quels biais Madame de Sévigné a-t-elle lu – ou connu – Voiture ? Question d’autant plus cruciale qu’elle renvoie aux deux facettes de l’éducation qu’elle a reçue – éducation livresque (par la fréquentation des auteurs) mais aussi mondaine (par la fréquentation de la bonne société).

La mémoire des milieux mondains

Les milieux mondains sont les premiers à véhiculer la mémoire de Voiture, auprès de Madame de Sévigné. Contrairement à Guez de Balzac (son grand rival en matière épistolaire, qui a publié plusieurs recueils de lettres assortis de préfaces), Voiture n’a jamais fait imprimer ses textes. Il a cultivé une posture d’amateur, selon la définition qu’en donne Alain Viala dans Naissance de l’écrivain : un honnête homme qui fait de l’écriture un passe-temps plutôt qu’une profession. Pour autant, cela ne signifie pas que ses productions restent secrètes, inconnues. Bien au contraire : durant toute son existence, elles circulent sous une forme orale et manuscrite, spécifique de la sociabilité mondaine [3]. Sa réputation s’est ainsi construite dans des milieux déterminés, où ses textes étaient lus, commentés, admirés. En premier lieu à la Cour (où Voiture, né roturier, a progressivement acquis une place de choix : il devient maître d’hôtel ordinaire de Louis XIII en 1643). Mais aussi dans le cercle du duc d’Enghien, prince du sang ; à l’hôtel de Rambouillet (qu’il fréquente assidument) ; et à l’hôtel de Mesmes (puisque le comte d’Avaux est l’un de ses protecteurs).

En lisant les Lettres de 1671, nous croisons à plusieurs reprises ces figures présentes chez Voiture – mais quelque trente ans plus tard, vieillissantes, un peu comme si l’on se trouvait au bal du Temps retrouvé : ainsi dans la lettre 39, nous revoyons le duc d’Enghien devenu prince de Condé, passant l’été et le printemps à Chantilly. Quant à la lettre 24, elle évoque l’hôtel de Rambouillet et la correspondante privilégiée de Voiture qu’est Julie d’Angennes (désormais duchesse de Montausier [4]). Enfin, le cercle de Mesmes est également convoqué à travers la figure récurrente de Monsieur d’Irval, frère du comte d’Avaux.

Malgré la différence première de statut social, il y a donc une relative conformité sociologique, quant aux milieux dans lesquels ont évolué Voiture et Madame de Sévigné – le comte de Grignan faisant en quelque sorte office de transition, lui qui avait épousé une fille de la marquise de Rambouillet. Ce qui permet d’affirmer que Madame de Sévigné connaît Voiture, entre autres, par la mémoire de ceux qu’elle côtoie.

Le support imprimé

À cette mémoire vive des milieux mondains, se joint aussi – depuis 1650 – le support imprimé. Le neveu de Voiture, Étienne Martin de Pinchesne, a réuni ses Œuvres à titre posthume, un an après sa mort, en 1650 (ce qui n’est pas sans résonance avec le destin éditorial de Madame de Sévigné). Tout au long du XVIIe siècle, réimpressions et rééditions se succèdent à un rythme soutenu. Elles rencontrent un large succès éditorial, surtout dans les milieux mondains.

C’est donc aussi par ce biais que Madame de Sévigné a connaissance de Voiture, puisqu’elle possède ses Œuvres dans sa bibliothèque et qu’elle les lit à plusieurs reprises : nous l’apprendrons plus tard [5]. À ses yeux, Voiture est également un « auteur », dont la réception se fixe autour de certains traits d’écriture. En effet, Martin de Pinchesne a fortement orienté la lecture de ses Œuvres, en développant l’image d’un homme qui fuit la « contention de l’étude » et préfère le « commerce du monde », celle d’un Voiture galant qui s’adresse en priorité aux dames comme en témoigne son épître liminaire au lecteur :

Cette princesse et ces dames veulent bien que je dise d’elles pour la gloire de notre auteur, qu’elles ont jugé qu’il approchait de fort près des perfections qu’elles se sont proposées, pour former celui que les Italiens nous décrivent sous le nom de parfait courtisan, et que les Français appellent un galant homme [6].

En le décrivant sous les traits du « parfait courtisan », Pinchesne inscrit notre épistolier dans la lignée de Castiglione. La notion de sprezzatura, ou « négligence diligente », est ainsi placée au cœur de son œuvre, qui en est comme l’archétype.

Au regard de ce succès éditorial, Voiture acquiert donc une place consacrée et quasi institutionnelle, dans le monde et auprès des hommes de lettres. Mais sa réception se teinte aussi de polémique, et à cet égard l’année 1671 est particulièrement significative.

1671 : une année de consécration teintée de polémique

L’année 1671, qui voit paraître des ouvrages radicalement divergents, représente un point de transition entre deux phases de réception de ses textes (l’une élogieuse, l’autre plus dépréciative).

D’un côté, Voiture est érigé en « réformateur des belles lettres » et les témoignages d’allégeance à son égard se multiplient. Parmi ces témoignages, citons-en deux fameux, qui paraissent dans des ouvrages de 1671. Tout d’abord celui de La Fontaine qui, dans la troisième partie de ses Contes et nouvelles en vers, fait à plusieurs reprises référence à « Maître Vincent », modèle en matière d’enjouement stylistique à l’instar de Marot (« Maître Clément ») :

[…] Cependant chantez-nous,
Non pas du sérieux, du tendre, ni du doux,
Mais de ce qu’en français on nomme bagatelle,
Un jeu dont je voudrais Voiture pour modèle :
Il excelle en cet art. Maître Clément et lui
S’y prenaient beaucoup mieux que nos gens d’aujourd’hui [7].

Ensuite, celui du Père Dominique Bouhours, dont Les Entretiens d’Ariste et d’Eugène font de Voiture le modèle du « bel esprit ». Ils lui donnent une place de choix dans la république des lettres :

On peut dire que Voiture nous a appris cette manière d’écrire aisée et délicate qui règne présentement. Avant lui on pensait n’avoir de l’esprit, que quand on parlait Balzac tout pur, et qu’on exprimait de grandes pensées avec de grands mots [8].

Mais c’est en 1671 aussi que des critiques virulentes s’élèvent contre le style de Voiture : elles sont notamment portées par le chevalier de Méré qui dénonce chez lui « le faux brillant et les fausses galanteries », le style affecté. Son Discours sur la justesse consiste ainsi en une censure de ses œuvres, dont tous les passages peu exacts sont recensés, comme le suggère son exorde :

À Madame L.M.D.C.
Tout le monde vous loue, Madame, au moins je ne vois personne qui ne demeure d’accord que vous avez de l’esprit. On en remarque partout la délicatesse et l’agrément. Mais je ne sais si quelque autre que moi en connaît bien la hauteur et l’étendue […], j’admire principalement cette extrême justesse que vous avez à penser et à dire ce qu’il faut sur tout ce qui se présente. Nous parlâmes de cette justesse la dernière fois que j’eus l’honneur de vous voir, et nous convînmes qu’il n’y avait rien de si rare. Je vous dis même que ceux qui avaient l’esprit le plus juste faisaient des fautes et que je ne croyais pas qu’on me pût citer un auteur qui en fût exempt. Et quoi, me dîtes-vous alors, Voiture ne l’est-il point ? Je vous répondis, ce me semble, qu’il était vrai qu’il avait l’esprit fort juste, et que néanmoins je m’étais aperçu que par négligence ou autrement il ne s’était pas toujours servi de cette justesse bien exacte. Depuis en le lisant j’ai repassé sur les endroits que j’avais observés et je vous en rapporterai quelques-uns, si vous avez du temps pour les lire [9].

Dans la même perspective, toujours en 1671, Antoine de Courtin, dans son Nouveau traité de la civilité, commente Voiture en lui décernant des éloges quelque peu ambigus, et en l’érigeant en modèle d’un style affecté :

Tout est comme l’on voit, agréablement contrefait dans cette lettre, le nombre des périodes même qui devrait être concis et coupé, comme du figuré sérieux, est arrondi et plein, comme si c’était le style grave, qui traitât une matière sérieuse ; afin de cacher ce style sous un autre, et donner par ce moyen à cette galanterie l’air de lettre d’état pour affaires importantes. Ainsi le style, les expressions, et les termes étant figurés, et ces figures désignant ce que l’auteur veut dire par un rapport éloigné et disproportionné, font entrer dans l’esprit de celui qui lit la réalité travestie plaisamment, et causent l’agrément qui est l’essence de ce style [10].

L’oxymore « agréablement contrefait » est ici riche de sens : il montre combien l’œuvre de Voiture est l’occasion d’une réception polémique.

Madame de Sévigné est témoin de ces débats, au sein desquels elle prendra plus tard position. Ainsi, en 1679, elle condamnera Méré et « la ridicule critique qu’il fait, en collet monté, d’un esprit libre, badin et charmant comme Voiture [11] ». Pour l’instant, en 1671, il n’y a pas encore de témoignage explicite de sa part. Mais nous voyons qu’elle penche nettement vers les admirateurs de Voiture, puisqu’elle évoque aussi bien les Contes de La Fontaine que les Entretiens d’Ariste et d’Eugène [12]. Ces auteurs constituent donc des médiations dans le rapport qu’elle entretient avec Voiture : il existe une réelle communauté d’esprit à laquelle elle participe, et qui a des répercussions sur son approche de ce poète-épistolier.

Une filiation stylistique

Trois références explicites à Voiture

Prenons comme point de départ les trois références explicites à Voiture, présentes dans les Lettres de 1671, dans les lettres 16, 32 et 63 [13]. Ce sont des citations extraites de textes épistolaires ou poétiques, qui ont pour point commun de constituer des textes phares, particulièrement célèbres à cette époque. C’est le cas par exemple de la première référence, une lettre de Voiture écrite à Mademoiselle de Rambouillet durant l’été 1639, où il se représente en amoureux trépassé et prend au pied de la lettre l’expression figée « je me meurs de votre absence » :

Mademoiselle,
Personne n’est encore mort de votre absence, hormis moi, et je ne crains point de vous le dire ainsi crûment, pource que je crois que vous ne vous en soucierez guère. Néanmoins, si vous en voulez parler franchement, à cette heure que cela ne tire plus à conséquence, j’étais un assez joli garçon, et hors que je disputais quelquefois volontiers, et que j’étais aussi opiniâtre que vous, je n’avais pas de grands défauts. Vous saurez donc, Mademoiselle, que depuis mercredi dernier, qui fut le jour de votre partement, je ne mange plus, je ne parle plus, et je ne vois plus ; et enfin il n’y manque rien, sinon que je ne suis pas enterré. Je ne l’ai pas voulu être si tôt, pource premièrement que j’ai eu toujours aversion à cela ; et puis, je suis bien aise que le bruit de ma mort ne coure pas si tôt, et je fais la meilleure mine que je puis afin que l’on ne s’en doute pas : car si on s’avise que cela m’est arrivé justement sur le point que vous êtes partie, l’on ne s’empêchera jamais de nous mettre ensemble dans les couplets de l’année est bonne, qui courent maintenant partout [14].

Cette lettre est souvent présente dans les recueils collectifs de l’époque – tout comme le poème dont est extraite la deuxième référence, réponse à l’épître écrite à l’occasion de l’accouchement de Madame de Montausier en 1647. Il y est fait notamment référence au duc d’Enghien, d’une manière quelque peu irrévérencieuse, à travers ses déboires militaires devant Lérida (il a été obligé de lever un siège en 1646) :

J’admire dedans votre lettre,
Celui qui dit que son dada
Demeura court à Lérida,
Et dis de plus en assurance,
Que je ne sais qu’un homme en France,
Qui de la sorte osât rimer,
Et l’osant, osât se nommer [15].

Mais la plus célèbre de toutes est la dernière citation, extraite du sonnet de la « Belle Matineuse » (motif littéraire où une beauté humaine est comparée à la beauté du soleil et de l’Aurore) écrit par Voiture – sonnet de 1635 qui avait alors déclenché une fameuse querelle littéraire :

Des portes du matin l’amante de Céphale,
Ses roses épandait dans le milieu des airs,
Et jetait sur les cieux nouvellement ouverts,
Ces traits d’or, et d’azur, qu’en naissant elle étale.
Quand la nymphe divine, à mon repos fatale
Apparut, et brilla de tant d’attraits divers,
Qu’il semblait qu’elle seule éclairait l’univers,
Et remplissait de feux la rive orientale.
Le soleil se hâtant pour la gloire des cieux,
Vint opposer sa flamme à l’éclat de ses yeux,
Et prit tous les rayons dont l’Olympe se dore ;
L’onde, la terre, et l’air s’allumaient à l’entour :
Mais auprès de Philis on le prit pour l’Aurore,
Et l’on crut que Philis était l’astre du jour [16].

Il s’agit donc, on le voit, de textes par eux-mêmes peu originaux, qui n’impliquent pas en tout cas une lecture ou une connaissance approfondie des Œuvres de 1650 mais témoignent plutôt d’une culture commune à l’époque de Madame de Sévigné.

Plus que ces références en elles-mêmes, ce qui est intéressant, c’est l’usage que Madame de Sévigné en fait, la manière dont elle les intègre à ses lettres – une manière pleine d’ingéniosité qui montre qu’elle est justement sensible à la spécificité d’écriture de Voiture, à l’art de citer pour lequel il était réputé. Bouhours le souligne dans ses Entretiens, faisant de l’art d’alléguer le trait distinctif de son art d’écrire et rejoignant en cela un jugement assez général à cette époque :

C’est un des grands talents de Voiture : en imitant les autres, il s’est rendu inimitable : il savait admirablement l’art de mettre en œuvre, et de faire valoir les belles pensées des auteurs ; les traits qu’il emprunte quelquefois de Térence et d’Horace, semblent faits pour son sujet, et sont bien plus beaux dans les endroits où il les met, que dans ceux d’où il les a pris : de même que les pierres précieuses sont plus belles dans les bagues où on les enchâsse, que dans les rochers d’où on les tire [17].

La première citation de Madame de Sévigné, au premier abord, pourrait apparaître comme une citation d’autorité (« il faut que », « comme Voiture »). Cependant, les signes d’une transposition sont déjà perceptibles : Madame de Sévigné adapte cette citation à sa propre situation : en témoignent l’image du carnaval, le jeu de mots sur « mourir » (répété ensuite dans le cours de la lettre) et enfin la transposition du discours galant en plaintes maternelles :

Du reste, il faut que je dise comme Voiture : personne n’est encore mort de votre absence, hormis moi [18].

Nous observons un même phénomène, peut-être plus marqué encore, avec la deuxième référence – puisque nous passons du registre guerrier au registre grivois, Lérida ne renvoyant plus au siège qu’avait dû lever le prince de Condé en 1646, mais aux déboires amoureux de Charles :

[M]on fils vint hier me chercher du bout de Paris pour me dire l’accident qui lui était arrivé. Il avait trouvé une occasion favorable, et cependant oserais-je le dire ? Son dada demeura court à Lérida [19].

Loin d’occulter son travail de transposition, Madame de Sévigné le commente, le met en valeur. Ainsi, pour le sonnet de « La Belle Matineuse », où elle transforme le déterminant « ses » en « vos », elle insère des remarques métalinguistiques qui montrent l’intérêt et la limite de son allégation. Elle met en évidence la différence entre leurs deux situations, selon un procédé assez significatif de Voiture :

Je vous trouve fort jolie de vous être levée si matin pour voir [M. de Grignan] tirer vos lapins.
Le soleil se hâtant pour la gloire des cieux
Vint opposer sa flamme à l’éclat de vos yeux
Et prit tous les rayons dont l’Olympe se dore.

Ce qui m’embarrasse pour la fin du sonnet, c’est que le Soleil fut pris pour l’Aurore, et qu’il me semble que vous ne fûtes simplement que l’Aurore, et qu’aussitôt qu’il eut pris tous ses rayons, vous lui quittâtes la place et vous allâtes vous coucher [20].

Dès lors, il semble bien que la référence à Voiture n’est pas anodine mais s’accompagne d’une forme de prise de conscience littéraire [21]. Il devient donc pertinent d’étendre notre investigation sur l’influence exercée par Voiture au-delà de ces quelques références – en procédant à des rapprochements plus larges, témoignant d’une similitude de la pratique épistolaire, autour du modèle de la lettre galante.

La lettre galante

La lettre galante, si nous nous référons à l’étymologie, concourt au divertissement et au jeu, à l’amusement du lecteur. Elle revêt une forme paradoxale – puisque d’un côté elle est ancrée dans les circonstances, dans la sociabilité mondaine, et d’un autre côté elle tend à développer un style pour transformer et embellir cette réalité, au point de rendre ces circonstances finalement peu perceptibles. La figure de l’oxymore, souvent présente dans les lettres galantes, peut ainsi créer un certain brouillage :

Mademoiselle, quelque menaçante que soit votre lettre, je n’ai pas laissé d’en considérer la beauté, et d’admirer que vous puissiez joindre ensemble avec tant d’artifice, le beau et l’effroyable. Comme on voit l’or et l’azur sur la peau des serpents, vous émaillez avec les plus vives couleurs de l’éloquence, des paroles venimeuses ; et je ne puis m’empêcher en les lisant, que les mêmes choses qui m’épouvantent ne me plaisent [22].

La lettre galante apparaît comme une pièce poétique éminemment travaillée, innervée par d’autres genres. Cette hybridité générique est une constante dans les lettres de Voiture. Nous pouvons en voir un exemple, sous sa plume, lorsqu’il raconte la traversée des montagnes vers l’Italie comme s’il s’agissait d’un passage de roman :

Mademoiselle,
Je voudrais que vous m’eussiez pu voir aujourd’hui dans un miroir, en l’état où j’étais ; vous m’eussiez vu dans les plus effroyables montagnes du monde, au milieu de douze ou quinze hommes les plus horribles que l’on puisse voir, dont le plus innocent en a tué quinze ou vingt autres : qui sont tous noirs comme des diables, des cheveux qui leur viennent jusques à la moitié du corps, chacun deux ou trois balafres sur le visage, une grande arquebuse sur l’épaule, et deux pistolets et deux poignards à la ceinture. Ce sont les bandits qui vivent dans les montagnes des confins de Piémont et de Gênes ; vous eussiez eu peur sans doute, Mademoiselle, de me voir entre ces messieurs-là, et vous eussiez cru qu’ils m’allaient couper la gorge [23].

Dans ce passage, Voiture réinvestit tous les topoï du roman d’aventure – si bien que le « miroir », évoqué au début de la lettre, semble pour le moins déformant. D’où la difficulté à faire la part du réel et du fictif – difficulté accrue lorsque Voiture mêle le discours épistolaire et les réminiscences littéraires, mises sur le même plan :

Il y a trois jours que je vis dans la Sierra Morena le lieu où Cardenio et Don Quichotte se rencontrèrent, et le même jour je soupai dans la venta où s’achevèrent les aventures de Dorothée. Ce matin, j’ai vu l’Alhambra, la place de Vivarambla et le Zacatin, et la rue où je suis se nomme la calle de Abenamar :
Abenamar, Abenamar,
Moro de la Moreria
 [24].

Dans ces deux citations, nous voyons combien la référence au roman est essentielle dans sa pratique d’écriture.

De ce mélange entre réalité et littérature romanesque, particulièrement caractéristique de la lettre galante, nous trouvons maints échos chez Madame de Sévigné, qui dépeint certains événements auxquels elle assiste comme des sujets de roman. Ici, Madame de Sévigné fait référence à l’Amadis de Gaule [25], ailleurs à L’Astrée [26] : autant de références qui sont également essentielles chez Voiture et tissent un lien entre leurs pratiques épistolaires. Mais dans les Lettres de 1671, c’est la référence théâtrale qui se révèle nettement majoritaire, notamment en raison des citations de Corneille ou de Molière. Voiture, lui aussi, se tournait souvent vers un intertexte théâtral pour agrémenter ses lettres. Ainsi, dans une épître de l’été 1639, les vers de l’Eunuque lui servent à dire ses tourments amoureux :

Madame de *** m’est plus cruelle que jamais, plus fière qu’elle ne l’était dans ses lettres, et ce qui est pitoyable et honteux tout ensemble, cette résistance me pique, et je suis plus amoureux d’elle que vous ne me l’avez jamais vu,
O indignum facinus, nunc ego et
Illam scelestam esse, et me miserum sentio ;
Et tædet, et amore ardeo, et prudens, sciens,
Vivus, vidénsque pereo, nec quid agam scio.

C’est une des raisons qui m’a fait entreprendre ce voyage, ut defatiger [27].

Nous voyons que la culture change (elle est de langue latine chez Voiture, elle devient plus mondaine chez Madame de Sévigné). Mais il y a une permanence des procédés : le théâtre – comme représentation du monde – apparaît comme un genre littéraire privilégié pour donner vie à la lettre.

Cette hybridité générique peut confiner au décalage entre les genres et au burlesque – notamment lorsque Madame de Sévigné se sert de la lettre pour mettre en présence des genres très différents – l’épique servant alors de contrepoint pour décrire une situation réelle. Ainsi, la citation cornélienne « Et le combat cessa faute de combattants », rattachée à l’image prosaïque des habitants devant la maison en flammes, peut rappeler l’usage que Voiture faisait des citations épiques du Tasse, utilisées pour rendre compte de situations quotidiennes et prosaïques :

Je l’avais toujours bien jugé que vous étiez un vrai Tancrède,
Se non teme Tancredi, il petto audace,
Non fe’ natura di timor capace
 [28].

Ce mélange de registres participe du détournement des codes qui est à l’œuvre dans la pratique épistolaire de Voiture et de Madame de Sévigné.

Détournement des codes et libertinage de plume

Ces conventions qu’ils détournent sont d’abord celles des Secrétaires de l’époque. Tous deux, refusant les formules protocolaires, multiplient les railleries envers leur rhétorique empesée et conventionnelle. De même que Voiture demandait à Costar d’abandonner les « Monsieur » qu’il égrenait dans ses lettres [29], de même Madame de Sévigné souhaite se départir de certaines formules figées, répétitives. Mais cette prise de distance envers les conventions, s’observe également dans la volonté de surprendre le destinataire en ne répondant pas à son horizon d’attente, en créant la surprise envers les topoï de l’écriture épistolaire. Ainsi, l’un des intérêts de la lettre sur le mariage de la Grande Mademoiselle, c’est qu’elle déjoue les attentes de la narration par de nombreux effets de suspension, qui retardent l’information proprement dite. Elle peut ainsi être mise en rapport avec la célèbre « lettre du Valentin », où Voiture feint d’abord de satisfaire un objectif habituel de la lettre de voyage (décrire les lieux qu’il visite), mais abandonne bien vite son dessein. Sa lettre, un peu à la manière de celle de Madame de Sévigné, se transforme alors en jeu, en énigme :

Madame,
J’ai vu pour l’amour de vous le Valentin, avec plus d’attention que je n’ai jamais fait aucune chose, et puisque vous désirez que je vous en fasse la description, je le ferai le plus exactement qu’il me sera possible. […] Le Valentin, Madame, puisque Valentin y a, est une maison qui est à un quart de lieue de Turin, située dans une prairie et sur le bord du Pô. En arrivant, on trouve d’abord ; je veux mourir si je sais ce qu’on trouve d’abord : je crois que c’est un perron ; non non, c’est un portique ; je me trompe c’est un perron. Par ma foi, je ne sais si c’est un portique ou un perron. Il n’y a pas une heure que je savais tout cela admirablement, et ma mémoire m’a manqué. À mon retour, je m’en informerai mieux ; et je ne manquerai pas de vous en faire le rapport plus ponctuellement. Je suis, Vôtre, etc [30].

Les lettres de Voiture et de Madame de Sévigné travaillent donc sur l’effet de surprise, eu égard aux codes dont ils héritent.

À la jonction de ces procédés, se définit une liberté stylistique propre à Voiture qui, en reprenant une expression de Gédéon Tallemant des Réaux, pourrait être qualifiée de « libertinage [31] », faisant ainsi écho au « libertinage de plume » de Madame de Sévigné. Chez les deux épistoliers, ce libertinage de style serait ainsi perceptible, jusque dans les inventions langagières puisque tous deux se plaisent à resémantiser les expressions figées, à détourner les proverbes. Ainsi, quand Madame de Sévigné parle de son « cœur qui se fend [32] », cela peut faire écho à une lettre de Voiture à Mademoiselle Paulet qui joue sur le sens propre de cette même expression [33]. Ces remarques mettent en lumière ce qu’il en est vraiment de la filiation entre Madame de Sévigné et Voiture : il s’agit moins d’un ensemble d’emprunts textuels (du reste assez peu nombreux) que d’une dynamique d’écriture, fondée sur le libertinage et innervant l’ensemble de leurs productions. Telle est l’une des composantes majeures de leur naturel, compris comme un refus de se conformer à un ensemble de prescriptions préétablies.

Au terme de cette deuxième partie, nous pouvons donc affirmer que des résonances profondes se tissent entre Voiture et Madame de Sévigné. Est-ce à dire, pour autant, que la pratique épistolaire de la marquise constitue le simple prolongement de celle de Voiture ? Ce n’est nullement le cas tant certains passages, chez Madame de Sévigné, semblent aux antipodes de la lettre galante. Le début de la lettre 13 est de ce point de vue significatif :

[Vos lettres] sont si tendres et si naturelles qu’il est impossible de ne les pas croire. La défiance même en serait convaincue. Elles ont ce caractère de vérité que je maintiens toujours, qui se fait voir avec autorité, pendant que le mensonge demeure accablé sous les paroles sans pouvoir persuader ; plus elles s’efforcent de paraître, plus elles sont enveloppées. Les vôtres sont vraies et le paraissent. Vos paroles ne servent tout au plus qu’à vous expliquer et, dans cette noble simplicité, elles ont une force à quoi l’on ne peut résister [34].

La présence de Voiture chez Madame de Sévigné devient dès lors plus complexe à penser : est-elle compatible avec un discours moral, ou implique-t-elle une remise en cause de celui-ci ?

La question de la définition morale des lettres

L’ambivalence du positionnement moral

Pour envisager la dimension morale du genre épistolaire, il est utile de faire un détour par ses origines antiques et humanistes, quand il était compris comme miroir de l’âme, speculum animi. Marc Fumaroli a mis en évidence cette dimension en montrant comment, à partir de Pétrarque, la lettre est un lieu où l’unité de la personne (intime et privée) non seulement s’exprime, mais tend à se construire :

À mi-chemin entre les Lettres à Lucilius et les Confessions, c’est une autobiographie morale fragmentée qu’esquisse le recueil des Lettres de Pétrarque. La lettre humaniste, à ses origines italiennes, était déjà un « essai » au sens de Montaigne, abordant tous les sujets à partir d’un moi méditant et central, seul principe d’unité au milieu de cette diversité capricieuse [35].

La lettre humaniste fait ainsi office d’« autobiographie morale », elle est envisagée dans son acception laïque (c’est le modèle de Sénèque) ou religieuse (c’est celui de saint Augustin). C’est en tout cas la clef de voûte d’un art épistolaire qui, soumis aux métamorphoses, trouverait son point fixe dans la personne du rédacteur, sujet pensant, sujet écrivant qui prend en charge l’ensemble de la correspondance. Au début du XVIIe siècle, cette dimension d’autobiographie morale est l’un des points de dissension entre Balzac et Voiture. De fait, plusieurs des lettres balzaciennes ont une fonction d’instruction morale et s’inscrivent notamment dans la tradition sénéquienne. Un extrait d’une « lettre à Hydaspe » (dans les Premières Lettres de Guez de Balzac) peut servir à l’illustrer :

Quoiqu’un homme de vingt ans ne puisse pas avoir grande connaissance du monde, tu as le jugement assez clair pour ne te laisser tromper à l’apparence du bien, ni à l’éclat des mauvaises choses. D’ailleurs j’aurais besoin et de plus de temps que ne m’en donne ce porteur, et de plus de paroles que n’en reçoit une lettre, pour t’instruire de tout ce que tu as à faire, et à éviter, et pour t’apprendre une science, en laquelle j’étudie en t’enseignant. Je te dirais seulement […] que sur toutes choses tu dois donner ta volonté à Dieu, si tu ne lui peux pas donner le reste, et avoir pour le moins de bons desseins, s’il n’est pas en ta puissance de faire de bonnes œuvres [36].

La posture même qu’emprunte Balzac est révélatrice : retiré en Charente (dans ce qu’il appelle « son désert »), il porte sur le monde et ses vanités un regard qui se veut empreint de sagesse. Voiture, à l’inverse, revendique sa position de citadin vivant « dans les lumières de la Cour ». Nul discours moral dans ses textes, où Sénèque est convoqué tel un repoussoir – comme dans cet extrait d’une lettre à M. de Chaudebonne. Nous y lisons une parodie de discours moral, où la philosophie et l’étude sont assimilées à la maladie :

Madrid, qui est le plus agréable lieu du monde pour les sains et les débauchés, est le plus ennuyeux pour les gens de bien, et pour les malades ; et lorsque le carême empêche les comédies, je ne sache pas qu’il y ait un seul plaisir dont on puisse jouir en conscience. L’ennui et la solitude où je m’y suis trouvé, ont fait au moins en moi un bon effet, car ils m’ont réconcilié avec les livres que j’avais quittés depuis quelque temps, et ne trouvant point ici d’autres plaisirs, j’ai été contraint de goûter celui de la lecture. Préparez-vous donc, Monsieur, à me voir quasi aussi philosophe que vous, et imaginez-vous combien doit avoir profité un homme qui durant sept mois n’a fait autre chose que d’étudier ou d’être malade [37].

De manière significative, Madame de Sévigné ne choisit pas entre Balzac et Voiture, mais s’inscrit dans le prolongement de ces deux épistoliers rivaux : ses déplacements géographiques, entre Paris et la province (« son désert », selon une expression caractéristique de la prose balzacienne), entre la compagnie et la solitude, traduisent cette double polarité de son œuvre. Tout comme l’alternance de ses lectures, entre romans et essais. D’un côté, nous percevons sous sa plume les accents d’une quête morale, qui s’exprime à la lecture de Nicole notamment – comme dans la lettre 48. Mais d’un autre côté, certains passages frôlent le libertinage – notamment lorsqu’elle cite et s’approprie des versets bibliques [38], trait d’écriture qu’elle partage avec Voiture. Ce positionnement moral de Madame de Sévigné, qui est complexe à appréhender, rejaillit sur sa conception même du genre épistolaire, marqué lui aussi par le paradoxe.

Artificialité de la langue épistolaire

Dans sa correspondance, Voiture ne remet pas seulement en cause l’idée d’un discours moral propre à la lettre ; plus radicalement, il tend à dénoncer l’idée même d’une transparence de l’écriture, qui serait le support de l’introspection. Nombreuses sont les assertions, sous sa plume, qui vont dans le sens d’une artificialité de la langue épistolaire et qui font écho à certains passages de Madame de Sévigné. Attardons-nous par exemple sur la lettre de Voiture à Madame de Combalet, qui accompagnait l’envoi du sonnet de la « Belle Matineuse », dont nous avons parlé.

Après quatorze vers, vous me permettrez bien de mettre quatorze lignes de prose ; et de vous dire en un langage qui a accoutumé d’être plus véritable que celui-là, que je meurs pour vous. Cette beauté dont je viens de parler est beaucoup mieux décrite dans mon âme qu’elle n’est ici ; et l’image que j’en ai conçue est telle, qu’en vous mettant au-dessus de l’Aurore et du Soleil, je ne dis rien qui ne me semble trop bas et que je croie au-dessous de vous [39].

À une époque où l’on tend à dissocier la lettre du poème (lieu d’une parole authentique / lieu d’une parole mensongère), les choix d’écriture de Voiture, simultanément poète et épistolier, tendent à brouiller ces distinctions. Tout en commençant par suggérer une bipartition entre les vers et la prose, l’épistolier la remet radicalement en cause par ses choix mêmes d’écriture épistolaire : non seulement par la modalisation qu’il introduit (« qui a accoutumé d’être plus véritable »), mais surtout par l’utilisation d’un langage topique similaire dans le poème et dans la lettre (cette dernière allant jusqu’à renchérir sur les hyperboles présentes dans le sonnet). En réalité, le langage épistolaire utilisé n’est pas plus « véritable » que celui des poèmes (la formule « je meurs pour vous » ne pouvant être prise que dans un sens métaphorique). La lettre, conçue comme un reflet du poème (quatorze lignes de prose pour quatorze vers) obéit donc aux mêmes codes d’écriture et relève d’artifices et de stéréotypes similaires.

Dès lors, il semble compromis de repérer dans ces lettres une parole de « confidence », quelque forme qu’on choisisse de lui donner. Multipliant les protestations de sincérité (la locution « sans mentir » revient sous sa plume comme un automatisme, plus d’une centaine de fois [40]) mais distinguant dans son propre discours des « degrés » de vérité, Voiture invite à adopter face à ses propres textes une posture de soupçon.

Madame de Sévigné, d’une certaine manière, semble tirer les leçons de cette perspective. Chez elle, l’exigence de sincérité apparaît plus comme un idéal, que comme une certitude [41]. Nous retrouvons sous sa plume ces mêmes doutes à l’égard d’un langage sincère et transparent. Ainsi lorsqu’elle affirme :

Mon Dieu, que j’ai envie de savoir de vos nouvelles, et que vous m’êtes chère ! Il me semble que je fais tort à mes sentiments, de vouloir les expliquer avec des paroles ; il faudrait voir ce qui se passe dans mon cœur sur votre sujet [42].

Ce soupçon à l’égard de la langue devient alors un élément moteur dans sa démarche d’épistolière.

Entre recherche stylistique et quête introspective – entre Voiture et Nicole

La lettre, chez Madame de Sévigné, est prise dans une tension permanente, entre d’une part une exigence de transparence, une soif de confidence et d’autre part un soupçon envers la langue, perçue comme mensongère. Mais cette tension, loin de condamner au silence ou à l’échec, devient un moteur de sa démarche d’épistolière. Elle l’incite à redoubler d’inventivité et de fantaisie dans la langue, non pour masquer le réel, mais pour l’appréhender de manière inédite et personnelle, pour éviter toute frivolité : « Aimer comme je vous aime, fait trouver frivoles toutes les autres amitiés [43]. » Une remarquable convergence se fait ainsi, entre quête introspective et recherche stylistique ; et c’est ce qui donne tout son sens à l’expression que Madame de Grignan, en février 1690, appliquera au style de Madame de Sévigné, en combinant deux modèles pour en rendre compte – Voiture et Nicole :

Vous louez tellement mes lettres au-dessus de leur mérite que, si je n’étais fort assurée que vous ne les refeuilletterez ni ne les relirez jamais, je craindrais tout d’un coup de me voir imprimée par la trahison d’un ami. Voiture et Nicole, bon Dieu, quels noms [44] !

Loin d’être oxymorique, cette association révèle une dynamique féconde, qui est à l’œuvre chez Madame de Sévigné et émerge tout particulièrement dans les Lettres de 1671.

Il serait possible d’accumuler les points de comparaison ponctuels entre nos deux auteurs : leur destin éditorial offre bien des similitudes (tous deux ont été publiés à titre posthume, d’abord par un membre de leur famille), tout comme leur pratique épistolaire, qui se recoupe sur plusieurs aspects. Il n’est donc pas anodin que Voiture soit l’unique auteur épistolaire cité par Madame de Sévigné (alors qu’elle ne convoque jamais Guez de Balzac, par exemple). Mais l’intérêt du rapport entre Madame de Sévigné et Voiture n’est pas de l’ordre d’une influence ponctuelle. Il est surtout intéressant de constater, entre eux, la permanence de questionnements similaires sur l’épistolaire. Alors qu’en 1671 la pratique épistolaire de Madame de Sévigné s’intensifie [45] et prend une tournure nouvelle (en raison de sa séparation d’avec sa fille), la référence à Voiture apparaît sous sa plume : elle correspond à l’émergence d’une réflexion, même implicite, sur sa pratique d’écriture – Madame de Sévigné s’inscrivant dans la lignée de Voiture tout en renouvelant les codes de l’introspection morale.

Annexe 1 : « Vue d’ensemble : Présence de Voiture dans la correspondance de Madame de Sévigné »

Date Destinataire Extrait Commentaire Référence « La Pléiade »
1 18 février 1671 Mme de Grignan « Du reste, il faut que je dise comme Voiture : personne n’est encore mort de votre absence, hormis moi » Citation d’une lettre à Mlle de Rambouillet. I, p. 161
(« Folio », p. 70)
2 8 avril 1671 Mme de Grignan « Cependant oserais-je dire ? Son dada demeura court à Lérida » Citation d’une épître pour Mme de Montausier I, p. 161
(« Folio », p. 134)
3 19 juillet 1671 Mme de Grignan « Le soleil se hâtant pour la gloire des cieux

Vint opposer sa flamme à l’éclat de vos yeux

Et prit tous les rayons dont Olympe se dore »

Citation d’un poème « La Belle Matineuse » I, p. 298
(« Folio », p. 248)
4 19 février 1672 Mme de Grignan « Cet œil charmant qui n’eut jamais

Son pareil en divins attraits »

Citation remaniée d’une épître en vers à M. de Coligny I, p. 443
5 21 décembre 1673 Mme de Grignan « Pour le Saint-Père, il ne dirait

Une chose qu’il ne croirait »

Citation remaniée d’une épître pour Mme de Montausier I, p. 644
6 19 août 1675 Mme de Grignan « [M. Le Coadjuteur] a pris l’occasion que Voiture souhaitait pour écrire moins ennuyeusement à Monsieur le Prince, et s’en est aussi bien servi qu’il aurait fait » Allusion à une lettre au duc d’Enghien, éloge du style de Voiture II, p. 60
7 6 septembre 1675 Mme de Grignan « Tout le monde se moque de lui, quoique Voiture nous ait appris que c’est très mal fait de se moquer des trépassés » Allusion à une lettre à Mlle de Rambouillet II, p. 94
8 14 septembre 1675 Mme de Grignan «  Je veux finir mes jours dans l’amour d’Uranie » Citation d’un sonnet de Voiture II, p. 102
9 5 août 1676 Mme de Grignan « M. de Montausier,

Qui pour le pape ne dirait

Une chose qu’il ne croirait »

Citation remaniée d’une épître pour Mme de Montausier II, p. 361
10 27 juin 1678 Bussy-Rabutin « Le moyen de n’être pas sensible à cette louange, si bien apprêtée ? Si vous en présentiez ainsi à M. le Prince, je crois qu’il y retrouverait le goût qu’il avait uniquement autrefois pour celles de Voiture » Allusion à une lettre au duc d’Enghien ; éloge des lettres de louange de Voiture II, p. 614
11 24 novembre 1679 Mme de Grignan « Corbinelli abandonne Méré et son chien de style et la ridicule critique qu’il fait, en collet monté, d’un esprit libre, badin et charmant comme Voiture ; tant pis pour ceux qui ne l’entendent pas » Défense du style de Voiture contre le chevalier de Méré, qui le condamnait dans son Discours sur la Justesse II, p. 745
12 29 novembre 1679 Mme de Grignan « Vous souvenez-vous de Voiture, en parlant de Monsieur le Prince ?

Il n’avait pas un si haut rang :

Il n’était que prince du sang ? »

Citation remaniée d’une épître écrite pour Mme de Montausier II, p. 748
13 6 décembre 1679 Guitaut « Vous souvient-il de Voiture à Monsieur le Prince ?

Il n’avait pas un si haut rang :

Il n’était que prince du sang »

Ibid. II, p. 761
14 12 avril 1680 Mme de Grignan « Le roi y fut loué fort naturellement […] et M. le Prince fut contraint d’avaler aussi des louanges, mais aussi bien apprêtées en leur manière que celle de Voiture » Allusion à une lettre au duc d’Enghien ; éloge des lettres de louange de Voiture II, p. 903
15 5 juin 1680 Mme de Grignan « Je veux finir mes jours dans l’amour de Marie, au lieu d’Uranie » Citation remaniée d’un sonnet de Voiture II, p. 961
16 11 septembre 1680 Mme de Grignan « Montgobert me mandait l’autre jour que Pauline [petite-fille de Mme de Sévigné] lisait auprès d’elle les lettres de Voiture et qu’elle les entendait comme nous » Allusion générale à Voiture III, p. 11
17 25 septembre 1680 Mme de Grignan « Nous lisons beaucoup, et je sens le plaisir de n’avoir point de mémoire, car les comédies de Corneille, les ouvrages de Despréaux, celles de Sarasin, celles de Voiture, tout repasse devant moi sans m’ennuyer, au contraire » Référence générale : les Œuvres de Voiture sont citées parmi ses livres favoris III, p. 27
18 29 octobre 1688 Mme de Grignan « Pour nous dédommager, il faut dire, comme Voiture à Monsieur le Prince : “Si vous saviez avec combien de crainte de vous déplaire nous vous admirons ici à bride abattue, vous verriez que nous ne vous aimons pas en aveugles” » Citation remaniée d’une lettre de Voiture au duc d’Enghien III, p. 380
19 15 janvier 1690 Mme de Grignan « Pour Pauline, cette dévoreuse de livres, j’aime mieux qu’elle en avale de mauvais que de ne point aimer à lire. Les romans, les comédies, les Voiture, les Sarasin, tout cela est bientôt épuisé » Lectures de Pauline III, p. 810
20 15 février 1690 Mme de Grignan « Vous louez tellement mes lettres au-dessus de leur mérite que, si je n’étais fort assurée que vous ne les refeuilletterez ni ne les relirez jamais, je craindrais tout d’un coup de me voir imprimée par la trahison d’un ami. Voiture et Nicole, bon Dieu, quels noms ! » Voiture comparé par Mme de Grignan à Mme de Sévigné III, p. 839
21 24 mai 1690 Mme de Grignan « Voiture nous divertit aussi quelquefois aussi bien que nous. Pour moi je ne me lasse point de ce qui fait l’agrément de son style. Vous me faites rire quand vous croyez que quelqu’un puisse écrire comme lui. Je demande encore à ce Comte – lui qui doit savoir les vieilles traditions de l’hôtel de Rambouillet – par quelle aventure le pauvre Voiture était en Afrique. Était-il exilé ? pourquoi l’était-il ? » Éloge de Voiture et interrogation sur sa biographie III, p. 882
22 27 octobre 1691 Bussy-Rabutin « Pourquoi se réjouir que vous ayez un nouvel attachement pour ce corrupteur du genre humain [l’argent] que Voiture a tant décrié ? » Allusion à une lettre à M. de Pisani III, p. 983

Notes

[1Madame de Sévigné, Lettres, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de La Pléiade », 1985. Dans la suite de cette communication, nous ferons référence aux trois tomes de cette édition établie par R. Duchêne par l’abréviation suivante : PL. Quant à l’édition au programme de l’agrégation (Lettres de l’année 1671, éd. revue et présentée par N. Freidel, Paris, Gallimard, coll. « Folio Classique », 2012), nous la mentionnerons par l’abréviation suivante : FOL.

[2Ces exceptions sont constituées par deux lettres à Bussy-Rabutin, datées du 27 juin 1678 et du 27 octobre 1691 (PL, t. II, p. 614 et t. III, p. 983) et par une lettre du 6 décembre 1679 à Guitaut (PL, t. II, p. 761).

[3Sur ce sujet, consulter notamment l’article de Myriam Maître intitulé « Les escortes mondaines de la publication » (dans De la publication : entre Renaissance et Lumières, dir. par Christian Jouhaud et Hélène Merlin, Paris, Fayard, 2002, p. 249-265).

[4FOL, p. 99.

[5« Nous lisons beaucoup, et je sens le plaisir de n’avoir point de mémoire, car les comédies de Corneille, les ouvrages de Despréaux, celles de Sarasin, celles de Voiture, tout repasse devant moi sans m’ennuyer, au contraire » : lettre du 25 septembre 1680 (PL, t. III, p. 27).

[6Martin de Pinchesne, « Au lecteur » [Les Œuvres de Monsieur de Voiture, 1650], éd. Ubicini, Paris, Charpentier, 1855, t. I, p. 8. La fin de l’épître au lecteur traduit également l’importance accordée aux destinataires féminins de Voiture : « [T]u ne trouveras pas mauvais, que comme une matière qui m’est plus propre, je donne à un sexe qu’il a toujours honoré, le reste de ce discours ; et que je le prie de lui continuer après sa mort, ses bonnes grâces qu’il a su gagner durant sa vie. […] Et comme cette belle moitié du monde, avec la faculté de lire, a encore celle de juger aussi bien que nous, et est aujourd’hui maîtresse de la gloire des hommes, autant comme les hommes mêmes, c’est par elles que j’ai résolu de finir. Souffrez donc, beau sexe, qu’il a de tout temps singulièrement respecté, que je conclus par la prière que je vous veux faire de lui conserver le glorieux avantage de votre estime, et qu’après avoir laissé les hommes dans la liberté de leurs jugements, je brigue la faveur des vôtres » (ibid., p. 15).

[7Jean de La Fontaine, « Clymène » [Contes et nouvelles en vers, IIIe partie, 1671], dans Œuvres complètes, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de La Pléiade », 1958, t. II, p. 39.

[8P. Dominique Bouhours, Les Entretiens d’Ariste et d’Eugène [1671], éd. critique, Paris, Champion, 2003, p. 262. Voir aussi le témoignage de N. Boileau, « Satire IX » (v. 24-28) [1668], dans Satires, Épîtres, Art poétique, Paris, Gallimard, 1985, p. 107 : « Phébus a-t-il pour vous aplani le Parnasse ? / Et ne savez-vous pas que sur ce Mont sacré, / Qui ne vole au sommet tombe au plus bas degré ; / Et qu’à moins d’être au rang d’Horace ou de Voiture, / On rampe dans la fange avec l’abbé de Pure ? ».

[9Antoine Gombaud, chevalier de Méré, Discours sur la justesse [1671], dans Discours de l’esprit, de la conversation, des agréments, de la justesse, ou Critique de Voiture, Amsterdam, Mortier, 1687, p. 148.

[10Antoine de Courtin, Nouveau traité de la civilité qui se pratique en France parmi les honnêtes gens [1671], Paris, Josse et Robustel, 1728, p. 250-251. Il s’agit ici du commentaire d’une lettre de Voiture à Mademoiselle Paulet, du 7 août 1633.

[11« Tant pis pour ceux qui ne l’entendent pas », conclut-elle dans cette lettre à Madame de Grignan du 24 novembre 1679 (PL, t. II, p. 745).

[12FOL, lettres 30, 50 et 95 (p. 126, 202 et 349).

[13FOL, lettre 16 du 18 février (FOL, p. 70), lettre 32 du 8 avril (FOL, p. 134), lettre 63 du 19 juillet (FOL, p. 248).

[14« Lettre à Mademoiselle de Rambouillet » [été 1639], éd. Ubicini, t. I, p. 336-337.

[15« Réponse à l’épître écrite à Madame de Montausier, sur son nouvel accouchement » [1647], dans Voiture, Poésies, Paris, Librairie Marcel Didier, 1971, t. II, p. 256.

[16Voiture, « Sonnet de la Belle Matineuse » [1635], ibid., t. I, p. 70-72.

[17P. Dominique Bouhours, Les Entretiens d’Ariste et d’Eugène [1671], éd. citée, p. 246.

[18Lettre 16 du 18 février (FOL, p. 70).

[19Lettre 32 du 8 avril (FOL, p. 134).

[20Lettre 63 du 19 juillet (FOL, p. 248). Ce type de commentaire métalinguistique sur une allégation se trouve régulièrement sous la plume de Voiture. Dans une lettre à M. Costar, il cite par exemple deux vers d’Horace tout en signalant qu’il a détourné le sens d’un mot latin présent chez le poète antique : « Mademoiselle Lycimnia est plus coquette et plus trompeuse que nous. Si vous avez trouvé en Poitou quelque belle, et fidèle maîtresse, Gaude sorte tua me libertina, neque uno / Contenta Phryné macérât . Sachez, s’il vous plaît, que libertina veut là dire ce que nous disons en français libertine, et ne vous y trompez pas » (Voiture « lettre à M. Costar » [Paris, 1640], éd. Ubicini, t. II, p. 111). La citation tirée des Épodes d’Horace (XIV, v. 15-16) signifie : « Alors, réjouissez-vous de votre sort. Moi, c’est pour une libertine, à qui ne suffit pas un seul amant, c’est pour Phryné que je me consume ».

[21Ce qui pour l’instant ne se formule pas consciemment chez Madame de Sévigné mais le sera plus tard, quand elle affirme en août 1675 que « M. le Coadjuteur a pris l’occasion que Voiture souhaitait pour écrire moins ennuyeusement à Monsieur le Prince, et s’en est aussi bien servi qu’il aurait fait » (PL, t. II, p. 60).

[22Voiture, « lettre à Mademoiselle de Rambouillet » [Bruxelles, janvier 1634], éd. Ubicini, t. I, p. 198.

[23Voiture, « lettre à Mademoiselle de Rambouillet » [Gênes, 7 octobre 1638], ibid., t. I, p. 313.

[24Voiture, « lettre à Mademoiselle Paulet » [Grenade, juillet 1633], éd. Ubicini, t. I, p. 156. On trouve, dans cette citation, une allusion au Don Quichotte de Cervantès (I, chap. 23 et 24) et aux Guerres civiles de Grenade de Pérez de Hita.

[25FOL, lettre 55.

[26FOL, lettre 23, p. 97.

[27Voiture, « lettre à M. Costar » [Paris, été 1639], éd. Ubicini, t. II, p. 94. Les deux citations sont extraites de l’Eunuque de Térence : I, 1, v. 70-74 (« Ô l’indigne conduite ! C’est maintenant que je me rends compte de sa scélératesse et de mon infortune. Je suis à la fois écœuré et embrasé d’amour ; je me consume, conscient et clairvoyant, vivant et vigilant, et je ne sais que faire ! ») et II, 1, v. 220 (« pour me fatiguer »).

[28Voiture, « billet à M. Costar » [Paris, c. 1646], éd. Ubicini, t. II, p. 161. La citation est extraite de la Jérusalem délivrée du Tasse (XIX, 23, v. 7-8) : « Si Tancrède ne tremble pas, c’est que la nature a fait incapable de peur son cœur intrépide ».

[29Voiture, « lettre à M. Costar » : « Au reste, ôtez je vous supplie, ces Monsieur, que vous semez çà et là dans vos lettres, ad populum phaleras ; ou bien je vous en mettrai à chaque ligne, et vous dirai, Vis te Sexte coli, volebam amare, / Sed si te colo Sexte, non amabo ». La première citation est extraite des Satires de Perse (III, v. 30 : « des ornements bons pour le peuple »), la seconde des Épigrammes de Martial (II, 55, v. 1 et 3) : « Vous voulez, Sextus, que je vous courtise : je voulais vous aimer. Mais si je vous courtise, Sextus, je ne vous aimerai pas ». Voiture, en se plaçant sous la double autorité de Perse et de Martial, souhaite mettre un terme aux formules cérémonieuses qui commandent en général l’écriture des lettres. Ce désir de simplification traduit la recherche d’un style plus naturel.

[30Voiture, « À Madame la Marquise de Rambouillet » [Gênes, 7 octobre 1638], éd. Ubicini, t. I, p. 315.

[31« [Voiture] est le premier qui a amené le libertinage dans la poésie » (G. Tallemant des Réaux, Historiettes [1657-1659], Paris, Gallimard, 1960, t. I, p. 490).

[32FOL, p. 57.

[33Voiture, « lettre à Mademoiselle Paulet » [Bruxelles, mai 1632], éd. Ubicini, t. I, p. 77 : « Je vous assure qu’il n’y eut jamais une tristesse pareille à la mienne ; et si j’osais écrire des lettres pitoyables, je dirais des choses qui vous feraient fendre le cœur. Mais, pour vous dire le vrai, je serai bien aise qu’il demeure entier, et je craindrais que s’il était une fois en deux, il ne fût partagé en mon absence ».

[34FOL, lettre 13, p. 61.

[35Marc Fumaroli, « À l’origine d’un art français : la correspondance familière », dans La Diplomatie de l’esprit, de Montaigne à La Fontaine, Paris, Hermann, nouvelle éd. augmentée, 1998, p. 163-181.

[36Guez de Balzac, « lettre à Hydaspe », dans Premières Lettres [1624], éd. critique, Paris, Droz, 1933, t. I, p. 160-161.

[37Voiture, « lettre à M. de Chaudebonne » [Madrid, février 1633], éd. Ubicini, t. I, p. 90.

[38FOL, p. 119.

[39Voiture, « lettre amoureuse », éd. Ubicini, t. II, p. 227-228.

[40Nous avons relevé 132 occurrences de cette locution dans les 251 lettres de la deuxième édition des Œuvres de 1650.

[41FOL, lettre 13.

[42FOL, lettre 19, p. 81. Voir aussi, FOL, lettre 16, p. 68-69 : « [L]aissez-moi jouir d’un bien sans lequel la vie m’est dure et fâcheuse ; ce ne sont point des paroles, ce sont des vérités ».

[43FOL, p. 106

[44PL, t. III, p. 839 (lettre à Madame de Grignan du 15 février 1690).

[451668, 13 lettres (dt destinataire) / 1669, 10 lettres / 1670 24 lettres / 1671 104 lettres


Pour citer l'article:

Cécile TARDY, « La dette de Madame de Sévigné envers Voiture dans les Lettres de 1671. Une filiation galante » in Séminaire Sévigné, Journée d’agrégation organisée par Claudine Poulouin, à l’Université de Rouen le 13 décembre 2012.
(c) Publications numériques du CÉRÉdI, "Séminaires de recherche", n° 1, 2013.

URL: http://ceredi.labos.univ-rouen.fr/public/?la-dette-de-madame-de-sevigne.html

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