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Esther PINON

Université de Bretagne-Sud – HCTI

Le monde et l’outre-monde : Delphine de Girardin spirite


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Après avoir été Delphine Gay, la dixième muse, Mme Émile de Girardin, le vicomte de Launay, Delphine de Girardin a connu une dernière incarnation, se métamorphosant en une personnalité spirite. Cet ultime avatar ne se manifeste que dans une saison tardive de son existence, puisque la vogue du spiritisme s’est répandue en France vers 1853, deux ans seulement avant la mort de la muse. Aussi a-t-elle elle-même très peu écrit sur le sujet. Seules nous sont parvenues quelques lignes dans lesquelles elle propose sa définition du malheur, et dont la conclusion fait l’éloge de la foi spirite :

Pour juger une chose, il faut donc en voir la suite : c’est ainsi que pour apprécier ce qui est réellement heureux ou malheureux pour l’homme, il faut se transporter au-delà de cette vie, parce que c’est là que les conséquences s’en font sentir ; or, tout ce qu’il appelle malheur selon sa courte vue, cesse avec la vie, et trouve sa compensation dans la vie future.
Je vais vous révéler le malheur sous une nouvelle forme, sous la forme belle et fleurie que vous accueillez et désirez par toutes les forces de vos âmes trompées. Le malheur, c’est la joie, c’est le plaisir, c’est le bruit, c’est la vaine agitation, c’est la folle satisfaction de la vanité qui font taire la conscience, qui compriment l’action de la pensée, qui étourdissent l’homme sur son avenir ; le malheur, c’est l’opium de l’oubli que vous appelez de tous vos vœux.
Espérez, vous qui pleurez ! Tremblez, vous qui riez, parce que votre corps est satisfait ! On ne trompe pas Dieu ; on n’esquive pas la destinée ; et les épreuves, créancières plus impitoyables que la meute déchaînée par la misère, guettent votre repos trompeur pour vous plonger tout à coup dans l’agonie du vrai malheur, de celui qui surprend l’âme amollie par l’indifférence et l’égoïsme.
Que le spiritisme vous éclaire donc et replace dans leur vrai jour la vérité et l’erreur, si étrangement défigurées par votre aveuglement ! Alors vous agirez comme de braves soldats qui, loin de fuir le danger, préfèrent les luttes des combats hasardeux, à la paix qui ne peut leur donner ni gloire ni avancement. Qu’importe au soldat de perdre dans la bagarre ses armes, ses bagages et ses vêtements, pourvu qu’il en sorte vainqueur et avec la gloire ! Qu’importe à celui qui a foi en l’avenir de laisser sur le champ de bataille de la vie sa fortune et son manteau de chair, pourvu que son âme entre radieuse dans le céleste royaume ?

On peut s’étonner de ne pas retrouver, dans cette homélie sérieuse et solennelle, la plume alerte et légère du vicomte de Launay. Si la lettre et l’esprit diffèrent tant du style coutumier de Delphine de Girardin, c’est que le texte est d’attribution plus que douteuse et curieuse : reproduit par Allan Kardec dans son Évangile selon le spiritisme, au chapitre « Bienheureux les affligés [1] », il s’agirait d’une communication délivrée au médium par l’esprit de Delphine de Girardin, en 1861.

Comment la métamorphose est-elle advenue ? Comment la femme de lettres, femme d’esprit et femme du monde, est-elle devenue une personnalité spirite, une voix d’outre-tombe, d’outre-monde ? Le spiritisme lui-même fournit une première explication, assez simple. Le 19 septembre 1854, à Jersey, l’esprit de la Mort se manifeste à Victor Hugo et à ses proches par l’intermédiaire d’une table, et leur déclare : « Tout grand esprit fait dans sa vie deux œuvres : son œuvre de vivant et son œuvre de fantôme [2] ». Delphine de Girardin aurait ainsi tout naturellement poursuivi son œuvre, post mortem, et une œuvre assez abondante. Outre l’extrait de l’Évangile selon le spiritisme sur la véritable nature du malheur, l’esprit de Delphine serait également l’auteur d’une recommandation sur le nécessaire désintéressement des médiums, citée toujours par Allan Kardec dans Le Livre des médiums [3]. Elle aurait aussi pris part à un débat avec Buffon, Lamennais et Bernardin de Saint-Pierre, sur l’aphorisme « Le style c’est l’homme ». Le dialogue est reproduit dans le numéro de La Revue spirite de 1861, et s’avère fort séduisant. L’on y retrouve en effet cette fois le style du vicomte de Launay, notamment lorsque « l’esprit de Delphine » raconte l’arrivée toute récente d’Eugène Scribe dans l’au-delà : « Ce cher Scribe nous est arrivé tout ahuri de ces derniers demi-succès ; il voudrait que nous nous érigeassions en Académie ; sa palme verte lui manque ; il était si heureux sur la terre, qu’il hésite encore à s’asseoir dans sa nouvelle position [4] ».

L’esprit de Delphine est enfin devenu, en 1889, l’héroïne très romanesque d’un récit étrange, Mes expériences avec les esprits, d’Henri Lacroix, un médium américain qui retrace par le menu ses contacts avec l’autre monde, et notamment avec Delphine de Girardin, qu’il considère comme son ange gardien et avec qui il semble entretenir une relation presque amoureuse, même si, dit-il, dans une autre vie, en Perse, Delphine a été sa fille. Elle apparaît régulièrement pour lui confier des missions toutes plus extraordinaires les unes que les autres. La première d’entre elles, fort pittoresque, confère à Delphine de Girardin un rôle de psychopompe, qui semble être le reflet spirite de son rôle terrestre d’animatrice de la vie culturelle et littéraire :

C’était la nuit, et j’étais occupé à lire ou à écrire, quand je vis Delphine arriver auprès de moi avec un fardeau dans ses bras, qu’elle déposa à mes pieds. Je ne vis pas tout de suite ce que c’était, mais je m’aperçus bientôt que cela avait une forme humaine. Je compris alors ce qu’on voulait de moi. C’était de – dématérialiser cet esprit malheureux qui portait le nom d’Alfred de Musset ! Et ce qui confirmait pour moi cette version, c’est que Delphine s’était sauvée avec hâte, après avoir rempli sa besogne, comme si elle craignait d’assister à l’opération. […] Pour renseigner les lecteurs, je dois d’abord dire, que les vices sont considérés dans l’autre monde, par les esprits un peu éclairés, comme des maladies, et que ces maladies sont traitées de diverses manières, suivant les cas – quelquefois par des opérations très pénibles à endurer. Et, le cas présent, était un de ces derniers ; c’est pourquoi je ne tenais guère à l’entreprendre, mais le devoir m’obligeait, et je ne pouvais reculer. C’est ce que je compris dans ma conscience comme esprit clairvoyant. De plus, mon grand interlocuteur [5] était là, je le sentais, sans néanmoins le voir comme lorsqu’il me parla – prêt à seconder mes efforts. Je me décidai donc. L’opération consistait à enlever de la forme entière de l’esprit une sorte d’épiderme, qui se reliait à l’intérieur de l’organisme par toutes espèces de fibres ou d’attaches – ou de l’écorcher, enfin – ce que je fis avec sang-froid, en commençant par la tête, malgré les cris perçants et les convulsions violentes du patient, que j’entendais et que je voyais assurément, mais sans en tenir compte. Il y a opérateur et opérateur, dans les cas spirituels, comme dans les cas matériels ; et il s’agissait ici d’être habile. Le résultat, comme on le verra plus loin, fut satisfaisant [6].

Le « résultat », selon Henri Lacroix, serait le salut éternel de Musset qui, enfin débarrassé des vices qu’il avait littéralement dans la peau, abjure ses erreurs et renie ses œuvres, en admettant que La Joie fait peur est infiniment supérieure à son Chandelier [7]. Il se soumet ainsi à la vraie foi qu’est, selon le médium américain, le culte spirite mêlé à l’adoration de Delphine de Girardin.

Cette étonnante religion naît en 1848, aux États-Unis, à Hydesville, près de New-York. Les époux Fox emménagent dans une maison où se sont déjà produits des phénomènes étranges ; très vite, leurs filles prétendent être réveillées chaque nuit par des coups frappés dans les murs ou des bruits de claquements de doigts. D’abord effrayées, les jeunes filles et leur mère auraient bientôt eu l’idée de « communiquer » avec l’origine des bruits mystérieux : la plus jeune, Kate, claque des doigts et, en réponse, un nombre égal de claquements se fait entendre. La mère se met alors à poser à haute voix des questions, et invente une formule qui allait devenir célèbre : un coup ou un claquement pour oui, deux pour non. Le père se mêle à la conversation ; à la question : « Êtes-vous un esprit ? », un coup se fait entendre : le spiritisme est né. Aux États-Unis, l’engouement est rapide et massif : les adeptes se multiplient, de nombreux cercles spirites sont fondés, certains publient des revues… Le mouvement ne tarde pas à traverser l’Atlantique, et en 1853, il se répand en France, où un instituteur lyonnais, Hippolyte-Léon Denizard Rivail, l’érige rapidement en une doctrine religieuse et philosophique. Hippolyte-Léon Denizard Rivail n’est autre qu’Allan Kardec, nom du druide celte qu’il dit avoir été dans une existence antérieure. Au-delà du folklore, cet exact contemporain de Delphine de Girardin – il est né le 3 octobre 1804 – est le fondateur d’une véritable religion, encore très pratiquée aujourd’hui, notamment au Brésil où on compte environ six millions d’adeptes déclarés, et où Allan Kardec est extrêmement célèbre et célébré. Sa pensée, pour la résumer sommairement, repose sur l’idée que l’être humain serait composé d’un corps, d’un esprit, et d’un troisième élément, le « périsprit », fluide qui donne au corps son énergie et maintient l’esprit dans le corps. Après la mort, l’esprit et le corps se séparent, mais il arrive que l’esprit demeure un temps enveloppé dans le périsprit : c’est alors qu’il peut se manifester aux vivants par l’intermédiaire de médiums capables de percevoir ce fluide. Au fil de ses incarnations, l’esprit, auquel Dieu a donné le libre-arbitre, peut progresser vers la perfection ; c’est pour faciliter ce progrès que les esprits se manifesteraient aux vivants, édictant, de communication en communication, une véritable loi morale [8].

Mais avant d’avoir son prophète et ses évangiles, avant que la loi des tables ne concurrence les Tables de la Loi, le spiritisme a d’abord été en France un jeu mondain, que l’on pratiquait dans les salons, surtout par curiosité et pour le plaisir du frisson. Frisson du contact avec l’au-delà, mais aussi, disent certains esprits malins, frisson du contact avec le corps de l’autre : dans la chaîne de mains que l’on doit former pour que le fluide circule bien et que les esprits puissent se manifester, la règle d’or consiste, comme pour les traditionnels plans de tables, à faire alterner hommes et femmes. C’est sous cet aspect de jeu de société plus ou moins sérieux que Delphine de Girardin a connu le spiritisme. Elle le découvre très tôt, puisqu’il s’implante en France en avril 1853, et qu’elle initie la famille Hugo en septembre, moins de six mois plus tard. Allan Kardec, lui, ne le découvre qu’en 1854, et fonde véritablement le spiritisme que l’on dit « kardéciste » en 1857 seulement, avec sa première publication sur le sujet, Le Livre des esprits.

La vogue des tables tournantes qui frappe les salons français ne surgit pas ex nihilo : elle s’enracine dans le terreau favorable des théories de Swendenborg, et surtout du magnétisme de Mesmer, qui, depuis la fin du XVIIIe siècle, avait familiarisé le public avec la notion de fluide, et faisait déjà l’objet d’expériences au confluent de la science, du mysticisme et du spectacle, très prisées dans les cercles mondains et littéraires [9]. Delphine de Girardin était une habituée de ces curieuses démonstrations. En 1838, Théophile Gautier évoque dans sa correspondance « Madame Louise, somnambule qui a donné chez Mme de Girardin des séances qui ont fait beaucoup d’effet [10] ». Non sans humour, Delphine de Girardin convie le même Théophile Gautier à une soirée semble-t-il fort distrayante : « Demain jeudi soir aura lieu le prodige de l’enlèvement magnétique. Il y aura aussi un monsieur qui lit l’avenir dans un pot de pommade, mais ce prodige-là ne compte pas : c’est par-dessus le marché [11]. » Ses œuvres témoignent également du regard mi-fasciné, mi-amusé qu’elle porte sur ce qui est avant tout une pratique mondaine. Les Chroniques parisiennes, attentives à l’air du temps, en rendent compte, au gré d’allusions souriantes mais jamais moqueuses. Les exemples sont nombreux : le 9 février 1836, elle observe : « les ennuyeux, tout-puissants naguère, perdent beaucoup de leur crédit ; leur magnétisme a moins d’empire depuis que l’on n’a plus la foi ; on ne leur laisse plus le temps de vous endormir ; de là vient que leur influence a pâli [12] » ; le 21 février 1840, les fatigues du carnaval lui inspirent un long développement sur les portiers et les femmes de chambre, selon elle tous devenus somnambules [13] ; le 15 mars 1837, c’est le phénomène de la métempsychose qui, conjugué à des souvenirs artistiques et littéraires, lui fournit une comparaison poétique à propos d’une chasse à Chantilly :

Après six heures de course, la victime ingénieuse est allée tomber dans le bel étang de Mortfontaine ; elle a choisi le site le plus poétique pour y mourir ! Si nous croyions à la métempsycose, nous dirions que l’âme de quelque peintre de paysage, malheureux en amour avait passé dans le corps de ce noble cerf, tant il s’est montré artiste dans toutes ses promenades et jusque dans sa chute [14].

Le 1er juin 1844 par enfin, elle fait allusion au célèbre somnambule Alexis dans le récit des mésaventures d’un provincial infatué, qui tient à la fois de Mascarille et de Pourceaugnac. Celui-ci a vanté aux Parisiens les curiosités de la capitale, qu’il prétend connaître mieux qu’eux, lorsque Balzac paraît sous ses yeux éblouis :

Nous oublions notre voyageur de province, revenons à lui. La vue de M. de Balzac le transporta de joie ; il était charmé de cette rencontre, et grâce à nos deux amis célèbres [15], nous commencions à lui paraître un peu moins ridicule et un peu plus Parisien. Ce fut bien autre chose, vraiment, quand on annonça M. Victor Hugo ; cette joie devint du délire, il ouvrit de grands yeux, il contempla l’illustre poëte avec une curiosité frémissante dont la panthère noire, la manufacture des Gobelins, la manufacture de Sèvres, l’arc de l’Étoile et la colonne Vendôme auraient pu être jaloux ; les monuments qui vivent valent bien les monuments qui racontent ; les laboratoires de la pensée valent bien les usines de l’industrie. – Quelle heureuse rencontre ! nous dit tout bas le touriste émerveillé, pendant que nos amis causaient entre eux. Justement, hier, nous vîmes M. de Lamartine à la Chambre des députés, et nous nous demandâmes, Tupinières-z’et moi, comment nous pourrions parvenir jusqu’à M. Victor Hugo ; nous formâmes ensemble le projet de nous faire présenter à lui, mais je craignais bien d’être obligé de partir sans pouvoir l’effectuer. Tupinières va être désolé. Ah ! je comprends maintenant pourquoi vous ne sortez jamais. – Vous comprenez qu’on n’est pas encore tout à fait provincial quand on a chez soi l’auteur des Scènes de la vie parisienne, l’auteur des Mystères de Paris, l’auteur de Notre-Dame de Paris Il y a plusieurs manières d’être Parisien. – Et je crois que vous choisîtes la bonne. Il dit ce mot avec beaucoup de grâce ; mais nous tenions à le confondre, et, pour l’étourdir complétement, nous avons mis aussitôt la conversation sur les sujets qui devaient le plus l’étonner ; c’était un feu roulant de nouvelles de toutes sortes qui se croisaient, qui se pressaient, qui se contredisaient même un peu. C’étaient des histoires de magnétisme à le renverser. – Alexis, disait l’un, a été merveilleux l’autre soir ; il a fait des prodiges ; on lui a couvert les yeux d’un quadruple bandeau, et il a joué à l’écarté, désignant ses cartes et celles de son adversaire sans se tromper une seule fois ; il a lu dans un livre, à travers ma main, toute une page que je lui cachais. […] Alexis a dépeint aussi l’appartement de M. H… et a parfaitement bien lu l’adresse d’une lettre qui se trouvait sur sa cheminée, etc., etc. Notez bien que le provincial ne savait pas que l’on parlait magnétisme, et qu’Alexis était un somnambule célèbre. Il a pu croire que c’était l’enfant d’une personne de notre connaissance ; il a dû lui trouver des facultés bien extraordinaires [16].

Les expériences surnaturelles apparaissent ici clairement comme des pratiques sociales, et comme le signe distinctif d’un certain monde, le ciment d’une connivence dont sont exclus les profanes : le mystère semble moins occulte que mondain, et l’initiation ressemble fort à l’intronisation dans une coterie. Dans Marguerite ou Deux amours en revanche, le magnétisme est présenté comme le mot de certaines énigmes sentimentales, et le sourire s’estompe. Les théories de M. de la Fresnaye, qui explique les migraines des belles dames par l’influence magnétique des adorations secrètes dont elles sont l’objet, conservent encore quelque chose de l’ironie douce du vicomte de Launay, mais l’émotion s’y mêle, puisqu’il avoue ainsi sa passion à Marguerite [17]. Plus tard, alors que l’intrigue vire au tragique, la narratrice reprend à son compte les hypothèses du personnage, le plus sérieusement du monde : « Le magnétisme rival de ces deux volontés qui lui commandaient tour à tour irritait ses nerfs déjà si faibles [18] ». La vogue du magnétisme et du somnambulisme, deux modes de manifestation de l’invisible, prépare et favorise ainsi l’engouement de Delphine de Girardin pour le spiritisme, qui grandit cependant dans un climat très différent, à la fois plus fervent et plus sombre.

On peut s’amuser d’un pseudo-devin disant la bonne aventure à l’aide d’un pot de pommade, mais on ne badine pas avec les esprits. Delphine de Girardin se comporte en effet en véritable prosélyte des tables, notamment auprès de Hugo, auquel elle enseigne la manière de communiquer avec l’au-delà lors de sa visite à Jersey en septembre 1853, et qui lui en témoigne une vive reconnaissance. Le 9 décembre 1853, il lui écrit : « Savez-vous que vous avez ébloui Marine-Terrace ! Vous nous avez expédié la cassette d’Aboul-Kasan, des trésors sous forme de livres, des bijoux sous forme de notes, des miracles sous forme de tables [19]. » La distraction de salon, si intrigante fût-elle, a laissé place au miracle pur et simple. L’épisode est bien connu : dès son arrivée à Marine-Terrace, Delphine de Girardin veut initier ses amis à ce qu’on nomme « la science nouvelle » ; après plusieurs tentatives infructueuses, elle achète une petite table légère chez un marchand de jouets et, le soir du 11 septembre enfin, la table parle. Elle dicte les paroles d’un esprit que Delphine de Girardin interroge et qui se présente sous le beau nom d’« Âme Soror [20] » – tous sont alors certains de parler à Léopoldine elle-même, et pendant les deux années qui suivront, la famille Hugo et ses proches interrogeront longuement et presque quotidiennement la table offerte par leur providentielle visiteuse. Delphine de Girardin est encore présente lorsque, la nuit du 12 au 13 septembre, Napoléon III se manifeste : endormi, son esprit est envoyé par son oncle, pour être puni ; il avoue entre autres sa haine pour Émile de Girardin, qu’il ne veut pas appeler à son aide. « Tant mieux », commente Delphine [21]. Elle repart le 13 septembre, après avoir encore assisté aux communications d’esprits très divers, parmi lesquels une comète, Chateaubriand, Vulcain et Racine. Toutes les séances spirites auxquelles assiste ou participe Delphine de Girardin n’ont pas nécessairement cette gravité. Dans une lettre à Hugo, le 27 novembre 1853, elle fait le compte rendu d’entretiens somme toute peu solennels :

Quelles jolies réponses nous a faites Paganini l’autre fois : « Quel est le sentiment d’un avare trépassé ? – La haine de ses héritiers. – Que regrettes-tu dans la vie ? – Les billets gratis que j’ai donnés. – Que voudrais-tu faire si tu revenais au monde ? – Aller en Californie. » Et Boccace : « Qu’est-ce qu’il y a de plus amusant dans le monde ? – Soir d’été… femme entre les bras… coupe aux lèvres… Un baiser long comme cent, cent baisers courts comme un… » Même question au Régent ; il répond : – Un menuet de vingt-quatre heures [22] !

Dans la même lettre, elle donne des instructions très précises à l’exilé de Jersey pour qu’il fasse bon usage de tables plus perfectionnées qu’elle lui a fait parvenir : l’une est munie d’un crayon supposé écrire tout seul sous la dictée des esprits, l’autre possède un cadran dont l’aiguille s’arrête sur la lettre de l’alphabet choisie par l’entité qui s’exprime, ce qui allège le processus traditionnel mais fastidieux qui consiste à ânonner l’alphabet jusqu’à ce que la table frappe du pied pour désigner une lettre. Delphine de Girardin fournit le mode d’emploi :

Enfin, voici la table. Il a fallu la recommencer trois fois, mais elle parle, et parle bien, je vous jure. Jamais on n’eut tant d’esprit ; l’aiguille est en bois. Je n’ai pas besoin de vous expliquer que le dessus se met dessus le pied, et l’aiguille sur le dessus ; quand cela tourne difficilement, on met un peu de savon sur le pivot [23].

Ces détails très techniques d’un spiritisme en kit peuvent prêter à sourire ; la famille Hugo ne se servira d’ailleurs jamais de ces deux tables peut-être trop perfectionnées pour être honnêtes. Il n’en reste pas moins que pour Delphine de Girardin comme pour les exilés, l’affaire est sérieuse. Dans la biographie qu’il consacre en 1924 au vicomte de Launay, Henri Malo rapporte une anecdote dont il n’indique malheureusement pas les sources, mais qui est bien dans le ton de la correspondance qu’échangent alors, de part et d’autre de la Manche, les apprentis médiums :

De retour à Paris, elle conte en détail à ses amis sa visite à Jersey. Elle exprime, devant Gautier, le désir de les écrire et de les publier dans la Revue de Paris. Gautier transmet ce désir au directeur, Louis Ulbach, qui vient en personne demander à Delphine quand elle pourra remettre son texte.
– Hélas ! Je ne le ferai pas.
– Pourquoi donc ?
– Parce qu’il pourrait en résulter un grand malheur pour Victor Hugo.
– Comment cela ?
Elle hésite à répondre. Ulbach la presse :
– Eh bien ! C’est ma table qui me le défend.
– Votre table ! Ce n’est pas celle sur laquelle vous écrivez !
– Précisément, c’est celle-là. Hier, voulant avoir des nouvelles de Victor Hugo, je l’interrogeai : elle se mit à frémir, et elle me déclara, en termes précis, qu’elle connaissait mon projet et qu’elle me défendait de l’exécuter ; il pourrait en résulter un très grand mal.
– Pour qui ? demandai-je.
– Pour ceux qui sont là-bas, répondit la table. Vous comprendrez que pour rien au monde je ne voudrais enfreindre une pareille défense, braver une semblable menace. S’il arrivait soit une persécution, soit un accident quelconque à la suite de mon article, je me le reprocherais toujours.
Louis Ulbach peste contre les esprits, mais n’obtient pas une ligne [24].

Quel que soit le crédit que l’on accorde à cette anecdote, il demeure certain que les expériences spirites de Delphine de Girardin n’ont pas transparu dans ses œuvres publiées, peut-être simplement parce qu’elle n’a pas eu le temps d’écrire à ce sujet, mais peut-être aussi en raison du sérieux avec lequel elle aborde le phénomène.

Elle pouvait s’amuser du magnétisme et du somnambulisme, dont elle était simple spectatrice, non du spiritisme dont elle est actrice et, semble-t-il, actrice convaincue, ce qui gêne les commentateurs. Il y a en effet une incompatibilité apparente entre l’esprit et les esprits, les esprits dont Delphine de Girardin devient l’adepte et l’interprète, et l’esprit que l’on a longtemps perçu comme sa marque distinctive, que ce soit pour l’en louer, comme Arsène Houssaye [25] ou pour le déplorer, comme le font Sainte-Beuve [26] ou Lamartine [27]. Le spiritisme requiert une adhésion totale, un abandon au mystère, en d’autres termes une foi sans mélange, là où l’esprit au contraire se place sous les auspices de la distance railleuse, voire du scepticisme. C’est en quelque sorte toute la complexité du rapport des romantiques à la foi qui se dessine ici : d’une part un désir de croire que l’on jugera tantôt naïf, tantôt sublime, de l’autre, une exigence d’esprit critique dans laquelle on verra tantôt une force libératrice, tantôt un facteur de désenchantement, voire de corruption. Ce balancement est nettement perceptible chez les témoins des conversations de Delphine de Girardin avec les tables. Auguste Vacquerie qui, dans Les Miettes de l’Histoire, relate la fameuse séance du 11 septembre 1853 et s’avoue adepte convaincu des tables [28], ne peut s’empêcher, peut-être pour donner plus de poids à sa conviction à venir, de faire tout d’abord montre d’un scepticisme légèrement railleur :

[…] le jour même de son arrivée, on eut de la peine à lui faire attendre la fin du dîner ; elle se leva dès le dessert et entraîna un des convives dans le parloir, où ils tourmentèrent une table qui resta muette. Elle rejeta la faute sur la table, dont la forme carrée contrariait le fluide. Le lendemain, elle alla acheter elle-même, dans un magasin de jouets d’enfants, une petite table ronde à un seul pied terminé par trois griffes, qu’elle mit sur la grande et qui ne s’anima pas plus que la grande. Elle ne se découragea pas et dit que les Esprits n’étaient pas des chevaux de fiacre qui attendaient patiemment le bourgeois, mais des êtres libres et volontaires qui ne venaient qu’à leur heure. Le lendemain, même expérience et même silence. Elle s’obstina, la table s’entêta. Elle avait une telle ardeur de propagande qu’un jour, dînant chez des Jersiais, elle leur fit interroger un guéridon, qui prouva son intelligence en ne répondant pas à des Jersiais. Ces insuccès répétés ne l’ébranlèrent pas ; elle resta calme, confiante, souriante, indulgente à l’incrédulité ; l’avant-veille de son départ, elle nous pria de lui accorder pour son adieu une dernière tentative. Je n’avais pas assisté aux tentatives précédentes ; je ne croyais pas au phénomène et ne voulais pas y croire. Je ne suis pas de ceux qui font mauvais visage aux nouveautés, mais celle-là prenait mal son temps et détournait Paris de pensées que je trouvais au moins plus urgentes. Cette fois, je ne pus pas refuser de venir à la dernière épreuve, mais j’y vins avec la ferme résolution de ne croire qu’à ce qui serait trop prouvé.
Madame de Girardin et un des assistants, celui qui voulut, mirent leurs mains sur la petite table. Pendant un quart d’heure, rien, mais nous avions promis d’être patients ; cinq minutes après, on entendit un léger craquement ; ce pouvait être l’effet involontaire des mains fatiguées ; mais bientôt ce craquement se répéta, et puis ce fut une sorte de tressaillement électrique, puis une agitation fébrile. Tout à coup une des, griffes du pied se souleva. Mme de Girardin dit : – Y a-t-il quelqu’un ? S’il y a quelqu’un et qu’il veuille nous parler, qu’il frappe un coup. La griffe retomba avec un bruit sec. Il y a quelqu’un ! s’écria Mme de Girardin : faites vos questions.
[…]
Je n’avais encore été que témoin, il fallut être acteur à mon tour ; j’étais si peu convaincu que je traitai le miracle comme un âne savant à qui l’on fait deviner « la fille la plus sage de la société » ; je dis à la table : Devine le mot que je pense. Pour surveiller la réponse de plus près, je me mis à la table moi-même avec Mme de Girardin. La table dit un mot : c’était le mien [29].

À l’inverse, Arsène Houssaye, pourtant peu convaincu, conserve une forme de respect ému derrière la raillerie lorsqu’il se souvient dans ses Confessions des séances auxquelles il a assisté chez son amie disparue :

Ce fut alors que Mme de Girardin sentit l’ombre fatale ; elle se jeta éperdument dans le spiritisme, qui devint la politique de la maison ; elle fit tourner les tables et les têtes ; quoique je n’eusse point la foi, j’étais souvent assis à côté d’elle, donnant mon coup de pouce ; mais quelques-uns de ses amis avaient subi ses croyances : on vit des miracles. On évoqua Balzac, qui vint dire des choses de l’autre monde. Mme de Girardin était ravie. Un soir, le prince Napoléon dit tout à coup : « Puisque M. de Balzac conte de si belles choses, priez-le de compter mon argent. » Et il jeta sa bourse sur la table. Il se passa alors une chose extraordinaire : la table frappa autant de coups qu’il y avait de napoléons dans la bourse du prince. Mme de Girardin était aux anges. « Eh bien, sceptique, dit-elle au prince, dites encore qu’il n’y a ni Dieu ni miracles. Si, après cela, vous doutez du spiritisme, je prends les vingt-et-un louis qui sont dans votre bourse pour les donner aux pauvres. – Eh bien, dit le prince Napoléon, donnez-les aux pauvres avec le billet de mille francs. »
Le peintre Théodore Chassériau, un croyant obstiné, regarda avec pitié le sceptique impérial ; il semblait dire : « Vous ne voyez pas, comme nous, la terre promise. » Ce qu’il y eut d’étrange, c’est qu’il suivit de très près Mme de Girardin dans le pays des morts ; tous les deux sont partis heureux de quitter la terre, – ou d’être enterrés ; – ils se voyaient déjà, commençant leur ascension jusqu’au septième ciel [30].

Delphine de Girardin elle-même semble encore osciller entre répartie spirituelle et foi spirite lorsqu’elle joue sur les mots en écrivant à Hugo, à propos de la table qu’elle lui envoie : « Jamais on n’eut tant d’esprit » – au singulier [31].

Pour expliquer cette métamorphose du vicomte de Launay en une grande prêtresse spirite, deux hypothèses sont avancées. La première, relayée par Houssaye, est celle d’une forme de conversion : en une période sombre de sa vie, après la mort de sa mère et alors qu’elle-même est déjà gravement malade, Delphine de Girardin, déçue de ce monde, se serait délibérément tournée vers l’autre. Telle est l’interprétation de Théophile Gautier :

Quoiqu’elle fût tendrement dévouée à son mari, dont elle avait épousé les luttes, que la gloire, le succès, la fortune, tout ce qui peut faire aimer la vie, lui fussent arrivés à souhait, que des amis fidèles et sûrs l’entourassent, elle semblait secrètement désirer d’en finir. Ce temps ne lui plaisait plus ; elle trouvait que le niveau des âmes s’abaissait, et déjà elle cherchait à pressentir l’autre monde, en causant avec les esprits qui habitent les tables : comme Leopardi, le poète italien, auquel de Musset, descendu hier dans la tombe, a adressé de si beaux vers, elle semblait rêver « le charme de la mort. » Quand l’ange funèbre est venu la prendre, elle l’attendait depuis longtemps [32].

La seconde hypothèse, plus rationaliste, consiste à ne considérer les tables que comme un simple amusement. C’est le point de vue de Claudine Giachetti, qui écrit : « Il y a là bien sûr une grande part de jeu, et c’est oublier l’usage constant de l’ironie chez Delphine que de prendre au sérieux son engouement pour ces phénomènes surnaturels [33]. »

Peut-être est-il possible d’opter pour une troisième lecture du phénomène. Dans la fascination de Delphine de Girardin pour la communication avec les esprits se devine certes une forme de rupture, mais aussi une continuité. Le vicomte de Launay a d’abord été la poétesse Delphine Gay, et Madame de Girardin a pu retrouver, dans la pensée des défunts veillant sur les vivants et se manifestant à eux pour les guider, les souvenirs d’un imaginaire qui avait été celui de sa jeunesse. Au chant cinquième de Madeleine, Delphine Gay place par exemple aux côtés de Satan une entité tout à fait conforme à ce que sera la pensée spirite :

Satan fut exilé du séjour des délices,
Et l’Éternel, vainqueur, à l’ange factieux
Infligea pour tourment – le souvenir des cieux !
Depuis le dernier jour de sa gloire effacée,
Invisible aux regards, visible à sa pensée,
Un fantôme divin l’accompagne en secret :
Les enfans de l’abime ignorent cet arrêt.
Souvent, pour éviter l’ennemi qu’il redoute,
Satan suit des enfers la ténébreuse route ;
Seul, on le voit, errant sur le funèbre bord,
Chercher les profondeurs des déserts de la mort.
Il pense que ces lieux où le péché domine
Effrairont de l’Esprit la nature divine ;
Mais il appelle en vain l’horreur à son secours :
L’Esprit suit des enfers les caverneux détours :
Avec lui, dans le gouffre il parvient à descendre,
Ses invisibles pieds sont empreints sur la cendre.
Du fantôme Satan ne peut se délivrer.
Il est là. – Là toujours ; il l’entend respirer.
La nuit, à ses remords, en songe il se présente ;
Sur son cœur oppressé pose une main pesante ;
Il offre à ses désirs les biens qu’il a perdus ;
Lui jette des parfums, dans les cieux répandus ;
Lui montre ces clartés que les anges adorent,
Ces éternelles fleurs – que les mortels ignorent…
Puis, quand Satan, vaincu par ce beau souvenir,
Rappelant ces objets, cherche à les retenir,
Poursuit de tous ses vœux la vision si douce…
Tout disparaît… l’Esprit loin du ciel le repousse,
Et lui montre l’égide où l’ange des regrets
En chiffres enflammés grava ce mot : JAMAIS [34] !

En faisant parler les tables, Delphine de Girardin semble ainsi ressusciter le temps de sa jeunesse, celui de l’enthousiasme. L’expérience spirite contribue à renouveler la spiritualité romantique en réactivant la question du Salut et de la Rédemption, puisqu’elle est intimement liée, chez Hugo notamment, à une méditation sur le devenir des âmes, sur le châtiment et le pardon, et tente ainsi de résoudre l’insoluble énigme du mal, lancinante depuis les lendemains de la Révolution. La Spirite de Gautier dialogue ainsi avec la Séraphîta de Balzac, l’ange Liberté de Hugo dans La Fin de Satan
renoue avec l’Éloa de Vigny – et aussi avec le Satan de Delphine Gay ; quant à la Bouche d’ombre des Contemplations, très largement nourrie des séances des tables, elle répond aux doutes et aux angoisses de toute une génération. Et dans cette transition ou transmission des inspirations, via le spiritisme, Delphine de Girardin a joué un rôle-clef.

En ce sens, que l’on croie ou non à la communication entre les vivants et les morts, on peut dire d’elle qu’elle fut vraiment médium, au sens étymologique du terme : parce que son esprit se trouve au confluent de deux mondes voisins – celui des salons et celui des lettres – et, parce que dans ces deux mondes elle occupe une place centrale en son siècle, parce qu’elle est particulièrement sensible à ce fluide instable qu’est l’air du temps, elle permet la matérialisation en littérature de ce qui était d’abord un phénomène social : elle contribue à donner corps à un nouvel avatar de la spiritualité romantique.

Notes

[1L’Évangile selon le spiritisme, contenant l’explication des maximes morales du Christ, leur concordance avec le spiritisme et leur application aux diverses positions de la vie, Paris, Dentu, 1864, p. 76-77.

[2Victor Hugo, Le Livre des Tables. Les séances spirites de Jersey, éd. Patrice Boivin, Paris, Gallimard, coll. « Folio classique », 2014, p. 464.

[3Le Livre des médiums, ou guide des médiums et des évocateurs, seconde édition, « Revue et corrigée avec le concours des Esprits, et augmentée d’un grand nombre d’instructions nouvelles », Paris, Didier et Cie, 1862, p. 480.

[4Revue spirite, journal d’études psychologiques, publié sous la direction de M. Allan Kardec, 1861, p. 257.

[5Il s’agit de Jésus.

[6Henry Lacroix, Mes expériences avec les esprits, Paris, Librairie des sciences psychologiques, 1889, p. 22-24.

[7Ibid., p. 140.

[8Sur l’histoire du spiritisme, voir Marion Aubrée et François Laplantine, Le Livre, la Table et les Esprits. Naissance, évolution et actualité du mouvement social spirite entre France et Brésil, Paris, Jean-Claude Lattès, 1990n et Guillaume Cuchet, Les Voix d’outre-tombe. Tables tournantes, spiritisme et société au XIXe siècle, Paris, Seuil, coll. « L’Univers historique », 2012.

[9Voir Bertrand Méheust, Somnambulisme et médiumnité, Paris, Les Empêcheurs de penser en rond, 1999. Sur le mesmérisme dans la littérature romantique, on attend la thèse de Søren Quesnel, Mesmérisme, magnétisme et galvanisme dans l’œuvre d’Alexandre Dumas, sous la direction de Sylvain Ledda.

[10Théophile Gautier, Correspondance générale, vol. 1, Genève, Droz, 1986, p. 134.

[11Ibid., p. 256.

[12Vicomte de Launay, Chroniques parisiennes, La Presse, 9 février 1836.

[13Ibid., 21 février 1840.

[14Ibid., 15 mars 1837.

[15Le premier était Eugène Sue.

[16La Presse, 1er juin 1844.

[17Madame Émile de Girardin, Marguerite ou Deux amours, Paris, Librairie Nouvelle, 1856, p. 124-125 : « On va et vient en sûreté… et puis il y a un être qui vous poursuit mystérieusement de sa pensée audacieuse, de ses rêves les plus extravagants. Cela explique ces tristesses sans cause, ces impressions pénibles dont on ne se rend pas compte : c’est quelqu’un qui vous déplaît qui pense à vous… Vous riez ?… Mais je suis sûr que c’est là l’explication de toutes les migraines […]. Si vous avez foi au magnétisme, vous devez comprendre celui-là ! Rappelez-vous depuis deux ans vos jours d’ennui et de souffrance, et accusez-moi, je pensais à vous ; ah ! j’y pensais bien souvent. »

[18Ibid., p. 222.

[19Lettre citée par Léon Séché, Muses romantiques. Delphine Gay, Mme de Girardin, dans ses rapports avec Lamartine, Victor Hugo, Balzac, Rachel, Jules Sandeau, Dumas, Eugène Sue et George Sand. Documents inédits, Paris, Mercure de France, 1910, p. 190.

[20Le Livre des Tables, éd. citée, p. 53.

[21Ibid., p. 63.

[22Lettre citée par Henri Malo, La Gloire du vicomte de Launay. Delphine Gay de Girardin, Paris, Émile-Paul frères, 1925, p. 264.

[23Lettre citée par Madeleine Lassère, Delphine de Girardin, journaliste et femme de lettres au temps du romantisme, Paris, Perrin, 2003, p. 293.

[24Henri Malo, op. cit., p,. 262-264.

[25Les Confessions, souvenir d’un demi-siècle, 1830-1880, Paris, Dentu, 1885, tome II, p. 27 : « L’esprit n’a jamais empêché Delphine Gay d’être bonne. Il y a des sceptiques qui sont des anges. »

[26Causeries du lundi, Paris, Garnier Frères, s. d., t. III, p. 405-406 : « Pour ceux qui, comme nous, ont la manie de chercher encore autre chose et mieux que ce qu’on leur offre, il reste à regretter que l’esprit, chez Mme de Girardin, si brillant qu’il soit, ait pris dès longtemps une prédominance si absolue sur toutes les autres parties dont se compose l’âme du talent, et qu’elle se soit perfectionnée comme écrivain dans un sens qui n’est pas précisément celui du sérieux et du vrai. »

[27Cours familier de littérature, « Deuxième entretien », 1856, vol. 1, p. 119-120 : « On ne peut faire à cette poésie qu’un reproche, c’est d’avoir respiré un peu trop l’air des salons : l’air des salons est trop artificiel et trop tempéré pour donner à la poésie cette trempe énergique, nécessaire à l’imagination comme au caractère du talent. L’esprit, ce génie trop familier des salons, y corrompt le véritable génie, qui vit de grand air. »

[28Auguste Vacquerie, Les Miettes de l’Histoire, Paris, Pagnerre, 1863, p. 386 : « Je me précipitai éperdument vers cette grande curiosité de la mort entr’ouverte. »

[29Ibid., p. 404-406.

[30Les Confessions, op. cit., p. 28-29.

[31Lettre citée par Madeleine Lassère, loc. cit.

[32Théophile Gautier, Portraits et souvenirs littéraires, Paris, Michel Lévy frères, 1875, p. 100-101.

[33Claudine Giacchetti, Delphine de Girardin, la muse de Juillet, Paris, L’Harmattan, 2004, p. 216.

[34Madame Émile de Girardin, « Madeleine », Poésies complètes, Paris, Librairie Nouvelle, 1856, p. 21-22.


Pour citer l'article:

Esther PINON, « Le monde et l’outre-monde : Delphine de Girardin spirite » in Delphine de Girardin et son temps, Actes de la journée d’étude organisée à l’Université de Rouen en juin 2015, publiés par Françoise Court-Perez.
(c) Publications numériques du CÉRÉdI, "Actes de colloques et journées d'étude (ISSN 1775-4054)", n° 15, 2016.

URL: http://ceredi.labos.univ-rouen.fr/public/?le-monde-et-l-outre-monde-delphine.html

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