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John NASSICHUK

The University of Western Ontario

Les publications occasionnelles au début du règne d’Henri III


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Vers la fin de l’année 1574, le poète et polygraphe Gabriel Chappuys fait paraître aux presses lyonnaises de Benoît Rigaud une mince plaquette composée avec une virtuosité de commande, dans laquelle il commémore triomphalement l’entrée solennelle, le 6 septembre, du nouveau roi de France Henri III dans sa bonne ville de Lyon. Ce modeste opuscule de onze pages, intitulé Heureux presage sur la bien-venue du Tres-Chrestien Roy de France et de Pologne, Henry de Valois troiziesme, en sa tres Antique et fameuse ville et cité de Lyon [1], contient à la suite d’une brève introduction en prose française huit pages d’alexandrins qui fêtent la venue du troisième fils d’Henri II et de Catherine de Médicis. De façon bien conventionnelle pour les pièces de louange publiées à la suite des entrées solennelles, le poète visite le lieu commun encomiastique de l’impatience populaire devant l’arrivée princière si longtemps attendue.

Le présent travail soulignera tout d’abord la fréquence avec laquelle ce motif apparaît dans les textes de circonstance, à caractère encomiastique, qui furent imprimés avec peu de délai pendant les premières semaines, voire pendant les premiers mois, du règne d’Henri III. Il rappellera ensuite que plusieurs publications de la même époque, mais plus tardifs, perpétuent la présence de ce motif dans l’éloge du souverain. L’hypothèse que nous souhaitons dessiner dans la présente intervention est que la production rapide de ces textes d’éloge et d’apologie, ainsi que leur circulation pendant les premiers moments du règne, participent d’une manière décisive à la construction de l’image royale qui continuera d’apparaître dans les textes plus tardifs émanant des lieux proches de la couronne. Certes, il ne s’agit pas de postuler que l’image positive de la personne royale soit prédominante vers la fin du règne du dernier Valois. Mais nous aimerions suggérer, en nous référant spécialement à une oraison de Léger Duchesne de 1580, que les textes d’éloge ultérieurs, pour rares qu’ils deviennent, portent encore le reflet d’une première image saisissante, entérinée grâce en grande partie à la publicité imprimée. La production, frénétique en début de règne, des narrations d’entrées solennelles et de leurs textes afférents, laisse transparaître un discours collectif qui se cristallise rapidement autour d’un bien petit éventail de motifs. Ces réseaux de textes occasionnels portent ainsi l’empreinte d’une conscience publicitaire qui construit, avec une vitesse impressionnante, de véritables lieux communs dont l’efficacité sera souvent confirmée par leur présence répétée dans les textes plus tardifs.

Dans l’opuscule qui commémore l’entrée lyonnaise d’Henri III, Gabriel Chappuys déploie la fiction poétique de la prosopopée pour bien représenter l’impatience des Français qui attendent depuis plusieurs mois l’arrivée du frère du feu roi Charles. La voix du peuple s’adresse à « Bosphore » en l’implorant d’amener déjà le lever du soleil et l’apparition royale si longuement anticipée :

Pourquoy retardes-tu le publique plaisir
Lequel (dormants desja) nous est venu saisir ?
Songeant nostre César, César dont la venue
Du peuple Lyonnois ardemment attendue
Moderera le deuil qu’il meine de la mort
De son frere qui fut humain, puissant et fort,
De Charles de Valois, qui revit en son frere
Henri dessus tous Rois…

Cette première exigence du peuple lyonnais introduit avec finesse le thème de l’attente qui constitue dans ce cas bien autre chose qu’un poncif de poète courtisan. Détournant toute tonalité de reproche dirigé à l’encontre du cortège royal si lent à traverser les alpes, Chappuys attribue la faute au personnage cosmo-mythique, à Bosphore, dont l’indolence empêche l’arrivée du valeureux prince royal. Ainsi camouflée à la fois par le motif traditionnel de l’éloge de circonstance qui clame sans cesse l’impatience fébrile du public devant l’arrivée des princes, et par la fiction mythologique, la longueur inopinée du retour d’Henri III, objet de scandale et de tensions largement répandues durant l’été 1574, se trouve ici réduite à un jeu de symboles, récupérée sous l’égide de la poésie souriante et festive.

Le poème de Chappuys, rapidement confectionné, devait ainsi remplir une mission apologétique, non seulement auprès des lecteurs français en ce qui concerne la lenteur exagérée avec laquelle Henri de Valois effectua la traversée, mais aussi auprès de ceux qui, du côté polonais, s’offusquaient du départ clandestin du prince français naguère intronisé à Cracovie. En abordant ce travail délicat d’éloge et de diplomatie, le poète n’hésite pas à évoquer dès les premiers vers les grandes lignes des événements récents. Il qualifie Henri de

… Roy preux et debonnaire,
Qui prudent a laissé le grave Polongnois,
Pour venir commander au gracieux François
Son peuple naturel, et d’un brave courage
Dont il porte par tout la marque en son visage,
De Sarmaste est sorty assez heureusement
Presque devant qu’on sceut son subit partement.

Loin de nier les faits, Chappuys, on le voit, s’efforce même de les justifier. La rapide échappée nocturne du château Wawel, perçue en Pologne comme un geste scandaleusement déloyal, mériterait en réalité bien plus de compréhension :

Pollacz ne soyez point dolens de son absence,
Peu encor’ vous avez jouy de sa presence,
L’amour et pieté qu’il doit à son pays
(Ou les Rois sont aimez, redoubtez, obeis)
L’a contraint vous laisser pour revenir en France,
Qui luy tendoit les bras de toute sa puissance
Pour recevoir de luy en son affliction
Au moins quelque esperance et consolation,
Qui s’arrachoit le poil d’avoir perdu son Prince,
Et de voir son Henry Roy d’estrange province.

Le poète n’hésite pas à confirmer que les Polonais, s’ils eussent pu contempler l’état désespéré, endeuillé, de la France lors du décès de Charles IX, auraient eu pitié de leurs frères gaulois :

Vous eussiez, Polognois, pris compassion d’elle,
Vous eussiez redonné, esmeuz de grand’pitié,
Au besoing vostre Roy, ou bien si l’amitié
Saincte que luy portez, l’honneur et reverence
Vous eust trop commandé, au moins la conscience
Lors vous eust attesté, que l’honneur et devoir
D’un Roy bien advisé estoit de tost pourvoir
A l’estat esbranlé d’une belle Couronne
Que par droit successif le Roy des Rois luy donne.

La déclaration festive n’est de toute évidence pas dépourvue de matière argumentative. Henri, soutient l’auteur, tel Enée, est revenu vers la France par piété filiale et obéissance à l’injonction divine. Chappuys y développe des lieux communs qui se retrouvent, parfois verbatim, dans tous les pamphlets émanant des milieux éditoriaux proches de la Cour durant les premiers mois du règne. La longue attente des Français dont le bien-être est mis en péril par l’absence du souverain, la fidélité d’Henri de Valois aux lois de la piété filiale, ces arguments répondent aux reproches de perfidie et de déloyauté qui visent ce prince dont la réputation internationale fut déjà ternie par la rumeur des événements de l’été 1572.

La double thématique de l’attente du peuple et de la piété princière demeure centrale dans les poèmes latins dont le recueil fut l’objet d’une troisième publication occasionnelle, contemporaine du poème de Gabriel Chappuys et du livret même de l’entrée publiés chez Rigaud à l’automne de 1574, cette fois aux presses parisiennes de Gabriel Buon. Ce petit livret, intitulé Gratulatorium Carmen amplissimorum virorum in reditum Errici III. Regis Franciae et Poloniae [2], présente une série de pièces qui émanent, non des poètes et plumitifs proches de la Cour royale, mais des membres du milieu parlementaire parisien. Il renferme notamment un poème en hexamètres signé Christophe de Thou, premier président du Parlement de Paris, deux poèmes du parlementaire et procureur royal Nicolas Perrot, une élégie de « Jacques Gohorry parisien » intitulé Sequana ad Vistulum (« la Seine à la Vistule »), une longue prosopopée d’Elisabeth d’Angleterre en distiques élégiaques sur les frères Charles et Henri de Valois et une troisième élégie In adventum Regis signée Nicolas Bergeron avocat au parlement. Une pièce en hendécasyllabes, intitulée Exhilaratio solitarii, clôture le volume, dans laquelle le poète exhorte ses compatriotes à fêter le moment joyeux « en raison du retour d’Henri dans ses villes (Errici ob reditum suas in urbes) / depuis les lointaines contrées de la Scythie neigeuse (Nivosae Scythiae ultimis ab oris) / retour longtemps l’objet de vœux prosternés (Votis supplicibus diu expetitum). » Dans la préface au volume, Jacques Gohorry explique au lecteur que les pièces qu’il contient ont été rédigées en l’honneur du souverain après que celui-ci avait averti le parlement depuis Lyon à la mi-septembre, de son désir de venir dans sa ville de Paris. Le volume livrerait ainsi au nouveau souverain « une sélection » représentative des éloges confectionnés par les hommes du parlement, « plusieurs desquels, rédigés en vers par les Sénateurs illustres, nous avons bien voulu publier à ton intention » (quarum nonnullas ab amplissimis Senatoribus conscriptas versibus tibi libenter edimus). Gohorry ajoute que les poésies des parlementaires, qui composent souvent des vers latins et français pour se délasser des exigences de la vie active, « doivent servir d’exemple splendide aux orateurs de sa cour de justice » (pulcherrimumque sui fori oratoribus… exemplum proponunt ad imitandum…). Le poème important qui ouvre le volume, celui de Christophe de Thou, introduit d’emblée le motif de l’attente du roi :

Venisti tandem mea sola et summa voluptas
Solibus hybernis, aestiva gratior umbra.
Venisti tandem, tuaque acceptissima nobis
Vicit iter durum pietas super aethera nota…

Pour De Thou, comme aussi pour le poète vernaculaire Gabriel Chappuys, le retour d’Henri de Valois vers la France est une nécessité morale à laquelle répond heureusement la pietas du prince fidèle à la terre qui l’a nourri. À ces vers qui élaborent la topique déjà rencontrée en langue française sous la plume de Chappuys, De Thou ajoute, vers la fin du poème, une nouvelle déclaration emphatique de la part des sujets qui souhaitent ardemment revoir le visage de leur prince : « O reviens enfin et rentre sous les toits de tes pères : (Adsis ô tandem et patriis succedito tectis) : / Fais ton entrée et habitue-toi à te faire appeler selon les honneurs des Français (Ingredere et fastis Francorum assuesce vocari) / (Que déjà puissent mes baisers être portés vers le prince adoré (Iam liceat mihi dilecto mea dulcia ferri / Oscula) / parce que je languis d’un amour honnête et sincère (quod casto et syncero langueo amore). » Dans ce recueil comme dans l’opuscule de Chappuys, la double thématique récurrente est bien celle de l’attente trop longue des sujets français d’Henri III et la piété admirable du nouveau roi ; un thème secondaire, qui traduit un souci diplomatique évident, n’est autre que celui de l’amitié franco-polonaise, élaborée notamment de façon détaillée dans l’élégie de Jacques Gohorry.

En cette même année 1574, une autre plaquette de portée semblable, signée « Germain Forget, avocat à Évreux » fut publiée à Paris, cette fois aux presses de Jean Poupy. Dans son Panegiric ou chant d’allegresse sur la venue du Très Chrestien Henry troisième par la grace de Dieu Roy de France et de Poloigne, Forget, qui six ans plus tard devait adresser un traité de rhétorique à l’intention du souverain, développe à sa façon les mêmes thématiques abordées dans les publications occasionnelles de Claude Chappuys et des parlementaires parisiens sous la houlette de Christophe de Thou. Après avoir déploré la mort de Charles IX selon l’usage établi des rhéteurs et poètes encomiastiques en ce début de règne, l’auteur déclare fausses une variété de « rumeurs publiques », selon lesquelles Henri serait retenu captif à l’extérieur du royaume, déjà mort ou empêché en définitive de regagner le territoire de France :

Or est bien descouvert le propos mensonger
D’aucuns qui desiroient au cercueil envoyer
Son beau los divulgans par toute la contrée
Du Rhin, de l’ocean, et des mons enfermee
Que jamais par deça ne pourroit revenir.
D’autant que les Polaqs s’efforçoient le tenir
Captif, avec les chefs de la Françoise bande
Jusqu’à l’entier rembours d’une finance grande,
Qu’on disoit qu’ils vouloient exiger de leur Roy :
Comme si le Vassal peu soigneux de sa foy
Vouloit tant s’oublier que de lancer sa dextre
Prophane, sur le corps de son Prince et son maistre…

Cette rumeur, avec celles du naufrage dans l’Adriatique et de la violence meurtrière allemande, Forget les dénonce, l’espace d’une quarantaine de vers, avant d’affirmer l’arrivée imminente, si longtemps attendue, du nouveau roi de France. S’il néglige donc la topique consistant à justifier le départ soudain du château de Cracovie, il s’occupe, en revanche, longuement des rumeurs négatives qui circulaient durant l’absence du prince. Chez Forget, le motif de l’attente acquiert en effet une dimension quasi phénoménologique lorsque le poète décrit l’angoisse des sujets qui espéraient son retour rapide :

Ainsi (Roy le plus grand qui soit dessoubz la lune)
Aussi tost que le mal un peu trop violent
Eut accablé le chef de ton frere dolent
De ce qu’il n’avoit l’heur advant sa mort prochaine,
T’embrassant atirer le flair de ton haleine,
Tout le temps par lequel en chemin sejournas
Nous estoit plus fascheux que le mesme trespas :
Noz doigts contoient les jours, les sepmaines passees
Excedoient en longueur le long cours des annees :
La minutte qui va rampant sur le quadran
Avoit pervertissant son marcher ancien,
Vestu (ce nous sembloit) la pesanteur d’une heure.

L’auteur se plaît à amplifier ainsi démesurément le motif de la longueur angoissante de l’attente publique, thématique commune des auteurs de ces livrets occasionnels des derniers mois de 1574.

Ces trois premiers exemples de textes publiés au lendemain de l’entrée d’Henri III à Lyon, puis à Paris, montrent le caractère central, d’aspect quasi-officiel, de la thématique de l’attente du royaume de France, dans l’espérance et l’amour que lui inspire le successeur de Charles IX. Il convient toutefois de reconnaître, malgré la dominance de cette thématique, une certaine variété des discours et des motifs usités, qui commence déjà à se manifester dans les plaquettes commémorant le début du règne.

Ainsi, dans une veine plus sectaire et polémique, qui représente vraisemblablement la perspective d’une certaine population d’obédience catholique, l’un des écrits les plus étoffés parmi ceux qui fêtent l’avènement du « héros » de Jarnac et de Moncontour est l’éloge d’Henri III intitulé Advenement Heureux à la Couronne de France de ce grand et tres- chrestien roy Henry troisiesme du nom fils de Henry second, et roy de France, et de Poloigne [3]. Ce futur auteur d’un éloge de l’ordre carmélite en vers latins salue la mémoire de Charles IX, dont la Saint-Barthélemy assure la gloire durable dans la mesure où cet évènement vit « accabler l’ennemy et de la foy Apostolique et du royaume Gaulois le perturbateur de ton repos, et le fleau commun de tout le peuple de France. » Pigneron, ce marchand-drapier parisien qui vers la fin du règne figurera parmi les membres des Seize associés à la Ligue, développe, lui aussi, dans son poème le motif de l’attente, mais en lui attribuant un sens élargi, d’ordre spirituel et presque mystique, lorsqu’il déclare qu’Henri III est fatalement destiné à remplir la mission du « Sainct Esprit » :

… c’est pour ce Henry III du nom que je dis qu’il semble que les jours soient fataulx, et que la saincte feste de la mission du Sainct Esprit sur les Apostres soit celle qui luy est destinée pour terme de sa grandeur, et pour temps qui le declaire le plus grand, et puissant Prince de la terre. Car la veille de la Pentecouste fut cest heureux Prince declaré roy des Sarmates et Polonois : et le jour de Pentecoste il a esté dit roy des François.

Ce texte de Pigneron, paru quatre ans avant qu’Henri III fondât le célèbre « Ordre du Saint-Esprit » reflète ainsi, dès les premiers mois du règne, les espérances d’une partie de la population catholique à tendance doctrinaire et militante.

Les propos d’un Mathurin Pigneron, comme d’autres qui soulignaient la portée symbolique de la Pentecôte dans la vie d’Henri de Valois, ont été destinés, on le sait grâce aux recherches de Robert Sealy, d’Isabelle Haquet et d’autres, à une postérité impressionnante pendant les dernières années de son règne.

Pour conclure, je souhaiterais présenter deux exemples d’imprimés contemporains légèrement plus tardifs, qui montrent la manière dont le motif encomiastique de l’attente du roi Henri III devient un véritable lieu commun traditionnel, d’un statut semblable à celle de l’image de François Ier patron des arts et des lettres, ou de Charles IX roi (tragique ou triomphal) de la Saint-Barthélemy.

Le mariage d’Henri de Valois et Louise de Lorraine en 1575 provoqua un nouveau déferlement de publications occasionnelles, plusieurs desquelles présentent l’historique du règne depuis le départ de Cracovie jusqu’au sacre et au mariage royal des 13 et 14 février 1575. Ainsi le juriste et poète originaire de Clermont-Ferrand, Jean Bonnefons, auteur de la Pancharis, recueil de poésies latines confectionnées dans le style de Catulle et de Jean Second, rédigea-t-il une longue pièce de circonstance, intitulée Ad Erricum Galliae, et Poloniae Regem, in eius foelicem reditum, inaugurationem, et nuptias, panegyricus [4], dans laquelle il reproduit longuement les motifs déjà introduits par Gabriel Chapuys : la justification du départ de la Pologne, l’éloge, dans une langue fortement déterminée par les mouvements de l’imitatio virgiliana, de la pietas du prince à l’égard de sa patrie et, surtout, l’anticipation angoissée du peuple impatient de voir le visage royal.

Les péripéties du règne du dernier roi Valois ont engendré des sentiments publics souvent bien différents, on le sait, de celui qui transparaît dans les éloges imprimés, émanant de lieux proches de la couronne, pendant les mois qui suivirent l’entrée à Lyon. Les travaux de Jacqueline Boucher, Xavier Le Person, Nicolas Le Roux, Guy Poirier et Keith Cameron rendent bien compte de la diversité des discours, et de l’inventivité des pamphlets, qui traitent de la personne d’Henri III. Il convient néanmoins de souligner en dernier lieu la ténacité du motif de la toute première attente, celle de 1574, dans les publications même tardives qui évoquent le souverain. Un exemple remarquable de cette tendance est le discours prononcé in auditorio regio, devant Henri lui-même, en février 1580 par Léger Duchesne, professeur royal de latin et de rhétorique. Duchesne remémore dans ce discours de remerciement et d’éloge les étapes de sa propre carrière, depuis ses années d’étudiant à Paris, auditeur des premiers Lecteurs royaux, jusqu’à ses activités de lecteur et éditeur à l’époque du dernier Valois. Il attache à chaque règne l’image conventionnelle : François Ier père des lettres, Henri II vaillant guerrier, Charles IX justicier qui infligea à l’hérésie sa juste punition, et Henri III le roi élégant dont la longue et courageuse traversée des Alpes fit rêver et espérer les Français durant l’été 1574.

Le texte de Léger Duchesne établit un rapport d’équivalence entre les images de chaque roi successif dans la lignée Valois et celle du souverain régnant, Henri III, arrêtée dès les premiers mois de son règne, grâce au barrage de textes occasionnels d’apologie ou d’éloge, imprimés à Lyon et à Paris dès l’automne de 1574.
Que l’image préférée d’apologistes comme Léger Duchesne en 1580 soit le tout premier tableau du chevalier qui descend des Alpes en passant par Chambéry, en dit bien long sur les troubles incessants qui n’ont eu cesse de grever le règne de ce prince. Mais elle reflète aussi, à tout le moins, l’efficacité d’une véritable campagne de publicité élaborée par des opuscules à production rapide, tant en français qu’en latin, à partir de la première grande entrée solennelle effectuée à Lyon le 6 septembre 1574.

Corpus étudié

BONNEFONS, Jean, Ad Erricum Galliae, et Poloniae Regem, in eius foelicem reditum, inaugurationem, et nuptias, panegyricus. Joannis Bonefonii Arverni Claromontani. Parisiis, Apud Thomam Brumennium, in Clauso Brunello, sub signo Olivae, 1575. (BNF YC-2379)

CHAPPUYS, Claude, Heureux presage sur la bien venue du Tres-Chrestien Roy de France et de Pologne, Henry de Valois troiziesme, en sa tres Antique et fameuse ville et cité de Lyon, Lyon, Benoît Rigaud, 1574.

DUCHESNE, Léger, Oratio habita in auditorio regio, mense januario 1580, s. l., 1580.

FORCADEL, Étienne, Henrico III, Francorum et Poloniae regi, relata gratia, Stephano Forcatulo Jurisconsulto autore, Paris, Guillaume Chaudière, 1579.

FORGET, Germain, Panégiric ou chant d’allégresse sur la venue du très chrestien Henry troisième, par la grâce de Dieu roy de France et de Poloigne, Paris, J. Poupy, 1574.

Gratulatorium Carmen amplissimorum virorum in reditum Errici III. Regis Franciae et Poloniae. Lutetiae, Gabriel Buon, 1574.

PASCHAL, Charles, Caroli Paschali Cuneatis Ad Henricum III Francorum Regem Oratio, Venetiis, apud Andream Muschium, 1574. (Mazarine RES 10267 (12)) voir BNF LB34-845-4.

PIGNERON, Mathieu, Advenement Heureux à la Couronne de France de ce grand et tres- chrestien roy Henry troisiesme du nom fils de Henry second, et roy de France, et de Poloigne, A Paris, Chez Jean Hulpeau au Mont Sainct Hilaire à l’Escu de Bourgongne. Avec permission, 1574.

VALOIS, Henri III de, Henrici III Christianissimi Galliarum et Poloniae Regis, Ad Poloniae et Lythuaniae Ordines, Epistola, Paris, Féderic Morel, 1575. (Maz. 10315-10).

Notes

[1Claude Chappuys, Heureux presage sur la bien venue du Tres-Chrestien Roy de France et de Pologne, Henry de Valois troiziesme, en sa tres Antique et fameuse ville et cité de Lyon, Lyon, Benoît Rigaud, 1574.

[2Gratulatorium Carmen amplissimorum virorum in reditum Errici III. Regis Franciae et Poloniae. Lutetiae, Gabriel Buon, 1574.

[3Mathieu Pigneron, Advenement Heureux à la Couronne de France de ce grand et tres chrestien roy Henry troisiesme du nom fils de Henry second, et roy de France, et de Poloigne, A Paris, Chez Jean Hulpeau au Mont Sainct Hilaire à l’Escu de Bourgongne. Avec permission, 1574.

[4Jean Bonnefons, Ad Erricum Galliae, et Poloniae Regem, in eius foelicem reditum, inaugurationem, et nuptias, panegyricus. Joannis Bonefonii Arverni Claromontani. Parisiis, Apud Thomam Brumennium, in Clauso Brunello, sub signo Olivae, 1575. (BNF YC-2379)


Pour citer l'article:

John NASSICHUK, « Les publications occasionnelles au début du règne d’Henri III » in Canards, occasionnels, éphémères : « information » et infralittérature en France à l’aube des temps modernes, Actes du colloque organisé à l’Université de Rouen en septembre 2018, publiés par Silvia Liebel et Jean-Claude Arnould.
(c) Publications numériques du CÉRÉdI, "Actes de colloques et journées d'étude (ISSN 1775-4054)", n° 23, 2019.

URL: http://ceredi.labos.univ-rouen.fr/public/?les-publications-occasionnelles-au.html

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