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Pierre ESCUDÉ

Université de Bordeaux

Occasionnels et textes politiques de la décennie 1580-1590 dans l’imprimé toulousain du XVIe siècle


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Pour des raisons historiques, géopolitiques, économiques, Toulouse peut à bon droit être estimée comme la capitale du sud du royaume de l’époque romane jusqu’au milieu du XVIIe siècle. L’imprimerie s’y installe assez tôt de manière durable, juste après Paris et Lyon, aux alentours des années 1475. En effet, la ville est bien pourvue des quatre facteurs qu’Henri-Jean Martin détermine comme nécessaires pour la pérennité de ce nouvel agent qui va faire évoluer mentalités et sociétés : université ancienne, parlement influent, clergé riche et puissant, importante place commerciale et nœud de communications [1].

On connaît désormais mieux l’activité de l’imprimerie à Toulouse [2] et on peut enfin en lire plus nettement les conditions d’exercice et les grandes problématiques qu’elle révèle. L’une d’elle, non la moindre, est son attachement au plus près des tensions et des lignes de fracture idéologiques que connaît Toulouse tout au long du XVIe siècle. L’imprimerie accompagne la montée en puissance des grands débats (juridiques et religieux notamment) et la tension des langues employées (latin, français, occitan) entre les différents acteurs (protestants, catholiques, laïcs) dans un temps où la ville représente, sur la première moitié du siècle, jusqu’à 60 % des livres imprimés au sud de la Loire. Les guerres de Religion et l’enfermement violent de Toulouse dans un pacte ligueur fanatisé mènent très vite à un affaissement quantitatif et qualitatif de l’imprimé, et ce de manière irrémédiable. Quantitatif : Toulouse passe à 15 % en moyenne de l’imprimé du sud du royaume dans les trois dernières décennies du siècle. Qualitatif : dans la variété des imprimeurs qui bientôt se réduisent pour la moitié d’entre eux à une seule et même dynastie, les Colomiès ; pour l’empan des typologies imprimées ; mais aussi dans les formats d’ouvrage, et enfin leur nombre de pages. Textes courts, occasionnels, pamphlets politiques et polémiques où la rhétorique de l’émotion et du merveilleux s’impose fleurissent alors dans la dernière partie de cette trop longue parenthèse ligueuse (1562-1596).

L’occasion que nous offre Jean-Claude Arnould de travailler sur les occasionnels et textes courts toulousains permet de jeter un œil neuf sur l’évolution de l’imprimerie toulousaine et de lire, grâce à cet axe singulier, le trajet d’une capitale qui crée les causes de sa propre capitulation.

Tableau de l’imprimerie toulousaine au XVIe siècle

Les atouts d’une capitale

Toulouse possède tous les atouts d’une véritable capitale. L’université toulousaine est la seconde de France, installée en 1229 à la suite de la fin de cette guerre de vingt ans entre le comté toulousain et les armées croisées, puis celles commandées par le roi de France (1209-1229). Lorsque l’imprimerie s’installe à Toulouse, l’université est en plein essor depuis la fin de l’époque gothique et s’affirme comme un haut lieu européen des sciences juridiques : nombre de nouveaux collèges, de droit civil notamment, sont créés dans le premier tiers du XVIe siècle, drainant professeurs et écoliers de France et d’Europe, divisés en douze nations distinctes. Le parlement toulousain est créé en 1444, c’est par lui que la guerre de Cent Ans trouve, neuf ans après son érection, son dénouement. C’est alors le début de ce que l’on nomme « siècle de cocagne », du nom des préparations (las còcas) que les marchands et banquiers toulousains font confectionner pour expédier le pastel dans toute l’Europe. Ce siècle d’or commence après le grand incendie de la ville (1463) qui de fait est cause de sa rénovation presque complète comme d’une exemption exceptionnelle de la taille que donne le roi pour cent ans, en signe de remerciement pour l’aide portée lors de la guerre contre l’Anglais mais aussi pour fortifier avec une place forte renouvelée un verrou militaire, politique et économique dans le sud du royaume, à la frontière d’Espagne. La bourse est créée à Toulouse en 1549, seconde de France après l’estrade lyonnaise. Toulouse est enfin le lieu d’un clergé riche et puissant, que les papes d’Avignon ont contribué à développer davantage encore : pensons notamment à l’érection des Jacobins, châsse de style gothique flamboyant où sont menées depuis Bologne les reliques du plus grand penseur européen, Thomas d’Aquin ; de même la Sobregaya Companhia dels VII Trobadors, future académie des Jeux Floraux, créée en 1324 et première académie littéraire d’Europe, régénère les thématiques majeures de la civilisation romane que portent les troubadours, en déviant l’amour charnel porté à la femme vers l’amour néo-platonicien conçu pour la Vierge Marie.

On date de 1475 la première installation d’un atelier de typographie à Toulouse. Le premier livre conservé qui y soit imprimé est le De fide instrumentorum d’Andreas Barbatia, dont le colophon porte la date du 20 juin 1476. Il n’y a pas d’autres lieux dans le sud du royaume qui pendant longtemps verra l’installation pérenne et notable de l’imprimerie : Bordeaux prend véritablement son essor lors de l’affaissement toulousain de la fin du siècle ; Poitiers et d’autres places protestantes – Montauban, Niort, Orthez – n’ont qu’une histoire contextuelle et courte en matière d’imprimerie ; Marseille verra son premier livre imprimé en 1595 ; Montpellier, Narbonne, Aix n’existent quasiment pas sur le plan de la création imprimée et de sa diffusion. Toulouse concentre ainsi beaucoup de pouvoir, et se fait le lieu d’extension de cette nouvelle entreprise devenant bientôt une véritable industrie, totalement dépendante du jeu des pouvoirs et vecteur de leurs jeux d’intérêts.

Effervescence des pouvoirs politiques et religieu

Or, ces pouvoirs sont en pleine effervescence. S’y trouvent sur une ligne de continuum et jusqu’à un certain point d’osmose, dont les deux extrémités seront bientôt en opposition frontale lorsque les débats mèneront aux combats de la guerre civile de 1561, deux camps majoritaires : clergé régulier, petit peuple facilement fanatisable, clergé régulier, communautés conservant le souvenir de la maintenance de l’ordre et la haine de l’hérésie d’un côté ; de l’autre, universitaires et juristes, banquiers, marchands, esprits progressistes versés dans la Réforme pour laquelle le travail et la transformation du monde sont une vertu, très nombreux étudiants. Les représentants des différents et nombreux pouvoirs en place (capitouls, qui depuis 1189 forment le conseil de direction communale élu chaque année – et ayant droit à anoblissement, à l’égal des doges vénitiens et des consuls romains – ; parlementaires, en relation avec le parlement de Paris et les affaires juridiques plus globales ; représentants des importants États du Languedoc ; autres représentants directs de l’administration royale dans l’espace toulousain) sont en jeu permanent d’opposition et de prérogatives. La « seconde cité du royaume de France » comme la nomme le capitaine gascon Blaise de Monluc [3] venu la pacifier en 1562 a une identité clivée.

Après la première semonce d’une inquisition auprès des libraires et des imprimeurs en 1532 et une remise à l’ordre des esprits les plus novateurs de l’université, juristes parmi lesquels Boyssoné, Coras, Cujas, Gouvea, Bodin qui sont dans la première moitié du siècle les principaux auteurs du renouveau juridique français et pourvoyeurs de thèses imprimées à Toulouse, la progression quantitative du livre ne faiblit pas. Dans le terreau toulousain de plus en plus riche d’imprimeurs et de libraires, deux grands noms apparaissent qui, quoique parfois éditant chacun des œuvres des deux camps, sont identifiables à leur politique éditoriale. D’un côté Guyon Boudeville, éditeur du camp progressiste, juridique, parlementaire, renaissantiste (avec des traductions d’auteurs grecs, latins, italiens notamment) et bien souvent mêlé à la nouvelle religion ; de l’autre, Jacques Colomiès.

La cassure irrémédiable de 1562

La véritable cassure dans la progression de l’imprimerie à Toulouse se trouve dans la génération suivante, lors du début des guerres de Religion qui ensanglantent la ville en 1561 et mêlent symptomatiquement, comme le rappellent l’ultra-catholique toulousain Georges Bosquet et le théologien et chroniqueur calviniste Théodore de Bèze, présence des imprimeurs et pouvoirs identitaires de la cité [4] : « … et advint que pendant le prêche Michel Mischart, Libraire Arquebusier du Ministre tua par imprudence un Gentilhomme nommé Jean Roset de Lagarde, d’une arquebusade [5]. »

De cet acte symbolique découle la suite de l’histoire de l’imprimé toulousain. Arrêté, torturé, Michel Méchard, « Huguenot luy-même [et qui] estoit au service de l’imprimeur Boudeville, insigne Huguenot [6] », « gendre de Boudeville » selon Théodore de Bèze [7], avoue avoir tiré par distraction. Mais ce geste porte à son paroxysme une tension haineuse entre les deux communautés. À partir du 11 mai 1561 et durant cinq jours d’émeute, on brûle toutes les librairies du parlement « avec leurs livres sans regarder s’ils estoient bons ou mauvais, de la religion ou autre » précise Théodore de Bèze, puis « des livres – poursuit l’annaliste Germain Lafaille – on passe aux libraires dont il y eut plusieurs de trainez en prison après avoir été battus ou mal-traitez ». Le Parlement « fait abattre toutes les boutiques des libraires situées auprès du palais ; on se saisit de leurs personnes, car ils étaient tous suspects, et on brûla tous leurs livres, parce qu’il s’en trouva plusieurs d’hérétiques » notent les historiens bénédictins Vic et Vaissete [8]. La répression est aveugle ; ce que portait l’esprit protestant, notamment dans la phase renaissantiste toulousaine, a vécu. L’imprimeur Boudeville est pendu place du Salin le 20 mai 1561, Michel Méchard le 31 juillet, la femme de Boudeville le 20 octobre. Avec Boudeville disparaissent bon nombre d’autres imprimeurs, de libraires pourchassés, ruinés, tués, et évidemment d’auteurs et de livres. Jacques Colomiès rachète dès le 6 juillet 1562 le fonds et le matériel de son concurrent [9]. La destruction massive des livres toulousains – dont on découvre chaque année des exemplaires dans d’autres bibliothèques, notamment anglaises – ne permet pas d’avoir une idée fidèle de la réalité de la quantité et de la qualité de ce qui est édité à Toulouse jusqu’alors.

L’identité de Toulouse, riche mais clivée, se réduit à un seul plan. Une Ligue pour la défense de la « vraie religion » est créée le 2 mars 1563. Comme l’imprimerie se fait écho de la présence à Toulouse de l’esprit et du corps du parti adverse – notamment par édition de Psaumes et poésies en langue occitane et par la présence également d’auteurs affiliés au parti huguenot lors des cérémonies littéraires du collège de Rhétorique – cette Ligue se double le 15 mars 1568 d’une Croisade qui reprend les mots de celle qui ensanglanta le Languedoc de 1209 à 1229, puis fit le lit de l’Inquisition et de la reddition toulousaine face au pouvoir royal français. Cet acte de schizophrénie donne un pli durable à une identité toulousaine qui se déploie contre sa propre histoire. On réédite en ces années l’Histoire des Albigeois et Gestes de Noble Simon de Montfort de Pierre des Vaux-de-Cernay. La description de cette histoire est établie en latin par le frère Pierre des Valees Sernay, moine de l’ordre de Citeaux, et traduite par Arnaud Sorbin de Montech, docteur en théologie et prédicateur du roi. À partir de 1568 Jean de Cardonne impose aux candidats des joutes poétiques de mai de déclamer une hymne à la Vierge, ce qui écarte tout huguenot du cénacle littéraire toulousain. Il édite enfin les Remonstrance aux Catholiques de prendre les armes en l’armée de la Croisade, instituée en la ville de Tholose, contre les Calvinistes, Huguenots, Traitres et Rebelles chez Colomiès, la même année, qu’un sonnet liminaire dédie au prédicateur royal Arnaud Sorbin [10].

Les nouveaux capitouls de l’année adressent en août 1568 au roi Charles IX une lettre commune pesant en termes militaires le conflit dans lequel se pose Toulouse, dernier rempart de la vraie chrétienté et de la loyauté monarchique, contre l’hérésie [11]. Une longue pétition, lue en la cathédrale Saint-Étienne le 12 septembre 1568 et adressée au roi, rappelle les aspects géopolitiques du verrou toulousain ainsi que sa longue histoire. On convoque l’imaginaire de la croisade contre les Albigeois et le pacte qui lia les bons Toulousains au roi de France. La défense de la capitale toulousaine est essentielle,

laquelle perdue le roy perdroit le Languedoc et Provence […] par quoy notre Seigneur nous inspire nous croiser, et prendre les armes, dresser une guerre comme Mathatias et les autres Macabées, ayant confiance que Dieu sera avec nous, comme il fut à la guerre contre Attila, qui fut deffait pres de Toulouse avec trois cens mille hommes, et comme il fut avec nos bons catholiques à la guerre de Muret, là ou huit cens des notres, deffirent plus de soixante mille hérétiques, au temps de Loys huitieme, père de saint Loys ; en sorte que nous ne douptons point que nous n’obtenons la victoire contre ces ennemis de Dieu et de toute nature humaine ; et si aulcung de nous y mourrons, notre sang nous sera un second baptême, par quoy sans aucun empeschement, nous irons avec les autres martyrs droit en paradis [12].

Rappelant le rôle que joua Toulouse dans la guerre de Cent Ans, on expose que l’hérésie cathare est séditieuse. Elle menace le royaume dans son entier de même qu’elle menace Toulouse, la ville fidèle au roi et à la vraie foi :

… Les hereticques de la Guyenne, qui ne recognoissent pour roy sinon la royne d’Angleterre, à laquelle appartient le duché de Guyenne, comme ils disent temerairement, et que outre ce dessus, par force violence, ils se sont rendus maîtres de Castres, Puilaurens, Réalmont, Millau, Saint-Antonin, Montauban, Le Carla, Le Mas-d’Azils, Le Tosat et depuis naguieres ont surpris Gailhac, Mazeres, Carmaing, Auriac, les Catalens, le Bourg-Saint-Bernard [13]

Livres, imprimeurs et librairies à Toulouse au XVIe siècle

Nous voyons comment en trois générations, l’essor de l’imprimerie à Toulouse épouse le développement économique, puis aiguise et enflamme les débats d’ordre politiques, religieux et comportementaux, puis enfin se rétrécit aux seules mains du parti unique qui a gagné le conflit. Schématiquement, nous pourrions poser ainsi ces trois étapes :

– 1475-1532 : naissance de l’imprimerie, essor économique toulousain, humanisme juridique et lettré, percée de la pensée réformée ;

– 1532-1562 : phase de « l’humanisme incandescent », querelles des pouvoirs et conflits des idées jusqu’au fracas de la guerre civile de 1561-1562 ;

– 1562-1596, de la Ligue à la pacification de l’édit de Folembray : autisme ligueur toulousain, arrêt brutal du commerce capitaliste et du commerce d’idées, fermeture de Toulouse sur le projet de Croisade.

Si l’on traite de l’évolution du nombre de livres en volume, en gardant à l’esprit que ce nombre n’est qu’indicatif au vu de la fragilité du matériau et de la violence de son histoire, on peut observer que la première inquisition de 1532 n’a en rien freiné l’essor du commerce d’idées et de leur diffusion à Toulouse.

Nombre de volumes recensés imprimés à Toulouse par époque – sur cinq périodes isochrones

On voit qu’en volumes, la progression reste stable et continue depuis la naissance de l’imprimé en 1475 jusqu’aux années 1562, date de la cassure politique et culturelle de Toulouse. En revanche, les deux générations qui suivent montrent une atonie formidable en volume, et par déduction en commerce. La chute est brutale dans la période ligueuse (1563-1596) et la génération de la pacification verra une activité du livre et de l’imprimé aussi (peu) forte que celle qui se développait un siècle auparavant.

En revanche, l’étude du nombre de libraires et d’imprimeurs montre que la première semonce idéologique de 1532 a été fatale à l’essor de l’imprimé toulousain.

Nombre de libraires (ligne jaune, du haut) et d’imprimeurs (ligne mauve, du bas) au XVIe siècle à Toulouse, recensés par décennie

La ligne de progression du nombre d’imprimeurs et de libraires (l’une semblant exponentielle à l’autre) est continue pendant les trois premières décennies du siècle. La décennie de 1532 marque une première rupture, puis la décennie 40 note une reprise, mais plus faible, et ne permettant pas de revenir au rythme de progression antérieur.

On lit des effets de génération sur les sept des treize plus féconds imprimeurs du XVIe siècle : Jean Grandjean (1501-1520), Jean Faure (1508-1523), la Compagnie des Cinq Plaies de Notre Seigneur Jésus-Christ (1512-1521), Jean de Guerlins (1513-1522) stoppent leur activité dans les années 1520 ; Jean Domaysel (1521-1543), Nicolas Vieillard (1534-1541) et Eustache Maréchal (1519-1543) au tout début des années 1540. La génération centrale est occupée par les deux plus importants imprimeurs que Toulouse ait connus, les deux plus féconds également : le successeur de Nicolas Vieillard, l’imprimeur Guyon Boudeville (1541-1561) responsable de l’édition de 157 ouvrages recensés à nos jours et Jacques Colomiès (1526-1568), premier d’une dynastie centrale à Toulouse et dont les ateliers publient 202 ouvrages connus – c’est-à-dire à eux deux la moitié du volume des ouvrages des treize « grands » imprimeurs du XVIe siècle. Jacques Colomiès s’inscrit de longue date dans le paysage toulousain : il a épousé en premières noces Mondette Guimbaut, veuve de Jean Faure, et nièce de Jean Grandjean, dont il reprend le matériel et la clientèle [14].

On lit également une concentration de l’édition aux mains de ces deux ateliers dans les années 1550, un tassement du nombre d’imprimeurs et une chute étonnante du nombre de libraires. Il y a probablement avant les années de cassure que sont les années 1560, puis d’enfermement ligueur autiste autour de la mono-représentation que crée le pouvoir ultra catholique toulousain jusqu’à la fin du siècle, une réduction du nombre d’imprimeurs et de libraires dû à la glaciation idéologique – parallèle à leur mise en fusion qui sera fatale à Toulouse – et à la mise en place d’un système industriel monolithique binaire entre deux grands imprimeurs et leurs commensaux, chacun au service d’une sphère idéologique, culturelle, économique bien distribuée sur le champ social, politique et religieux. Les années 1570 montrent un point extrêmement bas. Des treize arrêts recensés du Parlement de Toulouse contre les « caractères et comportements déviants » de 1561 à 1587 [15], huit datent des années 1561 à 1568, époque de création de la Ligue puis de la Croisade et tous citent explicitement la sédition religieuse [16]. Des cinq arrêts suivants, deux sont promulgués au début des années 1570, trois dans les années 1580, plus aucun ne cite explicitement le motif religieux [17]. On voit qu’il n’y a plus d’ennemis à l’intérieur de la ville, toute rassemblée à faire corps autour de son idéologie ultra-ligueuse, et bientôt seule à défendre cette idéologie contre la menée politique du roi lui-même, dans la vaste province des États de Languedoc comme dans le royaume lui-même. Quatre de ces arrêts (au moins) sont édités sous forme de placards chez les éditeurs Colomiès : Jacques (1567 et 1568), puis Arnaud (1580 et 1583).

Fonctionnement dynastique et monolithique, perte globale d’influence

La mort de Jacques Colomiès en 1568 est le commencement d’une épopée dynastique qui s’impose sur toute la durée du siècle – et largement au-delà. Pour la période traitée, les quatre plus importants imprimeurs des années 1568-1600 appartiennent tous à cette dynastie : Arnaud et Jacques (II) Colomiès (1569-1585), Jacques (II) Colomiès (1572-1593), Raymond Colomiès (à partir de 1588), la Veuve de Jacques (II) Colomiès (à partir de 1593). Sur l’ensemble des imprimeurs recensés, on lit la main mise sur l’édition toulousaine (administrative, juridique, scientifique, religieuse, littéraire) de cette dynastie :

Périodes 1475-1500 1501-1532 1533-1562 1563-1596 1597-1628
Nombre d’imprimeurs recensés 4 28 33 13 10
% par rapport au nombre total d’imprimeurs 0 3,6 % 3 % 23 % 45,5 %
% par rapport au nombre d’ouvrages recensés 0 12,4 % 25,5 % 44,4 % 72,4 %

Le monopole de la dynastie Colomiès à Toulouse

Cet enfermement dynastique, redoublé d’un monolithisme idéologique de la place toulousaine, enferme la capitale du Sud dans un seul modèle éditorial. Cet état de fait explique à lui seul la perte d’influence de la place toulousaine dans le grand sud-ouest du royaume. Prenant les données du catalogue Castellane [18] (catalogue ancien et obsolète, mais qui a le mérite de permettre une comparaison plus globale, décennie par décennie), nous observons deux phénomènes majeurs pour Toulouse. Tout d’abord, sa perte globale d’influence en volume (et donc en pourcentage) sur la zone territoriale envisagée, passant de 50 % sur la première moitié du siècle à une baisse par deux dans la décennie des années 1560, puis un véritable trou d’air dans la décennie suivante (6 % du total imprimé dans le sud-ouest français !) pour revenir à un étiage médiocre d’un peu plus de 10 %, c’est-à-dire trois fois moins que sa nouvelle rivale, Bordeaux. Sur l’ensemble du siècle, certes, Toulouse s’impose comme une capitale de l’imprimé français avec un tiers des livres imprimés sur cette zone de référence – quand cette zone représente 5 % de l’ensemble français, seulement, à la fin du siècle.

1501/
1510
1511/
1520
1521/
1530
1531/
1540
1541/
1550
1551/
1560
1561/
1570
1571/
1580
1581/
1590
1591/
1600
Sans date TOTAL
Toulouse
Et % par rapport au total
22

(35 %)
56

(50 %)
60

(33 %)
113

(64 %)
107

(52 %)
139

(51 %)
78

(25 %)
17

(6 %)
77

(19 %)
46

(12 %)
86

(75 %)
801

(32 %)
Poitiers 27 28 45 33 63 78 129 85 47 36 13 587
Bordeaux / 9 15 10 7 20 23 72 90 104 16 366
La Rochelle / / / / / / 49 78 144 93 / 363
Limoges 7 17 46 12 11 22 5 7 13 13 / 156
Angoulême / / 1 2 1 / 30 9 13 7 / 63
Montauban / 1 6 / / / / 7 15 16 / 45
Niort / / / / / / / / 1 37 / 38
Périgueux 6 1 1 2 9 1 / / 6 1 / 27
Agen / / 3 1 6 1 / / 4 8 / 22
Pons / / / / / / / / / 13 / 13
Albi / / 6 3 / 2 / / / / / 11
Total 62 112 183 176 204 273 314 275 410 374 115 2492

Comparaison en nombre d’ouvrages et d’imprimés des centres d’imprimerie de la zone sud-ouest du territoire français au XVIe siècle en volume et pourcentage

Second phénomène observable, Toulouse représente à elle seule 75 % des ouvrages et imprimés non datés sur cette vaste zone et sur la période envisagée. La non-datation de l’imprimé a un certain nombre de causes, dont certaines sont prévisibles : libellés anonymes, textes de propagande de piètre qualité littéraire et technique notamment. À cette aune, également, Toulouse reste un centre singulier et unique dans l’histoire de l’imprimerie du XVIe siècle.

Étude des textes courts et des occasionnels de l’époque ligueuse

Si nous réduisons notre étude à l’époque ligueuse maintenant posée (1562-1596), c’est qu’il nous semble qu’elle identifie au mieux la singularité de ce que devient l’imprimerie toulousaine. C’est par ailleurs à cette époque que l’on trouvera le plus de textes courts, de canards, d’occasionnels. L’imprimerie, évidemment, reste le révélateur de la sémiosphère politique, sociale et culturelle qui est en retour son terreau et son moteur. Nous avons souhaité traiter la question des occasionnels et des textes courts au travers de la seule dynastie Colomiès dont on a vu qu’elle s’imposait sur la seconde moitié du XVIe siècle jusqu’à représenter la moitié du nombre des imprimeurs toulousains et les trois quarts de la production imprimée à Toulouse. Nous pouvons ainsi, au centre de la dynastie toulousaine qui est son axe industriel en termes d’impression, d’édition, de dissémination, d’interface avec les pouvoirs en place, observer l’évolution interne de son fonctionnement.

Évolution des formats

Le travail proposé est d’évaluer l’évolution des formats des ouvrages imprimés par la dynastie Colomiès. Ce sont huit ateliers distincts qui se succèdent de 1526 aux années 1612, un peu au-delà de l’époque envisagée donc. Cette dernière période correspond à la sortie de la parenthèse ligueuse et peut nous donner la perspective d’une dernière évolution de format. Trois ateliers indépendants se détachent, celui du patriarche Jacques (1526-1568), successeur des premiers imprimeurs toulousains que sont Faure et Grandjean, son fils Jacques, second du nom (1572-1593), puis Raymond qui commence à imprimer sous son nom en 1588 – et pour lequel on arrête l’étude à la date de 1610 – qui reste le plus grand imprimeur du début XVIIe siècle toulousain. Entre ces trois grands noms, et souvent avec eux, se succèdent d’autres ateliers dont l’existence répond certainement à des raisons familiales, juridiques, économiques et industrielles : Arnaud et Jacques 2 (1569-1585), Arnaud (1572-1576), la veuve de Jacques 2 (1593-1610), la veuve de Jacques 2 et Raymond (1605-1612), « les Colomiès » (1606-1610). Nous avons examiné dans la production de chacun de ces ateliers le format des ouvrages – qu’il était possible d’identifier. Le nombre de ces ouvrages, et donc les pourcentages finaux ne sont qu’indicatifs par rapport à la masse globale des ouvrages dont nous connaissons l’existence par le titre, et restent plus qu’indicatifs par rapport au total réel dont nous ne savons rien.

Format des ouvrages et imprimés des ateliers Colomiès (1526-1610)

Le tableau nous donne à lire d’un coup d’œil une évolution nette du format de l’imprimé toulousain : nous passons des grands in-quarto aux petits in-12 de l’époque de pacification par le format in-octavo qui s’impose durant la période de parenthèse ligueuse [19]. La variété des formats est la plus riche lors de la première époque qui est celle de Jacques Colomiès. Cependant, le grand in-4 s’impose encore, du fait de l’édition de placards – religieux ou juridico-politiques notamment. 90 % de ce format est édité lors de cette époque. La deuxième période (à partir de 1569 et arrêtée abusivement en 1610, et recoupant cependant en grande partie la parenthèse ligueuse qui nous occupe) est celle du format in-octavo. Cependant, on voit avec les ateliers travaillant dans la période post-ligue (Veuve de Jacques 2, Raymond) une transition vers le format in-12. 57 % du format in-octavo, format le plus utilisé puisque représentant la moitié des ouvrages recensés dans le tableau, est édité majoritairement lors de la deuxième époque – sachant que cette période ne représente que 35 % des livres édités par la dynastie Colomiès. Enfin, dernière époque, le format in-12 s’impose (53 % de ce format est édité dans cette période, qui ne représente que 9 % des ouvrages recensés dans cette étude particulière).

Nos conclusions risquent d’être pauvres et décevantes : on passe des grands placards du début du siècle au petit format pratique d’un livre « de poche » lors de la pacification par le format « moyen » du livre lors de la période ligueuse. Précisons cependant : les placards disparaissent à partir de 1568, mais pas seulement parce qu’ils auraient été détruits par le fracas du temps (sinon, comment expliquer que nous n’en ayons pas de trace lors de la période pacifiée ?). Si ces placards continuent à exister, notamment pour des raisons juridico-politiques, il faut croire qu’ils sont alors imprimés ailleurs. Enfin, remarquons que nous passons du début du siècle, jusqu’en 1568, d’une véritable richesse de format à une réduction de ces formats autour d’un seul type : le in-8 durant la parenthèse ligueuse, le petit in-12 par la suite ; cela sans doute pour des raisons d’économie en temps, en papier, en argent. En un mot, nous pouvons penser que l’imprimerie toulousaine se réduit dans sa capacité à impression pour des raisons d’implosion politique et idéologique, mais aussi financières.

Éditions ou rééditions ?

Une autre étude, encore plus malaisée à traiter, consiste à tâcher d’identifier ce qui dans l’imprimé des ateliers en présence relève d’une édition originale ou d’une réédition. L’ampleur de ce travail considérable est l’une des causes d’un tableau qu’il ne faut considérer que de manière totalement indicative. Les chiffres sont les plus précis possibles, pour le nombre d’ouvrages que nous avons manipulés – certains provenant d’une étude déjà réalisée [20]. On remarquera encore une fois le nombre assez important d’ouvrages pour lesquels nous ne pouvons nous prononcer. Cependant, nous pouvons lire à partir de ce travail une ligne directrice assez claire.

Essai de répartition des imprimés de la dynastie Colomiès entre première édition ou réédition [21]

Il apparaît en effet assez clairement que la seconde époque de notre étude, période d’enfermement ligueur donc, est dominée par la réédition. Nous ne pouvons pas forcément donner de conclusion nette pour la première époque, du fait du si grand nombre d’ouvrages « indéterminés » ; mais parmi ceux qui sont identifiés, le nombre d’éditions originales prévaut sur celui des rééditions (avec un taux de 60 % / 40 %). Lors de la seconde époque, ce taux bascule avec un écart de 30 % pour les textes originaux et 70 % pour les rééditions. Enfin, lors de la troisième époque, le taux rebascule encore avec un écart de 74 % pour les originaux et 26 % pour les rééditions.

Nous pouvons conclure que d’une part la période ligueuse met Toulouse à la traîne d’une source d’information venue d’ailleurs ou d’un autre temps : réédition d’œuvres antérieures (parfois toulousaines, comme l’ouvrage de Georges Bosquet, passé du latin en 1562 au français en 1595) ou d’œuvres provenant d’une autre sphère que Toulouse. Ces rééditions légitiment pour le public toulousain le choix idéologique réalisé à Toulouse. Mais la seconde conclusion est que Toulouse a asséché par ce choix ce qui faisait sa spécificité, notamment la profusion d’ouvrages scientifiques ou juridiques de la première moitié du siècle. La perte en qualité, comme en quantité, d’auteurs et de livres mène lors de la dernière époque la ville à n’éditer de première main que des auteurs restés à Toulouse ou émanant de sa sphère d’idéologie, désormais devenue obsolète et marginale. Cela explique encore la perte de substance, quantitative comme qualitative de la place qui fut la troisième sur le siècle dans l’imprimé du royaume.

Évolution du nombre de pages

Cette nouvelle étude vise à étudier sur le temps long de la dynastie Colomiès, depuis son début en 1526 à la fermeture de l’atelier conjoint à la veuve de Jacques 2 et de Raymond en 1612, la longueur des imprimés issus de ses presses. La difficulté de cette entreprise est réelle : elle demande une importante manipulation ou une compilation de données malaisée. Mais nous parvenons à un résultat, que nous voulons là aussi présenter comme indicatif et non définitif, qui laisse interpréter quelques grandes conclusions. Nous lisons notamment une sorte de creux entre 1575 et 1593, époque où la ligue toulousaine se retrouve esseulée dans les États de Languedoc et dans le royaume, après avoir fermé la ville sur elle-même. Nous lisons également, à partir de 1593, un changement tout aussi important : après les moyennes les plus basses du siècle viennent celles qui en sont les plus élevées.

Moyenne en nombre de pages des imprimés de la dynastie Colomiès de 1526 à 1612

Nous avons remarqué lors de cette étude une importante absence de données autour de quelques années (1540, 1557-1561, 1571-1582) et un « plat » remarquable entre 1584 et 1592. L’interdépendance des relations entre atmosphère sociale et fonctionnement de l’industrie du livre reste patente pour l’ensemble de ces dates.

En réduisant aux trois ateliers dont l’activité chevauche période ligueuse et période de pacification, nous avons alors tenté de considérer l’évolution de la longueur de l’imprimé toulousain, ce qui nous permet d’identifier plus finement les rapports entre climat idéologique et réalité éditoriale. La date choisie de 1593 ne vient pas au hasard. Elle marque le passage d’un atelier, celui de Jacques 2, qui est dans la pleine continuité de son père, à celui de la veuve de Jacques 2, dépassé bientôt par l’atelier de Raymond Colomiès, plus moderne. Par ailleurs à cette date, le Parlement, les mandants du roi, les États de Languedoc et une partie de plus en plus importante de la population toulousaine, notamment marchande, marquent leur distance avec la stratégie d’enfermement idéologique de la ville aux mains de la famille Joyeuse et d’un improbable secours qui viendrait de l’Espagne catholique, enfermement qui n’a plus d’avenir politique et qui bloque l’économie et la société toulousaines.

Imprimeur Jacques 2 Raymond Veuve de Jacques 2
Dates 1572-1593 1588-1610 1593-1610
Longueur moyenne en pages jusqu’en 1593 22 (sur 21 imprimés) 24 (sur 13 imprimés) /
Longueur moyenne en pages à partir de 1593 88 (sur 5 imprimés) 315 (sur 14 imprimés) 140 (sur 18 imprimés)

Comparaison des longueurs de l’imprimé de trois ateliers de la dynastie Colomiès avant 1593 et après 1593

À la lecture de ce dernier tableau, il apparaît très nettement une nouvelle cassure dans l’imprimé toulousain avec une inflation du nombre de pages due à l’extinction des placards et très courts textes à valeur idéologique, et la venue d’ouvrages nouveaux, notamment théologiques, de très gros volume.

Répartition et brouillage typologique

Un autre point de l’étude consiste en l’identification des typologies éditées dans l’ensemble de l’imprimé toulousain, dont celui des Colomiès. Nous inspirant de quelques études générales fondées sur un grand nombre d’études de cas [22] comme de la disposition de bibliothèques de même époque, par exemple celle des Jésuites de Rodez admirablement traitée par Christophe Féral [23], nous avons répertorié les imprimés édités à Toulouse dont la manipulation ou les titres permettent un tel classement dans les grandes typologies : politique, religion, droit, sciences, littérature. On peut faire reproche d’anachronisme ou de manque de finesse à cette répartition en cinq grands thèmes, mais là encore la grille inventée – et créée sur la base des modèles cités – résiste à la critique dans la mesure où elle permet de lire la répartition typologique sur le temps long, et donc son évolution durant quatre périodes précises. Ces périodes, dont les trois premières sont quasiment isochrones, sont définies par les événements politiques les plus marquants du XVIe siècle toulousain : 1. 1500-1531 (première inquisition du livre), 2. 1532-1561 (début de la guerre civile), 3. 1562-1596 (pacification par l’édit de Folembray), 4. 1597-1610 (fin de l’étude de la dynastie Colomiès).

Périodes / séries Politique Religion Droit Sciences Littérature Total
1 = 1500-1531 18 – 9,4 % 77 – 40,3 % 50 – 26,2 % 5 – 2,6 % 41 – 21,5 % 191 (sur 235)
2 = 1532-1561 41 – 13,4 % 86 – 28,1 % 83 – 27,1 % 10 – 3,3 % 86 – 28,1 % 306 (sur 410)
3 =1562-1596 36 – 50,7 % 13 – 18,3 % 3 – 4,2 % 4 – 5,6 % 16 – 21,1 % 72 (sur 170)
4 = 1597-1610 18 – 20,4 % 38 – 43,2 % 3 – 3,4 % 3 – 3,4 % 26 – 29,5 % 88 (sur 140)

Répartition typologique des imprimés toulousains au XVIe siècle

On observe par ce tableau l’évolution globale des typologies imprimées à Toulouse, tant en volume global que par série, ainsi que le nombre d’ouvrages indiscernables – dont nous n’avons pas eu moyen d’identifier la typologie, notamment parce qu’elle n’entre franchement dans aucune des classes déclarées ou parce qu’elle fait sauter les frontières entre ces classes. C’est ce que nous appelons le brouillage typologique.

La répartition temporelle en quatre étapes choisie pour cette étude rappelle l’évolution globale du volume imprimé : un quasi doublement du premier tiers au second tiers du siècle ; puis un affaissement lors de la période ligueuse, et une industrie du livre qui ne parvient pas à retrouver sa puissance désormais passée.

Un histogramme permet de visualiser mieux l’évolution des cinq typologies sur ces quatre périodes :

Histogramme de la répartition typologique de l’imprimé toulousain, de 1500 à 1610.
De bas en haut : politique, religion, droit, sciences, littérature

À l’évidence, la période ligueuse rompt l’évolution naturelle de l’imprimé toulousain : les typologies juridiques et littéraires se développent, grignotant sur la partie « religieuse », comme pour amorcer une laïcisation des esprits. La partie religieuse est encore plus écrasée lors des… guerres de Religion, et la partie « politique » connaît une amplification hors-norme avec plus d’un ouvrage sur deux appartenant à cette thématique. Ces guerres ne sont pas tant religieuses qu’idéologiques, et le fanatisme fait disparaître les pans « laïcs » de l’imprimé. La partie « scientifique » qui semble résister est en fait due à quelques auteurs – pour les uns de pronostication ; pour les autres, de médecine. Enfin, la dernière époque du siècle voit l’effondrement du politique, le retour en force du « religieux » désormais illustré par des ouvrages volumineux, très longs, de théologiens pour beaucoup espagnols. La période ligueuse, encore une fois, s’identifie par une cassure des canons éditoriaux qui se mettent en place.

C’est lors de cette période que l’on ne peut référencer le plus grand nombre de textes, ainsi que l’illustre le schéma suivant. Pendant les soixante premières années du siècle, et malgré le cas extrême de perte physique d’ouvrage, il est possible encore d’identifier sa typologie par son titre. Nous tombons dans les trente années suivantes dans une zone de flou avec à peine plus de 40 % d’ouvrages dont nous pouvons donner la caractéristique nette. Ce brouillage typologique est extrêmement signifiant. Nous sortons d’un temps où le texte porte un objectif de savoir clair ; les limites sont dépassées et brouillées par ce que Marie-Madeleine Fragonard nomme la « fonction pamphlétaire ».

Taux d’identification typologique de l’imprimé toulousain entre 1500 et 1610

L’écrit de controverse sature l’imprimerie toulousaine. Polemos est véritablement la muse de la seconde moitié du XVIe siècle : il s’agit de châtier, flétrir, soumettre ou noyer les consciences, bien plus que de les éclairer [24]. La fonction pamphlétaire est partout, bien plus que genre ou typologie précise, mais « mode d’expression qui modifie éventuellement les codes habituels des genres littéraires [25] ».

Rétrécissement des canaux linguistiques

Une ultime enquête demeure : en quelle langue se développe cette fonction pamphlétaire ? Trois langues principales se trouvent à Toulouse. Le latin, langue du savoir et du pouvoir hérité de l’Église médiévale ; le français, langue d’oui, langue du pouvoir laïcisé autour du roi de France, et entrant en force à Toulouse depuis l’instauration du parlement en 1444 comme par le développement des canaux commerciaux et la perte d’identité de pouvoirs autonomes toulousains ; l’occitan, langue d’oc, langue civile et quotidienne du petit peuple comme des marchands et des élites toulousaines, langue de la longue mémoire de l’histoire et de la civilisation des comtes Raimond. Il y a double conflit linguistique à Toulouse.

L’étude des langues employées dans l’imprimé toulousain permet d’observer que ce double conflit est bien plus complexe que ce qu’il paraît. Nous avons ici traité l’ensemble des textes recensés – dont ceux édités par la dynastie Colomiès – sur la base du choix linguistique qui est fait dans leur production, établis en quatre époques que nous avons distinguées sur des bases spécifiques. Nous avons en effet souhaité faire un effet de zoom sur deux périodes précises qui sont les deux tournants de l’évolution politique toulousaine : les années 1551-1561 d’une part, et les années 1600-1617 de l’autre. Nos répartitions ne sont plus isochrones ici. La première bande temporelle représente la première moitié du XVIe siècle ; la seconde, sa décennie centrale qui mène à la déflagration des guerres civiles et à l’enfermement ligueur, troisième bande, qui se veut l’édification de la spécificité toulousaine ; enfin, la quatrième et dernière bande représente la première génération issue de la pacification, années de libertinage que nous avons par ailleurs étudiées [26].

Évolution des trois grandes langues (latin, ligne du haut dans la bande de gauche ; français, ligne médiane ; occitan, ligne du bas) employées dans l’imprimé toulousain de 1500 à 1617

Ce schéma nous permet de lire la présence du double conflit. De la première époque à la seconde, le latin perd près de 20 % de présence au profit du français, mais également sensiblement de l’occitan. L’occitan, vecteur de catéchèse ou de pastorale puisque langue du peuple, devient aussi langue laïque, d’invention littéraire moderne et nationale – avec un usage qui peut être nationaliste de même que le français s’en réclame à même époque. De la deuxième à la troisième époque, le latin subit un écrasement inédit dans l’imprimé français, mais l’occitan également : le vecteur de langue française connaît donc un pic assez considérable pour représenter 85 % de l’imprimé sur près de 40 ans. Enfin, la dernière époque voit un rééquilibrage des deux grandes langues d’érudition, le français curieusement retombant à moins de 70 %, le latin curieusement remontant à près de 25 %, l’occitan se redressant à 10 % de l’imprimé dans un moment de création littéraire spectaculaire. Le double conflit n’est jamais entre les deux mêmes protagonistes dans ce ballet à trois voix. Il s’agirait plutôt d’un tressage fonctionnel à trois bandes. Le latin perd de son statut de langue d’érudition absolue au profit du français et se cale définitivement dans la typologie théologique qui se développe volumineusement au début du XVIIe siècle. Le français mange sur toutes les typologies au détriment du latin, mais aussi de l’occitan : l’invasion extrême de ce canal linguistique lors des 40 années de parenthèse ligueuse est cependant tempérée lors de la période suivante, et par le latin qui reprend ses droits dans le canal religieux et par l’occitan qui rééquilibre vers la langue toulousaine une dérive idéologique qui n’aura été développée qu’en français. L’usage presque absolu de ce canal linguistique aura montré le déracinement identitaire de l’idéologie ligueuse à Toulouse, et a pour corollaire un retour important du vecteur occitan [27], signe d’une réappropriation par Toulouse de sa véritable – et complexe – identité.

Textes courts, occasionnels, textes à fonction informative et pamphlétaire, canards

On comptabilise depuis l’origine de l’imprimé toulousain un certain nombre de placards comme des extraits de la Bible (17 placards religieux sous Jacques 1, 2 encore dans l’atelier de la veuve de Jacques 2), mais le placard à caractère religieux tend à disparaître dans les années 1559. De 1562 à 1567, on peut identifier quatre placards d’ordre juridico-politique, mais guère plus religieux. La fonction pamphlétaire s’est emparée de l’imprimé, notamment au sein de la dynastie Colomiès, à partir des années 1550.

Cent-deux textes courts entre 1550 et 1610

Nous donnons en annexe de cet article la liste des cent-deux textes courts recensés dans les ateliers Colomiès à partir des années 1550. On y trouve grand nombre de textes juridico-administratifs (édits du roi, déclarations, arrêts de cour, mémoires de fermiers généraux, remontrances, lettres patentes, ordonnances, règlements généraux, …), mais également des bulles d’excommunication, des textes de fondation de confréries, et même quelques in-4 des pièces de Ronsard, le « poète tonsuré » venu chercher auprès d’un de ses protecteurs et amis Pierre de Paschal une Minerve aux jeux de mai de Toulouse…

Nombre de textes courts édités dans les huit ateliers de la dynastie Colomiès, de 1550 à 1612

Nous avons identifié au sein de cette liste 36 textes courts relevant plus particulièrement intéressant du fait de leur fonction pamphlétaire, ou informative et pseudo-informative (canard, occasionnel). Le tableau suivant renseigne ces textes, par le numéro d’ordre chronologique dans l’annexe finale, l’origine de l’atelier et sa date d’impression, son titre et parfois son auteur, et enfin le type de format et la pagination.

No  Imprimeur Date Titre Type
2 Jacques 1 1554 Prognosticatio nouvelle pour L’an Mil cinq cens cinquante quatre, composée sur le meridien de Tolose par M. Frager Riviere Docteur en Médecine. In-8, 8 p.
29 Arnaud & Jacques 2 1577 Discours Sur Ce Que Menace Devoir advenir la Comete apparue le xii. du mois de Novembre 1577. laquelle se voit encore à Lyon, et autres lieux. Dedié à Monsieur de la Mame, Chevalier de l’Ordre du Roy, Capitaine de trois cens cinquante hommes de guerre à pied François, Colonnel des legionnaires au Marquisat de Saluces, Gouverneur pour sa Maiesté en la Citadelle de Lyon, Commandant en ceste Ville en l’absence de Monseigneur de Mandelot. In-8, 32 p.
34 Jacques 2 1584 Histoire Sanguinaire, Cruelle Et Emerveillable, d’une femme de Cahors en Quercy pres Mõtaubã qui desesperée par le mauvais gouvernement et menage de son mary, et pour ne pouvoir apaiser la famine insupportable de sa famille, massacra inhumainement ses deux petits enfans. Et consecutivement sondict mary, pour lesquelz Meurdres, elle fut executée à mort par ordonnance de iustice le cinquiesme iour de Feburier, mil. vc. iiii. xx trois dernier passé. Avec la Remonstrance qu’elle fit publiquement, au dernier supplice, sur le devoir des hommes mariez, envers leurs Femmes et enffans. Imprimé suivat la Copie imprimée à Tholouze In-8, 14 p.
36 Jacques 2 1587 Copie d’une lettre, contenant le discours au vray de la deffaicte de douze enseignes Suisses Bernois, pres Grenoble, en Daulphiné, le mercredy dix neufiesme iour d’Auost, l’an 1587. Prinse sur la copie imprimée à Lyon. In-8, 8 p.
37 Jacques 2 1587 La Deffaicte De Trois Cornettes De Reistres, par commandement de Monseigneur le Duc de Guise. Prinse sur la copie imprimée à Paris. In-8, 8 p.
38 Jacques 2 1587 Discours de la nouvelle Defaicte Des Reistres Pres Montargis, par monseigneur le Duc de Guyse. A Tolose Par Iaques Colomiez. Prins sur la Coppie Imprimée A Paris. In-8, 14 p.
39 Jacques 2 1588 Copie d’une lettre envoyée de Dieppe sur la rencontre des armées d’Espaigne et d’Angleterre, et de la victoire obtenue par les Espagnols. Ensemble le nombre des vaisseaux prins par les dictz espagnols et ceux mis en fonds avec les noms des capitaines. Prinse sur la copie imprimée à Paris. In-8, 8 p.
40 Jacques 2 1588 La harangue Faicte Par Le Roy Henry Troisesme, De France Et De Polongne, à l’ouverture de l’assemblée des Trois Estats generaux de son Royaume, en la Ville de Bloys, le seiziesme iour d’Octobre, 1588. In-8, 8 p.
41 Jacques 2 1588 Harangue Au Roy tres-Chrestien, Faite A Chartres. Par Monseigneur Don Bernardin de Mendoca, Ambassadeur pour le Roy d’Espagne vers sa Majesté. In-8, 8 p.
44 Raymond 1588 Les Signes Merveilleux Apparus Sur La Ville, et Chasteau de Blois, en la presence du Roy, et de l’assistence du peuple. A Tolose. Prins sur la Coppie imprimé à Paris. In-8, 14 p.
48 Jacques 2 1589 Discours De Deux Belles Defaictes Des Ennemis executés en Chãpagne et Bourgogne. Par les Sieurs de Hautefort, de Fervaques, de Gionuelle, et autres Capitaines, le 23. iour d’Avril, 1589 In-8, 16 p.
49 Jacques 2 1589 Discours véritable De L’Estrange Et Subite Mort de Henry de Valois, advenue par permission divine, luy estant à Saint Clou, ayant assiègé la ville de Paris, le Mardy premier jour d’Aoust, 1589. Par un Religieux de l’ordre des Iacobins. In-8, 12 p.
50 Jacques 2 1589 Discours Veritable De La Prise Du Comte de Soissons, avec la deffaicte de ses troupes et celles de Laverdin. Par Monseigneur le Duc de Mercœur. In-8, 16 p.
51 Jacques 2 1589 Les Furies De L’Enfer Nouvellement Erige A Bloys. Les Lys s’en sont alles : le seul nom y demeure Encores non entier mais deschiré de tous Les deux couronnes d’or, sont s’en-dessus-dessous La derniere l’attend en la basse demeure. In-8, 12 p.
52 Jacques 2 1589 Defaicte. Veritable Sur les troupes du Roy de Navarre, le Ieudy 21. Septembre, 1589. Par Monseigneur le Duc de Mayenne, Lieutenant general de l’Estat Royal et Couronne de France. In-8, [8] p.
55 Jacques 2 1589 Lettre D’Un Gentil-Homme François escrites à Tours, le 29 Avril. 1589. Envoyées à ung Seigneur Catholique de la ville de Paris. Contenant au vray, l’estat et succez des entreprinses, de Henry de Valois, contre l’Eglise Catholique : et la Tyrannie par luy exercee sur les Catholiques de Tours. Pour servir d’exemple, aux villes qui le recevront. In-8, 14 p.
56 Jacques 2 1589 La Levee Et Routte Du Siege De La Ville D’Orléans, avec la prinse de la Citadelle. Par Monseigneur le Chevalier d’Aumalle. In-8, 14 p.
60 Jacques 2 1589 La Nouvelle Deffaicte, Obtenue sur les trouppes d’Henry de Valois, dans les Fauxbourgs de Tours, le huictiesme May, 1589. Par Monseigneur le Duc de Mayenne, Pair et Lieutenant general de l’estat Royal et Couronne de France. In-8, 16 p.
64 Jacques 2 1589 Response Du Peuple Catholique De Paris, Aux Pardons de Henry de Valois, semez par ses Ministres. In-8, 8 p.
65 Jacques 2 1589 Brief discours de la defaicte de l’armée de Henry de Bourbon. [vraisemblablement sur la copie de Lyon, Jean Patrasson : Brief discours de la defaicte de l’armee de Henry de Bourbon, jadis roy de Navarre, devant la ville de Pontoise] In-8, 6 p.
66 Jacques 2 1589 Les Signes Merveilleux Apparus Sur La Ville, et Chasteau de Blois, en la presence du Roy, et de l’assistence du peuple. A Tolose. Prins sur la Coppie imprimé à Paris. In-8, 8 p.
68 Raymond 1589 [Antoine de La Pujade (ou) P. Barilhard] Discours du Siege mis par les Huguenots devant le passage d’Agen, au mois de juillet 1589, vaillamment soutenu contre eux par M. le Marquis de Villars. In-8, [8] p.
69 Raymond 1589 Brief discours de la deffaicte de Henry de Bourbon. In-8, 6 p.
70 Raymond 1589 Coppie. Certaine Des Lettres Nouvellement Arrivez De Paris en Tolose le lundy 14. Aoust de la mort tres q’uasseurée du Tyrant Henry troiesme dernier des Valois. Et nunc Reges intelligite erudimini qui iudicatis erram Servite Domino in timore et exultate ei cum timore. In-8, 8 p.
71 Raymond 1589 La Deffaicte Des Trouppes des Reistres et Lansquenets. Expolictee par Messieurs de Clermont, Melly et Gouyouvelle, Gouverneur de Chaumont en Bassigny, au nom des princes de l’Union pres de Langres. Avec la prinse du Chasteau de Iamets faicte par Monseigneur le Duc de Lorraine, et autre Chasteau du Baron de Luts, prins par Monsieur de Nemours. In-8, 8 p.
72 Raymond 1589 Discours Deplorable Du Meurtre et assassinat, traditoirement comis et perpetré en la Ville de Blois. Les Estatz tenant. De treshaut, tres-puissant, et tres-catholique, feu Henry de Lorraine Duc de Guyse, Per et grand Maistre de France, le vendredy vingt-eroisieme [sic] iour de Decembre, 1588. In-8, 12 p.
73 Raymond 1589 Epitaphe Sur La Mort De Frere Iacques Clement Iacobin qui feust tué en tuant Henry de Valois. In-8, 8 p.
74 Raymond 1589 Le Faux-Visage Descouvert Du Fin Renard de la France. A Tous Catholiques unis, et sainctement liguez pour la defence, et tuition de l’Eglise Apostolique et Romaine, contre l’ennemy de Dieu ouvert et couvert. Ensemble quelques, Anagrames et Sonnets propres pour la saison du iourd’huy. Par sort il est escheu en partageaux Tyrans Porter envie aux bons, et meurtrir les vaillants. In-8, 30 p.
76 Raymond 1589 Regrets Et Soupirs Lamentables de la France, sur le trespas de tres-haut tres-valeureux Seigneur, Monseigneur le Duc de Guyse, Pair, et grand Maistre de France […] In-8, 16 p.
77 Raymond 1589 Requeste Presentee A Messieurs de la Court de Parlement de Paris, Par madame de Guyse. Pour informer du massacre et assassinat commis en la personne de feu Monseigneur de Guyse. In-8, 16 p.
79 Raymond 1589 La Trahison Descouverte Des Politiques De La Ville de Rouen. Contenant un discours veritable de ce qui s’est faict et passé en ladicte ville, le Mercredy et Ieudy 8. de ce present mois de Iuin. Avec les noms des Capitaines qui avoyent conspiré à l’encontre de la saincte Union. In-8, 12 p.
80 Raymond 1589 [Bernardin de Mendoza] La Victoire Du Roy Catholique Contre L’Anglois en Espagne. Contenant la deffaicte de quinze mille hommes et de quarante Navires des plus grandes. Suyvant les Memoires qu’en a receu l’Illustrissime Ambassadeur d’Espagne Don Bernardin Mendoza. In-8, 24 p.
83 Jacques 2 1590 Le Martyre Et Cruelle Mort Du Prieur Des Iacobins De Paris, faict à Tous le vingt-troisiesme de Fevrier, 1590. Ensemble la cruauté faicte envers une Dame devote et sa chambriere, dans ladicte ville de Tours. A Tolose, Par Colomiez, Prins sur la coppie Imprimée à Orleans, pour Iaques Lucas In-8, [8] p.
87 Raymond 1590 Discours Veritable De L’Entreprise sur Troyes a demy prise, par les heretiques et Henritiquemet Catholiques : mais reprise par la toute puissante misericorde de Dieu, Dieu des Catholiques, et ce en moins d’une heure et demy, à la Diane, le 17. Septemb. mil cinq cens quatre vingts dix. Prins sur la coppie Imprimée à Troys. Avec permission. In-8, 8 p.
90 Jacques 2 1592 Bref Discours Des Choses Plus Memorables Advenues En la ville de Rouen, durant le Siege mis devant icelle par Henry de Bourbon, pretendu Roy de Navarre : valeureusement soustenu l’espace de quatre mois par les habitans de ladicte ville, sous la conduicte de Monseigneur Henry de Lorraine, des sieurs de Villars, de Gessans, et autres vaillants Capitaines : jusqu’au 20. de Fevrier 1592. que l’armée Heretique leva le Siege à l’arrivée de l’armée Catholique, conduicte par Messeigneurs des Ducs de Parme, de Mayenne, Sfondrato, de Guyse et d’Aumalle. Pris sur la coppie Imprimée à Lyon. Par Louys Tantillon. In-8, 36 p.
91 Raymond 1596 Discours Merveilleux Et Espouvantable D’Un terrible signe et accident advenu en la ville de Cambray, ensemble l’apparution de deux merveilleux Dragons, l’un d’iceux avoit trois trestes qui iettoit feu et flamme, l’autre parroissoit marqué de plusieurs coulours, lequel avoit sur la crouppe un jeune Enfans qui avoit sans cesse les yeux au Ciel, comme il a esté raporté à Paris par ceux de ladicte Ville, dont plusieurs Espaignols et Vallons ont pensé estre bruslés, et beaucoup des habitans de ladicte Ville ont eu grand peur, de voir le feu par si grande impetuosité, avec un grand tremblement de terre, advenu le quatorzieme jour d’Avril. 1596. Suyvant la copie Imprimée à Paris. In-12, 8 p.

L’ensemble de ces textes est en français ; pour la quasi-totalité, nous le verrons, de source non toulousaine et n’appartenant à aucun des « pouvoirs » politiques ou administratifs de cette ville (capitoulat, parlement, Etats de Languedoc) ni même religieux (si importantes confréries séculières ou régulières). On peut enfin, même si les lisières entre sous-genres sont très ténues, reconnaître trois sortes de typologies à ces textes courts : textes informatifs de nature politique ou militaire ; textes traitant de la mort de personnages fondamentaux dans le déroulement de la guerre civile (Henri III, Guise, Jacques Clément) ; textes dont la nature n’est plus politique, ou idéologique en premier lieu, mais relève d’une rhétorique de l’irrationnel, déconnectée de faits réels ou traitant – ce sera le cas de l’unique véritable canard toulousain – d’un événement incongru et réduit, en l’occurrence l’Histoire Sanguinaire, Cruelle Et Emerveillable, d’une femme de Cahors en Quercy (texte 34).

Textes informatifs, politiques et militaires

Une moitié des textes sélectionnés à partir de la liste des cent-deux textes courts (environ 16 sur 36) sont des plaquettes informatives sur des faits militaires, plaquettes resserrées dans le temps puisque l’on en compte trois de l’année 1587, un en 1588, onze en 1589 et une dernière en 1592. La plupart sont des copies jouxtes (sur des originaux publiés à Lyon : textes 36, 65, 90, ou Paris : textes 37, 38, 39) : les deux textes parmi les plus anciens (1587 et 1589) explicitent précisément dans leur titre Copie d’une lettre.

Aucun de ces textes ne parle de batailles ou de combats dans la zone parlementaire toulousaine. L’imprimé toulousain semble fasciné par l’histoire nationale : « près Grenoble » (texte 36), « près Montargis » (texte 38), « Chãpagne et Bourgogne » (texte 48), « ville d’Orléans » (texte 56), « faubourgs de Tours » (texte 60), « ville de Pontoise » (texte 65), « près de Langres » (texte 71), « Ville de Rouen » (texte 79), « sur Troyes » (texte 87), « ville de Rouen » (texte 90)… Toulouse ne s’approprie pas l’épopée guerrière – ou la triviale réalité des combats rehaussée par le fait poétique – qui se déroule pourtant, semaine après semaine, dans l’immense territoire toulousain et languedocien… à part le texte 68, unique en son genre, versifié et sans doute dû à un jeune poète agenais cherchant à vendre sa plume à un chef guerrier [28]. Dans ce cas, la versification est davantage travail de poète, demeuré sans suite par ailleurs (l’auteur, Antoine de la Pujade se considère d’ailleurs comme « bordelois » et nullement toulousain), et non mise en relief à valeur idéologique à la demande d’une communauté. On ne voit donc nul auteur toulousain. Le seul personnage ayant éventuellement relation à la région toulousaine est le marquis Claude de Villars qui apparaît dans les textes 68 (bataille d’Agen) et 90 (siège de Rouen), qui commande les armées de la Ligue dans la Guyenne et l’Agenais à la demande du parlement de Toulouse [29] et dont le frère, Nicolas, est nommé en 1589 évêque d’Agen (ville de Guyenne et non de Languedoc dont Toulouse est capitale).

On lit au travers de la rhétorique lexicale employée la haine pour le camp du « prétendu Roy de Navarre », associé à l’étranger, à la traîtrise (« reistres », « Suisses Bernois », « lansquenets ») comme pour le camp de Henri de Valois. Tout au contraire s’exprime la mise en valeur des armées de la Ligue commandée par leurs « vaillants capitaines », aidées par l’Espagne et son grand « Roy catholique » (texte 80). Le titre du texte 87 est particulièrement éclairant sur cette dichotomie : Discours Veritable De L’Entreprise sur Troyes a demy prise, par les heretiques et Henritiquemet Catholiques : mais reprise par la toute puissante misericorde de Dieu, Dieu des Catholiques, et ce en moins d’une heure et demy. Fausse religion et hérésie d’un côté, main de Dieu et miracle guerrier de l’autre.

Textes ultra-ligueurs pointant un personnage fondamental, avant tout dans le moment dramatique de sa mort

Une autre moitié de ces trente-six textes est consacrée à l’information politique qui enflamme Toulouse contre le roi et survalorise le camp des Guise au moment de leur assassinat, puis à son tour de la vengeance de cet assassinat par le meurtre du roi commis par Jacques Clément. Ces textes sont évidemment concentrés sur l’année 1589, mais deux d’entre eux appartiennent à l’année 1588 (textes 40 et 41). Le premier est le seul à être réellement informatif : il s’agit de la harangue royale lors de l’ouverture de l’assemblée des États généraux à Blois, en 1588. Le second neutralise aussitôt ce texte politique : il s’agit d’une véritable contre-harangue de la part de Bernardin de Mendoza, qu’un autre texte informatif de 1589 nomme « Illustrissime Ambassadeur d’Espagne » (texte 80), c’est-à-dire par une mention le survalorisant pour le lectorat toulousain ultra-ligueur. Trois autres textes démontrent l’état de fanatisation à l’encontre du roi Henri III. Les Lettre D’Un Gentil-Homme François escrites à Tours, le 29 Avril. 1589. Envoyées à ung Seigneur Catholique de la ville de Paris. Contenant au vray, l’estat et succez des entreprinses, de Henry de Valois, contre l’Eglise Catholique : et la Tyrannie par luy exercee sur les Catholiques de Tours. Pour servir d’exemple, aux villes qui le recevront (texte 55) et la Response Du Peuple Catholique De Paris, Aux Pardons de Henry de Valois, semez par ses Ministres (texte 64). Le troisième, bien plus long (trente pages) fonctionne en une longue métaphore où nous abdiquons des faits réels pour entrer dans un conflit entre Bien (la sainte ligue) et Mal (le roi rusé, le tyran) : Le Faux-Visage Descouvert Du Fin Renard de la France. A Tous Catholiques unis, et sainctement liguez pour la defence, et tuition de l’Eglise Apostolique et Romaine, contre l’ennemy de Dieu ouvert et couvert. Ensemble quelques, Anagrames et Sonnets propres pour la saison du iourd’huy. Par sort il est escheu en partageaux Tyrans Porter envie aux bons, et meurtrir les vaillants (texte 74).

Les autres textes traitent de la mort brutale de deux protagonistes de premier plan de la guerre civile, le duc de Guise et le roi Henri III, puis de celle de Jacques Clément. Trois textes, parmi les plus longs (deux d’entre eux ont seize pages) exposent le meurtre d’Henri de Lorraine, duc de Guise (textes 72, 76 et 77) : Regrets Et Soupirs Lamentables de la France, sur le trespas de tres-haut tres-valeureux Seigneur, Monseigneur le Duc de Guyse, Pair, et grand Maistre de France (texte 76) ; Requeste Presentee A Messieurs de la Court de Parlement de Paris, Par madame de Guyse. Pour informer du massacre et assassinat commis en la personne de feu Monseigneur de Guyse (texte 77) ; Discours Deplorable Du Meurtre et assassinat, traditoirement comis et perpetré en la Ville de Blois. Les Estatz tenant. De treshaut, tres-puissant, et tres-catholique, feu Henry de Lorraine Duc de Guyse, Per et grand Maistre de France, le vendredy vingt-eroisieme [sic] iour de Decembre, 1588 (texte 72). Deux autres, plus courts (douze et huit pages) exposent la mort du roi Henri III : Discours véritable De L’Estrange Et Subite Mort de Henry de Valois, advenue par permission divine, luy estant à Saint Clou, ayant assiègé la ville de Paris, le Mardy premier jour d’Aoust, 1589. Par un Religieux de l’ordre des Iacobins (texte 49) et Coppie. Certaine Des Lettres Nouvellement Arrivez De Paris en Tolose le lundy 14. Aoust de la mort tres q’uasseurée du Tyrant Henry troiesme dernier des Valois. Et nunc Reges intelligite erudimini qui iudicatis erram Servite Domino in timore et exultate ei cum timore (texte 70). Un troisième se rattache à cet événement, mais de manière non informative et irrationnelle : Les Furies De L’Enfer Nouvellement Erige A Bloys. Les Lys s’en sont alles : le seul nom y demeure Encores non entier mais deschiré de tous Les deux couronnes d’or, sont s’en-dessus-dessous La derniere l’attend en la basse demeure (texte 51). Deux autres courts textes (huit pages chacun) traitent de la mort du régicide Jacques Clément : Epitaphe Sur La Mort De Frere Iacques Clement Iacobin qui feust tué en tuant Henry de Valois (texte 73) et Le Martyre Et Cruelle Mort Du Prieur Des Iacobins De Paris, faict à Tous le vingt-troisiesme de Fevrier, 1590. Ensemble la cruauté faicte envers une Dame devote et sa chambriere, dans ladicte ville de Tours (texte 83, copie jouxte d’une édition faite à Orléans).

Une lecture du choix lexical de ces huit titres dessine une fracture binaire et irréconciliable dans le registre moral et théologique entre les catégories du Bien et du Mal :

Duc de Guise (le Bien) Henri de Valois (le Mal) Jacques Clément (le Martyr)
Regrets Et Soupirs Lamentables de la France (76) ; Discours Deplorable (72) Discours véritable (49) ; Lettres (70) Epitaphe (73)
trespas (76) ; massacre et assassinat (77) ; massacre et assassinat traditoirement comis (77) Estrange Et Subite Mort de Henry de Valois, advenue par permission divine (49) ; mort tres qu’asseurée (70) Martyre Et Cruelle Mort […] cruauté faicte envers […] (83)
tres-haut tres-valeureux Seigneur, Monseigneur le Duc de Guyse, Pair, et grand Maistre de France (76) ; treshaut, tres-puissant, et tres-catholique, feu Henry de Lorraine Duc de Guyse, Per et grand Maistre de France (72) Henry de Valois (49) ; Tyrant Henry troiesme dernier des Valois (70) Frere Iacques Clement Iacobin (73) ; Prieur Des Iacobins De Paris […] Dame devote (83)

Textes effroyables et merveilleux

La dernière sous-catégorie des courts textes imprimés entre 1562 et 1610 relève du merveilleux et mêle à l’information donnée – en ce temps considérée comme scientifique, comme pour la pronostication (texte 2) – les signes de l’irrationnel et d’une rhétorique de l’émotion la plus intense : il s’agit des textes 2 (Prognosticatio nouvelle…), 29 (Discours sur ce que menace… la comète), 34 (Histoire sanguinaire, cruelle et emerveillable d’une femme de Cahors…), 44 et 66 (Les signes merveilleux apparus sur la ville et le château de Blois) et 91 (Discours merveilleux et épouvantable d’un terrible signe et accident…) auxquels on peut adjoindre trois textes dont les lisières entre l’informatif militaire, le commentaire idéologique et le merveilleux sont poreuses. Il s’agit des textes 87 (Discours Veritable De L’Entreprise sur Troyes a demy prise, par les heretiques et Henritiquemet Catholiques : mais reprise par la toute puissante misericorde de Dieu, Dieu des Catholiques, et ce en moins d’une heure et demy), 51 (Les Furies De L’Enfer Nouvellement Erige A Bloys…) et 74 (Le Faux-Visage Descouvert Du Fin Renard de la France. A Tous Catholiques unis, et sainctement liguez pour la defence, et tuition de l’Eglise Apostolique et Romaine, contre l’ennemy de Dieu ouvert et couvert. Ensemble quelques, Anagrames et Sonnets propres pour la saison du iourd’huy. Par sort il est escheu en partageaux Tyrans Porter envie aux bons, et meurtrir les vaillants) – texte plus long, de trente pages.

Le texte 2 prédit que l’année 1554 verra la destruction de « la grand’secte tyrannique » au moment où elle semblera triompher, annonçant en cela de la part de ce « médecin » la lecture d’une actualité violente et définitivement radicale [30]. Outre ce texte, qui dans son titre n’annonce rien d’effroyable, se situant dans la longue série des prognostications étudiées par exemple par Claude-Gilbert Dubois [31], quatre autres textes se rattachent à la science de la prognostication ou à celle de la lecture des signes célestes : les textes 29 (daté de 1577, copie jouxte d’un original lyonnais [32]), 44 et 66 (copies jouxtes de l’édition parisienne, éditée en 1588 par Raymond Colomiès, puis en 1589 par Jacques 2 Colomiès) et enfin le texte 91, dernier de notre liste. Le Discours sur… la comète ; Les signes merveilleux apparus sur la ville et le château de Blois – édité à deux reprises la même anné – ; le Discours merveilleux et épouvantable… [avec] l’apparution de deux merveilleux Dragons… mêlent l’effroi de signes célestes – donc divins – à la sphère des préoccupations politiques et quotidiennes du temps. L’effroyable et le merveilleux cosmologique ont certes un rapport direct avec la politique royale : les signes s’amoncellent au-dessus de la résidence royale [33] (textes 44, 51 et 66) et sont révélations infernales (Furies de l’Enfer… et encore merveilleux dragons pour le texte 91 qui fait référence à la bataille de Cambrai, gagnée par l’Espagne contre une coalition anglo-française, dernier acte de la « Guerra de Françia [34] » et crépuscule de la ligue en France, en général, et à Toulouse, en particulier). On observe qu’à partir des années 1589-1590 les éléments « effroyables », « sanguinaires » et « merveilleux » vont fusionner avec les informations militaires et politiques, les lectures célestes. Notons qu’au-delà de ces textes courts, Jacques 2 Colomiès édite en 1591 un grand in-4 de 180 pages où résonne plus amplement la même tonalité [35].

L’unique texte de notre série pouvant entrer dans la catégorie des canards est évidemment le texte 34 : l’Histoire Sanguinaire, Cruelle Et Emerveillable d’une femme de Cahors en Quercy pres Mõtaubã éditée en 1584 par Jacques 2 Colomiès. Ce texte isolé dans l’imprimé toulousain, texte étrange, déconnecté de toute réalité politique, religieuse comme de toute signification emblématique, aura une large reconnaissance éditoriale [36]. On note que l’unique édition toulousaine disponible marque « imprimé suivant la Copie imprimée à Tholouze », ce qui laisse entendre une édition précédente, datable de 1583 [37]. Ce succès éditorial est le seul texte faisant vraiment référence à la géographie du proche toulousain, usant de toute la rhétorique émotive propre au canard.

Une hypothèse serait de le lire comme un épigone éditorial à rattacher à la sphère idéologique ultra-ligueuse toulousaine. Cette Histoire Sanguinaire, Cruelle Et Emerveillable, d’une femme de Cahors en Quercy – dont le titre rappelle la proximité à Montauban, grande rivale protestante de Toulouse –, a pour racine le désespoir du personnage principal, la femme, héroïne et victime. La cause de ce désespoir est le mauvais gouvernement et menage de son mary. La conséquence de ce « mauvais gouvernement » que l’on peut subliminalement lire comme un mauvais gouvernement du père protestant mène à une guerre civile interne à l’équilibre matrimonial et familial. La femme, en effet, « pour ne pouvoir apaiser la famine insupportable de sa famille, massacra inhumainement ses deux petits enfans. Et consecutivement sondict mary –, pour lesquelz Meurdres, elle fut executée à mort par ordonnance de iustice ». Mais au-delà ou au-dessus de la justice humaine, la femme parvient à donner la morale de l’histoire « Avec la Remonstrance qu’elle fit publiquement, au dernier supplice, sur le devoir des hommes mariez, envers leurs Femmes et enffans ». Le canevas de cet unique canard que l’imprimé toulousain conserve peut ainsi se lire à la lumière de la sphère idéologique qui enferme Toulouse pendant près de trente ans.

L’étude des courts textes de l’imprimé toulousain nous amène à un certain nombre de conclusions. La première est leur concentration sur une période précise de la vie politique toulousaine. Le format de ces textes (court volume, rétrécissement à l’in-8, contenu idéologique monolithique et radicalisé) est d’autant plus identifiable que l’on a observé un changement assez net au sortir de la parenthèse ligueuse, dès 1593 mais plus explicitement dès le début du XVIIe siècle – jusqu’à la fin de notre étude, en 1610.

Seconde observation : l’enfermement de Toulouse sur sa propre doctrine ultra-ligueuse se fait au détriment de ce que la ville peut développer en termes de contenu politique, historique, scientifique, littéraire propre. La quasi-totalité des courts textes sont issus de sources extérieures à l’orbe toulousaine ou sont des éditions jouxtes. L’un des rares textes à échapper à cette tendance majoritaire est le « fameux » canard de l’Histoire Sanguinaire, Cruelle Et Emerveillable, d’une femme de Cahors en Quercy qui restera de manière assez surprenante l’un des canards les plus édités de son temps [38]. On a pu tenter à la lumière du comportement idéologique global toulousain une lecture plus métaphorique de son contenu. Les courts textes glissent de l’informatif vers l’irrationnel. Nous lisons à ce sujet une perte de repères triste et troublante, mais tout autant dangereuse pour la population toulousaine et sa santé politique et économique. Un témoin de seconde main, le capitoul-annaliste Germain Lafaille, rappellera ce temps flottant de rupture de sens entre le moment de l’acmé de la ligue, en 1589, et celui de sa dissolution, sept ans plus tard, lors de la pacification forcée :

Nous allons entrer dans une année [1589], que de grands mouvemens & des catastrophes sanglantes rendent une des plus signalées de l’Histoire de Toulouse. […] On ne voyoit qu’attroupements dans les ruës parmi un murmure universel. Les prédicateurs tonnoient & foudroyoient dans les Eglises. […] La faction de la ligue avoit gagné la plus grande partie des esprits ; en sorte qu’en toutes les assemblées, pour un Politique on comptoit au moins six Ligueurs [39].
… ce fut l’effet d’une estrange variation, quand ce Moine, qu’on avait traité de Saint du paradis en 1589 fut traité en 1596 de parricide & de monstre sorti de l’Enfer [40].

Le projet ligueur qui a tenu toute une ville et figé son imprimerie de longues années est réduit par la force par le nouveau roi haï, devenu Henri IV. L’autisme ligueur est dissous mais aura des conséquences irrémédiables sur la santé de l’imprimé toulousain.

Dernière observation : l’imprimé révèle bien le flux de santé économique et politique de la ville. Troisième centre français en ancienneté, qualité et quantité, véritable métropole industrielle et capitale du Sud du royaume, Toulouse ne se relève pas de l’enfermement fanatique ultra-catholique. Prisonnière de sa longue histoire, revisitant contre sa propre identité la leçon du vainqueur des années 1209-1229, elle fait le pari de l’allégeance à un modèle gothique unilatéral : une religion universaliste surplombant toute construction politique. Elle écrase les innovations juridiques que son imprimerie a, durant soixante ans, disséminé dans tout le royaume et au-delà. La « fonction polémique » développée unilatéralement par l’idéologie fanatisée toulousaine sera fatale à la Renaissance que Toulouse a vu naître un siècle auparavant et que l’imprimerie a accompagnée. Elle sera fatale à son imprimé. On verra à partir de l’édit de Folembray un redéploiement dans la théologie (de nature espagnole, et dans la langue et dans la rhétorique) et la poésie (notamment de langue occitane). Ces deux typologies sont deux manières distinctes d’être hors du monde réel : on ne verra plus, ou très peu, d’ouvrages juridiques, scientifiques, historiques.

La pacification exerce une véritable coupure dans l’histoire de l’imprimé toulousain : d’ailleurs aucun texte de pacification n’est conservé à Toulouse, et il faut les trouver dans les bibliothèques de Montauban, Castres (deux cités protestantes rivales), Londres ou Paris. Après l’époque ligueuse, la théologie latine ou espagnole, mais également les œuvres poétiques mystiques et racées de deux Provençaux, La Ceppède et César de Nostredame, vont poursuivre le filon idéologique catholique en le redressant vers la science religieuse ou le comportement éthique et individuel. La voie renaissantiste et libertine est quant à elle redéployée par une écriture typiquement toulousaine et de langue occitane. Toulouse, par ces choix, peut demeurer sur le premier demi-siècle suivant une capitale de l’ère baroque, avant de céder aux derniers coups de boutoir de la centralisation monarchique et de se provincialiser pour longtemps. Son imprimerie ne sera plus que locale.

Annexe

Liste d’ouvrages courts imprimés par la dynastie Colomiès de 1553 à 1611

No Imprimeur Date Titre Type
1 Jacques 1 1553 Escript envoye par le Roy, à tous les estats du Sainct Empire. In-8, 16 p.
2 Jacques 1 1554 Prognosticatio nouvelle pour L’an Mil cinq cens cinquante quatre, composée sur le meridien de Tolose par M. Frager Riviere Docteur en Médecine. In-8, 8 p.
3 Jacques 1 1556 Antionii Guiberti Costani Tolosatis iurisconsulti… In-4, 24 p.
4 Jacques 1 1558 Arrest de la Court de Parlement de Tolose contre tous renieurs et blasphemateurs du nom de Dieu, de la Vierge sacrée, Saints et Saintes, ioeurs de Detz, Mendians, Valides et autres personnes mariez et domiciliez, frequentans les Tavernes inutiles et servans la peste et escandalle. Et aussi contre les hostelliers, cabaretiers et autre recevoir telles gens en leurs maisons sur les peines y contenues. In-4, 8 p.
5 Jacques 1 1561 Edict du Roy. In-8, 16 p.
6 Jacques 1 1561 Edict du Roy, sur le faict de la Religion, publié en la Court de Parlement de Tolose. In-4, 8 p.
7 Jacques 1 1562 Arrest donné par la Court de Parlement seant à Toulouse, sur la vente dés Bledz et autres grains. In-8, 8 p.
8 Jacques 1 1562 Ronsard : Discours des miseres de ce Temps. A la Royne mere du Roy. Par P. de Ronsard Vandomois. In-4, 12 p.
9 Jacques 1 1562 Ronsard : Continuation du discours des Miseres de ce Temps. A la Royne. In-4, 24 p.
10 Jacques 1 1562 Ronsard : Elegie de P. de Ronsard Vandomois, sur les troubles d’Amboise. 1560. A G. des Autels Gentilhomme Charolois. In-4, 12 p.
11 Jacques 1 1562 Ronsard : Institution pour l’Adolescence du Roy Treschrétien Charles neufviesme de ce nom par P. de Ronsard Vandomois. In-4, 12 p.
12 Jacques 1 1563 Arrest de la Court de Parlement de Tolose Contre les Contrevenans aux Editz du Roy, et infracteurs de l’ordonnance faite par sa Maiesté, sur la pacification des troubles de son Royaume. In-4, 8 p.
13 Jacques 1 1564
(cf 1558)
Arrest de la Court de Parlement de Tolose Contre Tous Renieurs Et blasphemateurs du nom de Dieu de la Vierge sacrée, Saints et Saintes, ioeurs de Detz, Cartes et autres prohibez, Adulteres, Maquereaux, Vagabons, Oysifs, Mendias, Valides et autres personnes mariez et domicilliez, frequentans les Tavernes inutiles et servans de peste et escandalle. Et aussi contre les hostelliers Cabaretiers, et autre recevoir tel les gens en leurs maisons sur les peynes y contenues. Petit In-4, 8 p.
14 Jacques 1 1564 Edict Du Roy Sur le rachapt des cens et Rentes. In-8, 8 p.
15 Jacques 1 1564 Lettre de Declaration Et Interpretation De L’Edict Faict Par Le Roy Sur La Pacification Des Troubles En Son Roayume, Et Autres Confirmations D’Icelles. In-4, 20 p.
16 Jacques 1 1564 Lettres patentes du Roy Pour Faire Vuyder De Son Royaume Les Prestres et beneficiers, qui durant les troubles derniers se seroient mariez. In-4, 8 p.
17 Jacques 1 1564 Memoyres des Fermiers, generaux de Layde Et Subvention. des proces, pour iceux envoyer à leurs recepteurs, commis et deputés en toutes les Provinces et Iurisdictions de ce Royaume. In-4, 20 p.
18 Jacques 1 1565 Jean Bégat : Remontrance faite au Roi de France, par les députés des trois Etats du duché de Bourgoigne, sur l’édit de pacification des troubles du Royaume de France. In-4, 32 p.
19 Jacques 1 1565 Edict du Roy, sur la prohibition de vendre Chair en temps de Caresme. In-8, 8 p.
20 Jacques 1 1566 Edict du Roy Fait Sur La Prohibition Et Interdiction generale du port et usage des Pistolles, Harquebozes et autres bastons à feu, sur peyne de perdition de vie et de biens. In-4, 24 p.
21 Jacques 1 1566 Edict du Roy sur la prohibition De Faire Aucunes Assemblees ès maisons de villes, sans appeler les Conseillers de la Court, Seneschal et Lieutenant d’icelles. In-8, 8 p.
22 Jacques 1 1566 Edict du Roy, sur les rentes Volantes Et Constituees En Bled, Lesquelles Sont Reduites A Pris D’Argent, A Raison Du Denier douze, tant pour les Arreraiges, que pour l’advenir. In-8, 8 p.
23 Jacques 1 1566 L’Ordre et forme ordonnez pour le faict des executios cryées, et adiudications de Decretz pour y estre procede suyvant les Ordonnances, dernierement publiees. In-4, 8 p.
24 Jacques 1 1566 Nouvelle et Plus Ample Declaration Des Lettres patentes du Roy en forme d’Edict, sur le faict des conseils generaux et autres des villes, et prerogatives des Officiers du Roy en iceux, creation des Eschevins, Capitols, et Consuls, reddition de comptes et despartement des deniers octroyez ou imposez. Avec l’Edict de Cremieu et Arrest de la Court de Parlement, sur la verification desdits Edictz et Declaration. In-4, 32 p.
25 Jacques 1 1567 Edict du Roy, Que Toutes Rentes Constituées à pris d’argent et rachaptables, n’excederont le pris du denier quinze, et les cotratz cy devant faicts au denier douze, ou quinze, demeureront en leur force, prohibitif aussi d’y comettre aucunes usures sur les peynes y contenues. In-4, 8 p.
26 Jacques 1 1567 Lettres Patentes Du Roy, Par lesquelles est prohibé et defendu à toutes Communautez de Villes et autres deputez plus d’un d’entre eux pour voiager devers ledit Sieur, ou ailleurs. Avec le regelemnt apres inceré lors qu’il le conviendra faire. In-4, 8 p.
27 Jacques 1 1567 Missa de sacra Christi Agonia Quam celebrantes, & illam devote audientes, lucubruntur quadraginta dies indulgentiarum, prout infra constat. Au Lecteur Chrestien. Bening Lecteur si tu es curieux de contempler ceste devote Messe Pour acquerir le Royaulme des cieulx Tu ne pourras trouver meilleure adresse Tu y verras la mort et la destresse que Iesus Christ ha endure pour toy Nouvellement l’on la faict mectre en Presse Pour augmenter de plus en plus la foy. In-4, 8 p.
28 Jacques 1 1567 Sommation Faicte De Par Le Roy. A Ceulx Qui Se Sont Assemblez En armes en la ville sainct Denys en France, at autres lieux circonvoysins par eulx tenus et occupez. Avec. Advertissement A Tous bons et loyauxsubiectz du Roy, Ecclesiastiques, Nobles, et du tiers estat, pour n’estre surprins et circonvenuz par les propositions colorees, impostures, sufestions, et suppositions, des conspirateurs, participans et adherans à la pernitieuse et danée entreprise, faicte et machinée contre le Roy, nostre Souverain Seigneur, et son estat. Petit In-4, 32 p.
29 Arnaud & Jacques 2 1577 Discours Sur Ce Que Menace Devoir advenir la Comete apparue le xii. du mois de Novembre 1577. laquelle se voit encore à Lyon, et autres lieux. Dedié à Monsieur de la Mame, Chevalier de l’Ordre du Roy, Capitaine de trois cens cinquante hommes de guerre à pied François, Colonnel des legionnaires au Marquisat de Saluces, Gouverneur pour sa Maiesté en la Citadelle de Lyon, Commandant en ceste Ville en l’absence de Monseigneur de Mandelot. In-8, 32 p.
30 Arnaud & Jacques 2 1578 Acte Public, Accorde Entre La Royne Mere Du Roy, et Le Roy de Navarre In-8, 8 p.
31 Arnaud & Jacques 2 1581 Lettres patantes du Roy, Portantz declaration sur la reunion et saisie faicte de son Domaine. In-4, 8 p.
32 Arnaud & Jacques 2 1581 Lettres Patentes Du Roy, pour la Reunion de son Domaine en l’estendue de la Tresorerie et Generalité de Tolose. in-8, 12 p.
33 Arnaud & Jacques 2 1581 Statutz de la Confrairie de la Miséricorde, establie à Tolose en l’année mil cinq cens soixante dix, pour la nourriture et subvention des prisonniers. In-8, 24 p.
34 Jacques 2 1584 Histoire Sanguinaire, Cruelle Et Emerveillable, d’une femme de Cahors en Quercy pres Mõtaubã, qui desesperée par le mauvais gouvernement et menage de son mary, et pour ne pouvoir apaiser la famine insupportable de sa famille, massacra inhumainement ses deux petits enfans. Et consecutivement sondict mary, pour lesquelz Meurdres, elle fut executée à mort par ordonnance de iustice le cinquiesme iour de Feburier, mil. vc. iiii. xx trois dernier passé. Avec la Remonstrance qu’elle fit publiquement, au dernier supplice, sur le devoir des hommes mariez, envers leurs Femmes et enffans. Imprimé suivat la Copie imprimée à Tholouze. In-8, 14 p.
35 Arnaud & Jacques 2 1585 Edict Du Roy Sur La Revocation de l’exercice de la nouvelle pretendue religion, suppression des Chambres myparties et Triparties et commandement aux Ministres de vuyder le Royaulme. In-8, 18 p.
36 Jacques 2 1587 Copie d’une lettre, contenant le discours au vray de la deffaicte de douze enseignes Suisses Bernois, pres Grenoble, en Daulphiné, le mercredy dix neufiesme iour d’Auost, l’an 1587. Prinse sur la copie imprimée à Lyon. In-8, 8 p.
37 Jacques 2 1587 La Deffaicte De Trois Cornettes De Reistres, par commandement de Monseigneur le Duc de Guise. Prinse sur la copie imprimée à Paris. In-8, 8 p.
38 Jacques 2 1587 Discours de la nouvelle Defaicte Des Reistres Pres Montargis, par monseigneur le Duc de Guyse. A Tolose Par Iaques Colomiez. Prins sur la Coppie Imprimée A Paris. In-8, 14 p.
39 Jacques 2 1588 Copie d’une lettre envoyée de Dieppe sur la rencontre des armées d’Espaigne et d’Angleterre, et de la victoire obtenue par les Espagnols. Ensemble le nombre des vaisseaux prins par les dictz espagnols et ceux mis en fonds avec les noms des capitaines. Prinse sur la copie imprimée à Paris. In-8, 8 p.
40 Jacques 2 1588 La harangue Faicte Par Le Roy Henry Troisesme, De France Et De Polongne, à l’ouverture de l’assemblée des Trois Estats generaux de son Royaume, en la Ville de Bloys, le seiziesme iour d’Octobre, 1588. In-8, 8 p.
41 Jacques 2 1588 Harangue Au Roy tres-Chrestien, Faite A Chartres. Par Monseigneur Don Bernardin de Mendoca, Ambassadeur pour le Roy d’Espagne vers sa Majesté. In-8, 8 p.
42 Raymond 1588 Coppie Des Lettres Envoyées Par Nostre Sainct Père Le Pape A Monsieur le Cardinal de Borbon, et à Monseigneur le Duc de Guyse. Prins sur la coppie imprimee à Paris. In-8, 12 p.
43 Raymond 1588 Remonstrance Faicte Par Monsieur Le Garde Des Seaux de France, en l’assemblee des Estats. In-8, 16 p.
44 Raymond 1588 Les Signes Merveilleux Apparus Sur La Ville, et Chasteau de Blois, en la presence du Roy, et de l’assistence du peuple. A Tolose. Prins sur la Coppie imprimé à Paris. In-8, 14 p.
45 Jacques 2 1589 Arrest de la court de Parlement de Tholoze contre Henry de Bourbon. (copie reprise par L. Tantellon, Lyon) In-8, 8 p.
46 Jacques 2 1589 Articles Sur L’Union Des Manans et habitans de la ville de Tolose, et des autres villes et lieux de Languedoc, et de la Guienne, qui seront par eux iurez, pour le soustenement et defense de la Religion Catholique, Apostolique et Romaine, et extirpation des heresies, et Arrest de la Cour de Parlemet dudit Tolose sur iceulx donné. In-8, 14 p.
47 Jacques 2 1589 Bulle D’Excommunication De Nostre Sainct Père Sixte Pape. Cinquiesme, contre Henry de Valois et ces adherans. In-8, 18 p.
48 Jacques 2 1589 Discours De Deux Belles Defaictes Des Ennemis executés en Chãpagne et Bourgogne. Par les Sieurs de Hautefort, de Fervaques, de Gionuelle, et autres Capitaines, le 23. iour d’Avril, 1589 In-8, 16 p.
49 Jacques 2 1589 Discours véritable De L’Estrange Et Subite Mort de Henry de Valois, advenue par permission divine, luy estant à Saint Clou, ayant assiègé la ville de Paris, le Mardy premier jour d’Aoust, 1589. Par un Religieux de l’ordre des Iacobins. In-8, 12 p.
50 Jacques 2 1589 Discours Veritable De La Prise Du Comte de Soissons, avec la deffaicte de ses troupes et celles de Laverdin. Par Monseigneur le Duc de Mercœur. In-8, 16 p.
51 Jacques 2 1589 Les Furies De L’Enfer Nouvellement Erige A Bloys. Les Lys s’en sont alles : le seul nom y demeure Encores non entier mais deschiré de tous Les deux couronnes d’or, sont s’en-dessus-dessous La derniere l’attend en la basse demeure. In-8, 12 p.
52 Jacques 2 1589 Defaicte. Veritable Sur les troupes du Roy de Navarre, le Ieudy 21. Septembre, 1589. Par Monseigneur le Duc de Mayenne, Lieutenant general de l’Estat Royal et Couronne de France. In-8, [8] p.
53 Jacques 2 1589 [Antoine-Scipion, duc de Joyeuse] Articles Accordez Et Arrestez En l’addemblée des ges des rois Estats du pays de Languedoc, assemblez en la Ville de Castelnau-darry, au mois d’Apuril, mil cinq cens quatre vingts neuf, Pour la conservation et union des habitans dudict pays, en la Religion Catholique Apostolique et Romaine. Ensemble le serement presté par monseigneur de Ioyeuse, Mareschal de France, Lieutenant general en Languedoc, et par monsieur le Duc de Ioyeuse, Capitaine de cinquante homes d’armes, et Lieutenant General audict pays, en l’absence dudict sieur Mareschal. In-8, 8 p.
54 Jacques 2 1589 [Claude de la Chatre] Copie De Lettre De Monsieur de la Chatre, Gouverneur de Berry, pour tant advertissement de la deffaicte qui a esté faicte par Monsieur le Duc du Mayne, aux faux-bourgs de Tours et aux environs. In-8, 8 p.
55 Jacques 2 1589 Lettre D’Un Gentil-Homme François escrites à Tours, le 29 Avril. 1589. Envoyées à ung Seigneur Catholique de la ville de Paris. Contenant au vray, l’estat et succez des entreprinses, de Henry de Valois, contre l’Eglise Catholique : et la Tyrannie par luy exercee sur les Catholiques de Tours. Pour servir d’exemple, aux villes qui le recevront. In-8, 14 p.
56 Jacques 2 1589 La Levee Et Routte Du Siege De La Ville D’Orléans, avec la prinse de la Citadelle. Par Monseigneur le Chevalier d’Aumalle. In-8, 14 p.
57 Jacques 2 1588 [Charles de Mayenne] Articles Accordez Et Ivrez, En L’Assemblee Des Estats du pais de Languedoc : faite dans la ville de Lavaur : pour l’Union des habitants Catholiques dudit pais : Ensemble l’Arrest de la Cour du Parlement de Tolose, portant confirmation, et autorisation desdits Articles. In-8, 8 p.
58 Jacques 2 1589 [Charles de Mayenne] Edict Et Declaration De Monseigneur Le Duc De Mayenne, et le conseil general de la Sainte Union. Pour reunir tous vrais Chrestiens Francois à la deffense et conservation de l’Eglise Catholique, Apostolique et Romaine, et manutention de l’Estat Royal. In-8, 10 p.
59 Jacques 2 1589 [Charles de Mayenne] Lettres de Monseigneur le Duc de Mayenne envoyée à Messieurs les Capitols de Tolose. In-8, 8 p.
60 Jacques 2 1589 La Nouvelle Deffaicte, Obtenue sur les trouppes d’Henry de Valois, dans les Fauxbourgs de Tours, le huictiesme May, 1589. Par Monseigneur le Duc de Mayenne, Pair et Lieutenant general de l’estat Royal et Couronne de France. In-8, 16 p.
61 Jacques 2 1589 Ordonnance Du Conseil General De l’union des Catholiques de France estably à Paris, contenant le pouvoir de Monsieur le Duc de Mayenne, et Arrest de la Court donné sur la publication d’icelle. In-8, 8 p.
62 Jacques 2 1589 Reglement General Pour Remedier Aux Des-Ordres advenus à l’occasion des troubles presens, attendant l’assemblee generalle des Estats du Royaume. Publié en la Cour de Parlement. In-8, 24 p.
63 Jacques 2 1589 Response Faicte A La Declaration De Henry de Valois sur l’innocence de luy pretendue de la mort de Messeigneurs de Guyse. In-8, 16 p.
64 Jacques 2 1589 Response Du Peuple Catholique De Paris, Aux Pardons de Henry de Valois, semez par ses Ministres. In-8, 8 p.
65 Jacques 2 1589 Brief discours de la defaicte de l’armée de Henry de Bourbon.
[vraisemblablement sur la copie de Lyon, Jean Patrasson : Brief discours de la defaicte de l’armee de Henry de Bourbon, jadis roy de Navarre, devant la ville de Pontoise]
In-8, 6 p.
66 Jacques 2 1589 Les Signes Merveilleux Apparus Sur La Ville, et Chasteau de Blois, en la presence du Roy, et de l’assistence du peuple. A Tolose. Prins sur la Coppie imprimé à Paris. In-8, 8 p.
67 Raymond 1589 Advertissement Et Premieres Escriptures Du Procez. Pour Messieurs les deputez des Provinces du Royaume de France, aux pretendus Estats qui se devoient tenir en la ville de Blois, demandeurs d’une part. Le Peuple et les heritiers des defuncts Duc et Cardinal de Guyse, aussi demandeurs et ioincts d’autre part. Contre Henry de Valoys Troisiesme de ce nom Iadis Roy de France et de Poloigne, autrement dict Tessalonien, au nom et en qualité qu’il procede defenseur d’autre part. Prins sur la coppie imprimée à Paris. In-8, 16 p.
68 Raymond 1589 [Antoine de La Pujade (ou) P. Barilhard] Discours du Siege mis par les Huguenots devant le passage d’Agen, au mois de juillet 1589, vaillamment soutenu contre eux par M.le Marquis de Villars. In-8 [8] p.
69 Raymond 1589 Brief discours de la deffaicte de Henry de Bourbon. In-8, 6 p.
70 Raymond 1589 Coppie. Certaine Des Lettres Nouvellement Arrivez De Paris en Tolose le lundy 14. Aoust de la mort tres q’uasseurée du Tyrant Henry troiesme dernier des Valois. Et nunc Reges intelligite erudimini qui iudicatis erram Servite Domino in timore et exultate ei cum timore. In-8, 8 p.
71 Raymond 1589 La Deffaicte Des Trouppes des Reistres et Lansquenets. Expolictee par Messieurs de Clermont, Melly et Gouyouvelle, Gouverneur de Chaumont en Bassigny, au nom des princes de l’Union pres de Langres. Avec la prinse du Chasteau de Iamets faicte par Monseigneur le Duc de Lorraine, et autre Chasteau du Baron de Luts, prins par Monsieur de Nemours. In-8, 8 p.
72 Raymond 1589 Discours Deplorable Du Meurtre et assassinat, traditoirement comis et perpetré en la Ville de Blois. Les Estatz tenant. De treshaut, tres-puissant, et tres-catholique, feu Henry de Lorraine Duc de Guyse, Per et grand Maistre de France, le vendredy vingt-eroisieme [sic] iour de Decembre, 1588. In-8, 12 p.
73 Raymond 1589 Epitaphe Sur La Mort De Frere Iacques Clement Iacobin qui feust tué en tuant Henry de Valois. In-8, 8 p.
74 Raymond 1589 Le Faux-Visage Descouvert Du Fin Renard de la France. A Tous Catholiques unis, et sainctement liguez pour la defence, et tuition de l’Eglise Apostolique et Romaine, contre l’ennemy de Dieu ouvert et couvert. Ensemble quelques, Anagrames et Sonnets propres pour la saison du iourd’huy. Par sort il est escheu en partageaux Tyrans Porter envie aux bons, et meurtrir les vaillants. In-8, 30 p.
75 Raymond 1589 Oraison Funebre Prononcee Aux Obseques de Loys de Lorraine Cardinal, et Henry Duc de Guise, freres. Prins sur la copie imprimee à Paris. In-8, 32 p.
76 Raymond 1589 Regrets Et Soupirs Lamentables de la France, sur le trespas de tres-haut tres-valeureux Seigneur, Monseigneur le Duc de Guyse, Pair, et grand Maistre de France […] In-8, 16 p.
77 Raymond 1589 Requeste Presentee A Messieurs de la Court de Parlement de Paris, Par madame de Guyse. Pour informer du massacre et assassinat commis en la personne de feu Monseigneur de Guyse. In-8, 16 p.
78 Raymond 1589 [Charles Emmanuel de Savoie, duc de Nemours] Copie de la lettre au frère de monseigneur de Nemours escrite à monseigneur de sainct-Vidal. Avec ladvis de Rome de nostre s. père le pape, le 27 avril 1589. In-8, 8 p.
79 Raymond 1589 La Trahison Descouverte Des Politiques De La Ville de Rouen. Contenant un discours veritable de ce qui s’est faict et passé en ladicte ville, le Mercredy et Ieudy 8. de ce present mois de Iuin. Avec les noms des Capitaines qui avoyent conspiré à l’encontre de la saincte Union. In-8, 12 p.
80 Raymond 1589 [Bernardin de Mendoza] La Victoire Du Roy Catholique Contre L’Anglois en Espagne. Contenant la deffaicte de quinze mille hommes et de quarante Navires des plus grandes. Suyvant les Memoires qu’en a receu l’Illustrissime Ambassadeur d’Espagne Don Bernardin Mendoza. In-8, 24 p.
81 Jacques 2 1590 [Brigitta] Prophetia Divae Brigittae Viduae, Anno Salutis Millesimo Tricentesimo Sexagesimo, In Regno Suediae, Eius patria, ut fertur, cum multis aliis, reperta. In Successorem Urbani. VII. Cum scholiis Timothei Mutii, Prothonotarii Apostolici, Canonici atque Archidiaconi Ecclesiae Albiensis. (… armes de François de Joyeuse) In-4, 30 p.
82 Jacques 2 1590 [Charles de Mayenne] Articles Accordez Et Ivrez, En L’Assemblee Des Estats Du Pais De Languedoc : faite dans la ville de Lavaur : pour l’Union des habitas Catholiques dudit pais : Ensemble l’Arrest de la Cour du Parlement de Tolose, portant confirmation, et auctorisatio des dits Articles. In-8, 8 p.
83 Jacques 2 1590 Le Martyre Et Cruelle Mort Du Prieur Des Iacobins De Paris, faict à Tous le vingt-troisiesme de Fevrier, 1590. Ensemble la cruauté faicte envers une Dame devote et sa chambriere, dans ladicte ville de Tours. A Tolose, Par Colomiez, Prins sur la coppie Imprimée à Orleans, pour Iaques Lucas In-8, [8] p.
84 Raymond 1590 [Jean Bodin] Lettre de Monsieur Bodin. Prins sur la copie imprimée à Lyon. [Jean Pillehotte] In-8, 24 p.
85 Raymond 1590 [Baldo Cattaneo] Harangue Du Sieur Baldo Cattaneo, Prononcee A Rome le huictiesme d’octobre 1590. devant les tres Illustres Cardinaux, entrans au conclave pour l’eslection d’un Pape : Traduicte de Latin en François, par B.D.T. Prins sur la copie imprimee à Lyon. In-8 [8] p.
86 Raymond 1590 Conclusion Et Advis Sur La Reception d’un Roy. Nul ne peut estre habille à succeder à la couronne de France qui ne soit Catholicque. In-8, 16 p.
87 Raymond 1590 Discours Veritable De L’Entreprise sur Troyes a demy prise, par le heretiques et Henritiquemet Catholiques : mais reprise par la toute puissante misericorde de Dieu, Dieu des Catholiques, et ce en moins d’une heure et demy, à la Diane, le 17. Septemb. mil cinq cens quatre vingts dix. Prins sur la coppie Imprimée à Troys. Avec permission. In-8, [8] p.
88 Jacques 2 1591 Articles Accordez Entre Les Depputez D’Un Party Et D’Autres : Par Permission De Nosseigneurs les Ducs de Ioyeuse, et de Montmorancy : Pour la recolte des fruicts pour tout ce pays de Languedoc, en l’année presente mil cinq cens quatre vingts unze. In-8, 8 p.
89 Jacques 2 1591 Bulle D’Excommunication, Suspension, Et Privation Des Benefices de Nostre Sainct Père Gregoire quatorsième, contre les Ecclesiastiques de quelconque ordre que ce soit, qui suyvent le party d’Henry de Bourbon, jadis Roy de Navarre. In-8, 32 p.
90 Jacques 2 1592 Bref Discours Des Choses Plus Memorables Advenues En la ville de Rouen, durant le Siege mis devant icelle par Henry de Bourbon, pretendu Roy de Navarre : valeureusement soustenu l’espace de quatre mois par les habitans de ladicte ville, sous la conduicte de Monseigneur Henry de Lorraine, des sieurs de Villars, de Gessans, et autres vaillants Capitaines : jusqu’au 20. de Fevrier 1592. que l’armée Heretique leva le Siege à l’arrivée de l’armée Catholique, conduicte par Messeigneurs des Ducs de Parme, de Mayenne, Sfondrato, de Guyse et d’Aumalle. Pris sur la coppie Imprimée à Lyon. Par Louys Tantillon. In-8, 36 p.
91 Raymond 1596 Discours Merveilleux Et Espouvantable D’Un terrible signe et accident advenu en la ville de Cambray, ensemble l’apparution de deux merveilleux Dragons, l’un d’iceux avoit trois trestes qui iettoit feu et flamme, l’autre parroissoit marqué de plusieurs coulours, lequel avoit sur la crouppe un jeune Enfans qui avoit sans cesse les yeux au Ciel, comme il a esté raporté à Paris par ceux de ladicte Ville, dont plusieurs Espaignols et Vallons ont pensé estre bruslés, et beaucoup des habitans de ladicte Ville ont eu grand peur, de voir le feu par si grande impetuosité, avec un grand tremblement de terre, advenu le quatorzieme jour d’Avril. 1596. Suyvant la copie Imprimée à Paris. In-12, 8 p.
92 Raymond 1596 Edict Du Roy Sur La Reduction De La Ville De Tolose, Et Autres Villes Du Pays de Languedoc et ressort de la Cour de Parlement dudict Tolose. In-8, 14 p.[BM Montauban]
93 Veuve de Jacques 2 1596 Edict Du Roy Sur La Reduction De La Ville De Tolose, et autres villes du pays de Languedoc et ressort de la Court de Parlement dudict Tolose. In-8, 32 p.[Paris BN]
94 Veuve de Jacques 2 1596 Lettres Patentes Du Roy, Contenant La Composition faicte par sa Majesté au Marquis de Villars et Seigneur de Montpezat freres. In-8, 23 p.
95 Veuve de Jacques 2 & Raymond 1600 Edict du Roy et declaration sur les precedents Edicts de Pacification. In-8, 24 p. [Londres, réédition 1626 Castres]
96 Veuve de Jacques 2 1600 [Antoine de la Faye] Mensonges de Gigord Ministre De Montpellier Contre M. le P. Gontery Iesuite, sur le faictde leurs Conferences de Castres. In-12, 26 p.
97 Raymond 1602 Edict du Roy sur le faict et règlement général de ses monnoyes contenant l’augmentation du cours des espèces et Introduction d’autres étrangeres. In-8, 24 p.
98 Les Colomiès 1606 [César de Nostredame] Dymas, ou le bon larron, dédié à son altesse serenissime de Lorraine par César de Nostredame gentilhomme provençal. In-8, 33 p.
99 Les Colomiès 1607 [César de Nostredame] Vers funèbres sur la mort de Charles du Verdier escuyer de Monseigneur le Duc de Guise et très excellent joueur de luth. In-12, 20 p.
100 Veuve de Jacques 2 1610 [H. Rabouyn] Le triomphe du sacre et couronnement du roi… In-8, 13 p.
101 Veuve de Jacques 2 & Raymond 1610 Arrest de la régence de la Royne mère du Roy, prononcé par le Roy en son lict de Justice, au Parlement de Paris. Ensemble les lettres patentes de confirmation de l’Edict de Nantes & autres Edicts de pacification, ordonnez par le feu roi Henri IV. Et l’arrest de la cour de Parlement de Tolose le 15 juin 1610. In-4, 32 p.
102 Veuve de Jacques 2 & Raymond 1611 [Jules Cesar Bulenger] Oraison funèbre sur la mort d’Henri IV, Roy de France et de Navarre, prononcée en la chapelle Saincte Croix des Pénitents noirs à Tolose In-8, 32 p.

Notes

[1Livre, pouvoirs et société à Paris au XVIIe siècle (1598-1701), Genève, Droz [1969], 1999, p. 319.

[2Raymond Corraze, « Notes pour servir à l’histoire de la librairie à Toulouse (1500-1540) », Bulletin philologique et historique, Paris, 1934-1935, p. 59-81 ; Louis Desgraves & Jacques Mégret, Répertoire bibliographique des livres imprimés en France au seizième siècle, 20e livraison, 151, Toulouse, Baden-Baden, 1975 ; Christian Péligry, « Les débuts de l’imprimerie à Toulouse », Bulletin du bibliophile, 1991, no 2, p. 331-355 ; Pierre Escudé, Imprimerie et pouvoir. Politique, livre et langue à Toulouse, de 1475 à 1617, Genève, Droz, 2017.

[3Blaise de Monluc, Mémoires, éd. Paul Courteault, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1964, p. 507. Monluc souligne.

[4Pierre Escudé, Imprimerie et pouvoir. Politique, livre et langue à Toulouse, de 1475 à 1617, Genève, Droz, 2017, p. 100-101.

[5Georges Bosquet, Briefve narration de la sedition advenue en Tholose, 1562, Toulouse, Raymond Colomiez, 1595, p. 60 ; réédition de l’Hugoneorum Haereticorum Tolosae Conivratorum Profilgatio du même auteur, Jacques Colomiès, 1562.

[6Germain Lafaille, Annales de la Ville de Toulouse, Toulouse, Guillaume-Louis Colomiès & Jérôme Posuel, deux tomes, 1687 et 1701 ; tome II, p. 215.

[7Théodore de Bèze, Histoire ecclésiastique des Eglises réformées au royaume de France, éd. Pierre Vesson, Toulouse, Société des livres religieux, 1882, tome II, p. 269.

[8Vic et Vaissete, Histoire du Languedoc, Toulouse, Privat, tome VIII, p. 365. Nous soulignons.

[9« Reçu de M[aître] Jacques Colomiès, imprimeur de Thle, la somme de six vingt livres dix sols pour la vente qui luy a este faicte de l’imprimerie de feu Guyon Boudeville execute à mort à l’occasion des troubles, par acte retenu par ledict contrerolleur le 6 juillet 1562. », Archives Municipales de Toulouse, CC 766 f. 34.

[10« Tout cella, que commet la secte Genevoise, / L’Heretique Albigeois avoit plus tôt commis, / Soit murdre, soit larcin, soit trahison d’amis / Dol, opiniatrise, impiété & noise. // Le comte de Montfort par l’armée Françoise / A été le domteur de l’Albigeois soubzmis : / Ton Henry de Valois moissonneur d’ennemis, / (O Sorbin) domtera l’Heresie Gauloise. // Ton livre lui apprend, que Montfort envoié / Chatia par le feu l’Albigeois devoié, / Et le rend un Mont Fort de l’Eglise Romaine. // Par les mémes moiens, que l’Albigeois mutin / Finist, il punira le Calviniste à fin / Qu’un méme vice soit puni de méme peine. »

[11Pierre-Jean Souriac, « De l’adversaire religieux à celui du contraire parti. Désigner son adversaire durant les guerres de religion », dans Chrystel Bernat et Hubert Bost (dir.), Énoncer / dénoncer l’autre. Discours et représentations du différend confessionnel à l’époque moderne, Brepols, 2012, p. 223.

[12Vic et Vaissete, op. cit., XII, p. 888-889.

[13Ibid.

[14Pierre Escudé, op. cit., p. 64.

[15Pierre-Jean Souriac, op. cit., p. 231.

[16« contre les assemblées et conventicules hérétiques » (10 mai 1561), « contre les séditieux et protestants en armes » (20 août 1562), « contre les séditieux en armes » (20 septembre 1562), « contre les contrevenants à la paix, limitation du culte réformé » (27 mai 1565), « contre les protestants en armes » (1er octobre 1567), « contre les séditieux en armes » (11 octobre 1567), « contre les séditieux en armes » (27 juillet 1568), « contre les protestants en armes » (2 août 1568).

[17« contre les séditieux en armes » (10 octobre 1572), « contre les malfaiteurs et pillards » (14 août 1573), « contre les contrevenants à l’édit de paix » (19 janvier 1580), « contre les perturbateurs du repos public » (14 septembre 1583), « contre les courses des voleurs » (1587).

[18Castellane, Essai de catalogue chronologique de l’imprimerie à Toulouse, XVe-XVIIe siècles, Toulouse, Lavergne, 1842.

[19Pour tâcher de rendre plus lisible les données du tableau, nous avons souligné les formats les plus utilisés pour chaque atelier, et mis en gras le format majoritaire.

[20Béatrice Velez-Sultra, Colomiès, une famille d’imprimeurs de Toulouse, mémoire non édité, Université de Toulouse-le-Mirail, 1987, p. 107.

[21Voir note 12.

[22Henri-Jean Martin, op. cit. ; Marc Fumaroli, L’Âge de l’éloquence, Rhétorique et « res literaria » de la Renaissance au seuil de l’époque classique, Genève, Droz, 1980 ; Claude Jolly (dir.), Histoire des bibliothèques françaises, vol. 2. Les Bibliothèques sous l’Ancien Régime (1530-1789), Paris, Éditions du Cercle de la Librairie / Promodis, 1988 ; Henri-Jean Martin et Roger Chartier (dir.), Histoire de l’édition française, Paris, Promodis, 1982. Tome I : Le livre conquérant, du Moyen Âge au milieu du XVIIe siècle ; André Vernet (dir.), Histoire des bibliothèques françaises, vol. 1. Les Bibliothèques médiévales, du VIe siècle à 1530, Paris, Éditions du Cercle de la Librairie / Promodis, 1989.

[23Christophe Féral, « Les Lectures des Jésuites de Rodez », dans Livres et bibliothèques en Rouergue (XIVe siècle-XVIIIesiècle), Revue du Rouergue no 63, automne 2000, p. 77-115 et 375-414.

[24Pierre Escudé, op. cit., p. 153.

[25Marie-Madeleine Fragonard, « Réécriture de genres et changement de fonctions : l’utilisation de la littérature religieuse dans les pamphlets politiques (1560-1620) », Traditions polémiques, Cahiers V. L. Saulnier, no 2, Paris, École internationale des jeunes filles, 1984, p. 111.

[26Pierre Escudé, « Stratégies et évolutions linguistiques dans l’imprimé toulousain de 1500 à 1617 », Revue Française d’Histoire du Livre, Droz, Genève, nos 114-115, 1er et 2nd trimestre 2002, p. 31-51 ; « Étude typologique de l’imprimé toulousain du second XVIe siècle », dans Colloque la muse néracaise, Les Voix de la nymphe aquitaine. Écritures, langues et pouvoirs, 1550-1610, 3-5 octobre 2003, Agen, Centre Matteo Bandello et Section Française de l’AIEO, 2005, p. 187-203 ; Œuvres complètes de Pèire Godolin, Édition commentée et traduction intégrale, Toulouse, Privat, 2009 ; et op. cit., 2017, p. 151-245.

[27Certains spécialistes de l’imprimé français (Aquilon in Martin & Chartier 1982 : 454) estiment que les « dialectes » et « patois » ne sont que des vecteurs de transition entre latin et français. Dans le cas de l’occitan, il y a double enjeu : langue de transition des classes commerçantes et d’élite intellectuelle et politique ayant bénéfice à suivre la francisation menée depuis François Ier ; mais également langue d’usage, langue identitaire, langue de création littéraire – jusqu’à sa redécouverte en France sous l’impulsion de la renaissance mistralienne des années 1854-1914.

[28[Antoine de La Pujade (ou) P. Barilhard] Discours [en vers] du Siege mis par les Huguenots devant le passage d’Agen, au mois de juillet 1589, vaillamment soutenu contre eux par M. le Marquis de Villars., in-8 de 8 pages imprimé par Raymond Colomiès en 1589. La paternité de cet opuscule en vers à Antoine de la Pujade est donnée par Guillaume Colletet, Vie des poètes agenais, publié pat Ph. Tamizey de La Roque, Agen, Prosper Noubel, 1868, p. 30.

[29Voir Marc Venard, « Un rapport sur la Ligue en France méridionale au début de l’année 1590 », Annales du Midi, tome 114, no 238, 2002, p. 225-231.

[30Denis Crouzet, Les Guerriers de Dieu, la violence au temps des troubles de religion, vers 1525-vers 1610, Champ Vallon, 1990, p. 125.

[31Claude-Gilbert Dubois, La Conception de l’histoire en France au XVIe siècle (1560-1610), Paris, Nizet, 1977, p. 163-164.

[32L’original est dédié à Monsieur de la Mante (et non de la Mame), édité par F. Didier. La copie jouxte parisienne porte dans son titre le nom de l’auteur : « Par M. François Junctini [Francesco Giuntini] grand astrologue et mathématicien », éditée chez Gervais Mallot.

[33En 1589, à Blois, capitale d’Henri III en exil, meurt Catherine de Médicis et sont assassinés les Guise ; la ligue menée par les partisans du duc de Mayenne échoue à s’emparer de la ville.

[34Ivan Cloulas, « Un témoignage espagnol sur la Ligue : Los Tres libros de la guerra de Francia de Damián de Armenta y Córdoba (1596), dans Mélanges de la Casa de Velázquez, tome 2, 1966, p. 161.

[35Prophetie de Daniel, saincte et admirable, interpretee du regne et de la mort du chef des heretiques qui se pretend Roy de Navarre, et veut envahir la Courone de France. Entendez ces choses vous qui oubliez Dieu, de peur qu’il ne vous ravisse, et n’y ait qui vous desliure. Pseau. 49. Dedié à Monseigneur le Duc de Mercœur et de Peinthieure, Pair de France, Prince du Sainct-Empire et de Martigues, Gouverneur de Bretagne.

[36Jean-Claude Arnould, « Les canards criminels, ou le procès escamoté », Littérature et droit, du Moyen Âge à la période baroque : le procès exemplaire, actes de la journée d’étude du groupe de recherche Traditions Antiques et Modernités de Paris VII (29 mars 2003) réunis par S. Geonget et B. Méniel, Paris, Champion, 2008, p. 91-113 et « Le juge et le criminel dans les “canards” (1574-1610) » dans Juges et criminels dans la narration brève du XVIe siècle, volume d’études préparé au cours du séminaire tenu à Rouen les 25 et 26 février 2010 sous la direction de Jean-Claude Arnould, Publications numériques du CÉRÉdI, « Actes de colloques et journées d’étude », no 4, 2010, http://ceredi.labos.univ-rouen.fr/public/?le-juge-et-le-criminel-dans-les.html (consulté le 17 septembre 2019).

[37L’édition de la bibliothèque de Saint Andrews porte « imprimée à Thelouze par Iacques Columier [1583] ». Cette histoire a une longue postérité puisque l’on connaît encore une réédition à Lyon (François Yvrat) en 1643.

[38Voir Jean-Pierre Seguin, « L’information en France avant le périodique : 500 canards imprimés entre 1529 et 1631 », Arts et traditions populaires, 11e année, nos 3/4 (juillet-décembre 1963), p. 203-280.

[39Germain Lafaille, op. cit., p. 415-417.

[40Op. cit., p. 434.


Pour citer l'article:

Pierre ESCUDÉ, « Occasionnels et textes politiques de la décennie 1580-1590 dans l’imprimé toulousain du XVIe siècle » in Canards, occasionnels, éphémères : « information » et infralittérature en France à l’aube des temps modernes, Actes du colloque organisé à l’Université de Rouen en septembre 2018, publiés par Silvia Liebel et Jean-Claude Arnould.
(c) Publications numériques du CÉRÉdI, "Actes de colloques et journées d'étude (ISSN 1775-4054)", n° 23, 2019.

URL: http://ceredi.labos.univ-rouen.fr/public/?occasionnels-et-textes-politiques.html

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