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Silvia LIEBEL et Jean-Claude ARNOULD

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Ce volume réunit les communications présentées lors du colloque « Canards, occasionnels, éphémères : “information” et infralittérature en France à l’aube des temps modernes », qui s’est tenu à l’université de Rouen du 19 au 21 septembre 2018.

Organisée par Silvia Liebel (Université Fédérale de Minas Gerais), Rafael Viegas (Unicamp, São Paulo) et Jean-Claude Arnould (CÉRÉdI, Université de Rouen), cette rencontre s’était donné comme objectif de réunir des spécialistes de diverses disciplines, littéraires, historiens, historiens du livre, afin d’étudier la masse de publications mineures des XVIe et XVIIe siècles relevant du domaine du « non livre » et développant des informations réelles ou prétendues telles, que désignent habituellement les vocables de « canards » ou « occasionnels ».

Longtemps délaissés comme objet d’étude, ces produits des presses dont on doit la sauvegarde d’une infime partie aux collectionneurs anciens ont fini par capter l’intérêt d’abord des historiens du livre, puis grâce à leur apport, de quelques spécialistes de l’histoire ou de la littérature de la première modernité. Les travaux fondateurs de Jean-Pierre Seguin, auteur du premier recensement systématique quoique volontairement non exhaustif, suivis par le Répertoire Sud-Est de la France et enrichis des réflexions d’historiens du livre tels que Roger Chartier et Henri-Jean Martin, ont pu faire émerger quelques thèses de doctorat et plusieurs contributions ponctuelles intégrées dans des recueils d’articles ou des actes de colloques non centrés sur cette question. Mais si les « canards criminels » et, pour une période postérieure, la Bibliothèque bleue ont finalement trouvé une place notable dans la recherche universitaire, une grande variété de publications occasionnelles reste encore à explorer.

Les trois critères retenus pour définir nos objets de recherche étaient donc leur format (un, deux, trois cahiers…), le caractère occasionnel et éphémère de leur publication aussi bien que de leur consommation et enfin leur mode de diffusion (par colportage et/ou à destination « populaire », c’est-à-dire visant un public plus large que les ouvrages destinés aux lettrés, ce qui ne veut pas dire qu’ils n’étaient lus que par la masse). Tout objectifs qu’ils paraissent, ces critères sont, comme on le verra à la diversité des formes, des thématiques et des « genres » abordés dans ces études, encore insuffisants pour circonscrire un corpus cohérent et définitivement clos, qui ne nous semblait cependant ni devoir ni pouvoir être délimité de manière plus rigoureuse.

Il n’est pas usuel de présenter une publication collective en parlant de ses échecs ; pourtant, la phase de préparation du colloque est en elle-même très parlante sur la perception actuelle de ces diverses espèces de textes. Si notre proposition a suscité l’enthousiasme, si de nombreuses pistes ont semblé s’ouvrir, peu d’entre elles, au regard du nombre de textes disponibles, ont finalement abouti (22 contributions au total). Et cela pour trois raisons : soit la difficulté finalement insurmontable de définir un corpus sur lequel travailler, soit l’impossibilité d’aboutir à un résultat suffisamment significatif pour être publié, soit enfin celle de consolider une problématique apte à rendre compte de la diversité infinie des textes disponibles. Ces constats montrent bien l’instabilité formelle de notre objet tout autant que la dispersion des champs d’investigation qu’il ouvre. Malgré l’ampleur des sources disponibles, des questions de fond épistémologiques persistent dans l’étude du non-livre et des catégories auxquelles il se rapporte. Est-il possible de penser ce genre de productions dans un ensemble tel que littérature de colportage ou littérature des rues, ou bien l’idée qu’il relève du littéraire l’empêche-t-il ? Doit-on se rendre à la formule commode d’occasionnel, qui dit tout et rien en même temps ? Les multiples questionnements apparus lors du colloque, ainsi que l’intérêt international et interdisciplinaire porté à cet objet instable, dénote que peut-être sa force persistante – malgré des années d’hiatus dans son étude – réside justement dans son extension et sa variété irréductible.

Ce premier colloque et cette première publication collective seront donc présentés comme un essai, dont on ne doute pas qu’il pourra connaître des suites, non seulement concernant les productions en langue française auxquelles nous les avions par prudence limités – non sans les ouvrir à de possibles comparaisons avec celles réalisées d’autres langues européennes (chapbooks ou broadsides, Fluglätter et Volksbücher, pliegos et relaciones de suceso…) –, mais aussi pour ces autres aires linguistiques et culturelles elles-mêmes, dont certaines se trouvent d’ailleurs bien mieux étudiées à ce jour que le domaine français.

Une bonne part du programme indicatif fourni par l’appel à communication reste donc à réaliser et propose de nombreuses possibilités d’investigation, sur tout l’éventail qui va des modalités de production à celle de réception de ces textes. Nous proposions les quatre axes de recherche suivants, non limitatifs :
– l’histoire du livre et l’histoire éditoriale, comprenant aussi bien les dimensions commerciale, technique, graphique et iconographique ;
– les thématiques littéraires, les problématiques sociales, idéologiques, historiques ;
– les conditions de lecture, le rapport avec l’information et le quotidien ;
– les questions formelles (les canards sont-ils une « forme simple » ?), l’insertion dans le paysage « littéraire » contemporain.

Chacun de ces axes a pu être abordé par les communications présentées dans ce volume, qui sont parvenues à dégager une multiplicité d’hypothèses et de pistes dont nous espérons qu’elles contribueront à inspirer d’autres travaux qui les prolongeraient.

La lecture de ces contributions nous a permis de distinguer deux pôles, qui dicteront la disposition des textes : d’une part la diffusion des événements politiques et son articulation avec la propagande, d’autre part le passage à l’imprimé de l’événement ordinaire, avec les enjeux moraux et sociétaux qui le caractérisent ; le premier pôle a été ordonné chronologiquement, le second suivant une succession thématique, la plus cohérente qu’il se pouvait. Mais la consultation des textes montrera qu’il ne s’agit là que d’une manière parmi d’autres de lire cet ensemble, tant les problématiques soulevées par les auteurs ont fini par se croiser pour tisser un réseau d’une grande densité.

I. De l’actualité à l’« information » : politique et propagande

Benoît Roux, « Un canard d’Inde. Production, diffusion et réception du De insulis nuper inventis de Christophe Colomb en France (1493) »

Marion Pouspin, « L’information et la fiction dans les occasionnels gothiques (France, première moitié du XVIe siècle) »

Sophie Astier, « Des fake news sous le règne de François Ier ? De l’information à la fiction dans les occasionnels de la Renaissance »

John Nassichuk, « Les publications occasionnelles au début du règne d’Henri III »

Martial Martin, « Fakenews ? Récupération politique des “canards” et dispositifs de d’information durant la Ligue »

Michèle Fogel, « La mort d’Henri III : une occasion ? »

Véronique Montagne, « Formes et enjeux des Trahisons de la fin du XVIe siècle »

Tristan Vigliano, « Bonnes nouvelles de Turquie ! Les visions du sultan : situation et valeur »

Pierre Escudé, « Occasionnels et textes politiques de la décennie 1580-1590 dans l’imprimé toulousain du XVIe siècle »

Sylvain Skora, « Des canards au temps des troubles de religion : l’imprimeur langrois Jehan Des Preyz (1582-1604) »

Magda Campanini, « L’actualité au carrefour des langages : formes et destins croisés de quelques occasionnels sur la mort de la maréchale d’Ancre »

II. Événement, fiction, enjeux moraux et sociétaux

Romain Weber, « Canards facétieux ? Pour une redéfinition de la notion de canard »

Rafael Viegas, « 1574, année zéro. Notes pour une genèse des canards sanglants »

Valerio Cordiner, « “Ad eruendam veritatem” : l’émersion de la faute dans les canards criminels »

Ines Ben Zaied, « Repentir et discours moral dans les canards criminels des XVIe et XVIIe siècles »

Witold Konstanty Pietrzak, « Représentations du tragique dans les canards criminels »

Anaïs Fontaine, « Prodiges, monstres et merveilles : à propos de la permanence d’une angoisse eschatologique au tournant des XVIe et XVIIe siècles »

Thibault Catel, « Exposer ou “philosopher” ? Le discours savant dans les canards sur les calamités naturelles »

Kévin Cochard, « “Le diable, son maître, l’avait persuadé de commettre ces forfaits” : les faits de sorcellerie dans les canards (fin XVIe -XVIIe siècles) »

Marianne Closson, « L’inceste dans les canards : naissance d’un topos littéraire »

Silvia Liebel, « Le foie et la vengeance féminine : la littérature des rues, source d’une histoire des émotions »

Sharon P. Johnson, « Glissements discursifs et rhétoriques : des récits de viol dans le conte de fées, la jurisprudence et les canards sanglants de l’Ancien Régime »

Jean-Claude Arnould, « La fiction empêchée »

Frank Greiner, « Le dossier de presse du Gascon extravagant : des occasionnels au roman 


Pour citer l'article:

Silvia LIEBEL et Jean-Claude ARNOULD, « Présentation » in Canards, occasionnels, éphémères : « information » et infralittérature en France à l’aube des temps modernes, Actes du colloque organisé à l’Université de Rouen en septembre 2018, publiés par Silvia Liebel et Jean-Claude Arnould.
(c) Publications numériques du CÉRÉdI, "Actes de colloques et journées d'étude (ISSN 1775-4054)", n° 23, 2019.

URL: http://ceredi.labos.univ-rouen.fr/public/?presentation-446.html

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