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Paul PAUMIER

Université de Rouen – GRHIS

Figures de Toussaint Louverture : Monsieur Toussaint d’Édouard Glissant confronté au regard des historiens contemporains

Résumé

La figure de Toussaint Louverture est multiple : porte-drapeau des abolitionnistes (Victor Schœlcher), chantre de la négritude (Aimé Césaire), il apparaît comme un élément du discours antillais chez Édouard Glissant. Seule pièce de théâtre de l’écrivain mort en 2011, Monsieur Toussaint a été publié en version « théâtre » en 1961 et en version « scénique » en 1978. Monsieur Toussaint est une fiction qui prend l’histoire de la révolution de Saint Domingue pour contexte (1791-1804). C’est une « œuvre de récapitulation » centrée sur la mort de Toussaint-Louverture en France au fort de Joux (1802). Glissant précise que « dans “les Jacobins Noirsˮ, CLR James soutient que Toussaint Louverture, premier artisan de l’émancipation de Saint-Domingue, ne garda pas le contact avec la révolution populaire ». En effet, on s’accorde à penser qu’en 1802, date de son enlèvement et de sa déportation en France, le pouvoir de Toussaint, libérateur des esclaves et gouverneur de Saint Domingue, est vacillant après avoir été tout puissant : « À partir d’un apogée de puissance, [il est] abandonné de ceux qu’il avait libéré de la servitude. » L’œuvre du libérateur semble avoir trouvé sa finalité dans celle de gouverneur. Certes, la révolution a triomphé dans la colonie de Saint-Domingue, mais elle a été vaincue en France métropolitaine ; la contradiction est évidente, et tout l’édifice idéologique de Toussaint s’effondre. Que nous disent les biographes contemporains de ce personnage historique si singulier : Toussaint Louverture ?

Abstract :

Toussaint Louverture is a multifarious figure ; a figurehead for the abolitionists (Victor Schœlcher), he extolls the virtues of “La Négritudeˮ (Aimé Césaire), he emerges as part of the discourse on the West Indies in Édouard Glissant’s work. Monsieur Toussaint, the only theatre play written by Glissant (who died in 2011) was published in 1961 and was adapted for the stage in 1978. Monsieur Toussaint is a fictitious story unfolding against the backdrop of the revolutionary period in Santo Domingo (1791-1804). It is “a work of recapitulationˮ which deals mainly with the death of Toussaint Louverture at the Fort de Joux in France. Glissant says : “In his book ‘the black Jacobins’ CLR James claims that the man who initiated the emancipation of Santo Domingo did not remain united with the popular revolutionary movementˮ. Indeed, it is generally agreed that when he was kidnapped and deported to France in 1802, the power of the man who had been the liberator of the slaves and the governor of Santo Domingo seemed to be vacillating after being unlimited. “Having reached the height of his power, he is abandoned by those whom he had freed from servitude.” The work of the liberator seems to have ended when he became a governor. Indeed, the revolution triumphed in the colony of Santo Domingo but it was defeated in France ; a glaring contradiction which signals the collapse of Toussaint Louverture’s ideology. What do the biographers of that time have to tell us about such a singular figure as Toussaint Louverture ?

L’auteur

Ancien Professeur du Lycée de Pondichéry (INDE), Paul Paumier est professeur agrégé d’histoire des religions et d’histoire socio-culturelle du Livre au Département d’Histoire de l’Université de Rouen. Il anime la veille électronique de l’Université de Rouen (VeillEUR) sur la francophonie, notamment pour l’histoire et la littérature. Cet article fait un point historique et comparatif sur la figure de Toussaint Louverture dont Glissant a tiré une pièce de théâtre.


Texte complet


Toussaint Louverture nous apparaît aujourd’hui comme le type même du héros positif : homme d’une minorité (noire, « nègre » disait-on à l’époque de Toussaint), repéré parmi les esclaves pour son intelligence, petit homme malingre (1,63 m) qu’on surnommait dans son enfance en créole « Fatras-Bâton » ou « le difforme », il fut d’abord un garçon d’écurie puis cocher de son maître de Breda. Enrôlé dans la bande de Biassou, il entre au service du roi d’Espagne. En 1794, il trahit les Espagnols et passe au service de la République française avec 4000 soldats noirs aguerris suite à l’abolition de l’esclavage par décret de la Convention. Commandant le cordon de l’Ouest de l’île de Saint-Domingue, il en proclame la liberté générale et lutte contre les Anglais et les Espagnols. Après moult conflits (intérieur avec les blancs et certains créoles, et à l’extérieur avec les puissances européennes ennemies), Toussaint prend Saint-Domingue. L’esclavage est rétabli avec Bonaparte et une expédition est envoyée par le Premier Consul à Saint-Domingue. Malgré une forte résistance, Toussaint doit se rendre et est emmené en France dans le fort de Joux dans le Jura. Il y meurt d’épuisement et de froid.

Cet esclave émancipé, à peine lettré, perçu comme un génie politique, est le grand libérateur d’Haïti. Charles-André Julien dans sa préface à l’édition de la biographie de Toussaint par Aimé Césaire dit :

Quiconque a séjourné en Haïti a été frappé de constater à quel point le souvenir de Toussaint-Louverture habite les esprits et les cœurs. Il appartient à chacun, comme Napoléon, dont il fut victime, à chaque Corse […] Les pages que consacre le colonel de Nemours à la visite qu’il fit au cachot humide et froid du Fort de Joux, où Toussaint mourut en 1803, ont une tonalité religieuse […] Comme les héros de Sparte : Léonidas, le guerrier et Lycurgue, le législateur, Toussaint-Louverture, à la fois combattant de l’indépendance et organisateur de la nation, est moins qu’un dieu mais plus qu’un homme [1].

Aujourd’hui, Haïti le célèbre comme son libérateur, les écrivains, les artistes, des penseurs en font leur modèle. Lamartine disait déjà en son temps : « Cet homme fut une nation » ; Châteaubriand, Michelet, Balzac, Renan, George Sand ou Banville l’ont célébré au XIXe siècle.

Son nom reste indissolublement lié à un épisode majeur de l’histoire de l’humanité et rayonne d’un éclat particulier, principalement en Afrique et aux Amériques. C’est ce qui explique qu’il revienne régulièrement sur le devant de la scène publique dès qu’il s’agit de commémorer un événement lié à l’émancipation des Noirs. En France et en Haïti, quelques dates ont, dans ce domaine, une signification toute particulière : la rencontre des deux mondes en 1492, la Révolution française en 1789, l’indépendance d’Haïti, première République noire au monde en 1804, les diverses étapes de l’abolition de l’esclavage, de 1793 à Saint-Domingue à 1848 dans les autres possessions françaises [2].

Mais qui était vraiment Toussaint Louverture ? Ce sont ses représentations qui vont nous permettre d’approcher le personnage.

Toussaint Louverture : un héros positif modèle pour Victor Schœlcher et Aimé Césaire

Comment en réaliser un portrait ?

Quel est le vrai visage de Toussaint Louverture ? La question se pose avec récurrence.

1. Portrait de Toussaint Louverture, par Leboiteux (lithographie d’après Toussaint-Louverture, général en chef de l’armée de Saint-Domingue, surnommé le premier des noirs, par Gragnon-Lacoste, Paris, 1877, University of Florida Library).
2. Toussaint Louverture Chef des Noirs Insurgés de Saint Domingue (Paris, [1802], The John Carter Brown Library).
3. Portrait de profil d’un médaillon conservé avec ceux de la famille de Lacaze (Mupanah, Haïti).
4. Jimmy Jean-Louis dans le rôle de Toussaint Louverture (téléfilm de France 2 ; ce programme a été diffusé pour la première fois à la télévision du 14 au 15 février 2012).
5. Sculpture représentant Toussaint Louverture (présentée lors de l’exposition du 18 janvier-9 juin 2003 : « Les Visages de Toussaint », Musée municipal de Pontarlier). Les lieux de mémoire liés à la mort de Toussaint Louverture et à l’abolitionnisme se sont particulièrement mobilisés en 2003.
6. Cellule de Toussaint au fort de Joux, lieu de son incarcération.
7. Equestrian portrait of Toussaint Louverture, par Denis A. Volozan (1800-1825, Musée d’Aquitaine, Bordeaux).
8. Toussaint Louverture portrait par Nicolas Eustache Maurin (1838).

Les images ont souvent été manipulées pour présenter le personnage, soit pour le dénoncer, soit pour l’exalter. Patrick Sylvain, professeur de civilisation et de langue haïtiennes à la Brown University (États-Unis) précise que « la réalité du personnage de Toussaint a eu à pâtir de véritables stratégies de déformation et de diffamation dont restent aujourd’hui marqués nos esprits, et c’est comme d’un homme tantôt petit et sans attraits, tantôt imposant et ostentatoire que l’on se souvient de lui, une représentation peut-être inexacte de son héritage [3]. »

Sur l’un des sites institutionnels liés à la mémoire de l’esclavage et des abolitions intitulés « Les anneaux de la mémoire », en 2011, Patrick Sylvain [4], revient sur les différents portraits. L’auteur, suite aux échanges qu’il eut avec le chercheur Mario Valdès, plaide pour voir dans le portrait de Girardin (n° 11 des « Portraits de Toussaint Louverture » reproduits ici) le véritable portrait de Toussaint Louverture, loin de la lithographie de Delpech (1838), d’après une gravure de Maurin (1832) présentant Toussaint en costume militaire mais avec un visage peu amène (n° 8 et 13). L’historien haïtien Michel-Philippe Lerebours les rejoint sur ce choix. Mario Valdès précise :

Ce portrait réalisé par le fils de René Louis de Girardin, mécène du grand philosophe français Jean-Jacques Rousseau, dépeint Toussaint d’après l’idéal révolutionnaire. On est loin ici de l’image du dictateur féroce qu’il devint plus tard et qui a dominé l’idéologie politique de Haïti durant les deux derniers siècles. C’est cette image dans toute sa portée philosophique qui doit dominer si Haïti doit devenir la première république noire.

Néanmoins Jacques de Cauna, biographe de Toussaint, répond en note à cet article en défendant le portrait qu’il avait précédemment identifié (n° 14) :

Je me dois de vous mettre en garde relativement à la « révélation » canadienne sur « le vrai visage de Toussaint ». Je vous conseille la plus grande prudence vis-à-vis de cet article qui n’apporte aucun élément probant sur l’origine de ce portrait et énonce quelques contre-vérités historiques. Je ne peux que vous rappeler que le vrai visage de Toussaint Louverture a été établi clairement par mes soins en 1789 (sic) [1989] lors de la découverte au Manoir des Lauriers du portrait en pied réalisé par Baquoy à son arrivée à Brest en 1802, que j’ai authentifié et qui correspond parfaitement à celui du médaillon familial conservé au Mupanah. Aucun de ces deux portraits ne laisse apparaître de boucle à l’oreille gauche de Toussaint, entre autres éléments suspects.

Il revient plus complètement dans un article intitulé « Le véritable visage de Toussaint Louverture [5] » sur le portrait (n° 14) qui est sans conteste celui de Toussaint lorsqu’il arrive en France, à Brest (1802) avant d’être conduit au Fort de Joux.

9. Toussaint Louverture, gravure anonyme, en frontispice de Histoire de Toussaint Louverture, chef des noirs insurgés de Saint-Domingue, par Pauléus Sannon (1802).
10. Général Toussaint Louverture (Schomburg Center for Research in Black Culture).
11. Toussaint L’Ouverture, par Girardin.
12. Toussaint Louverture, anonyme.
13. Toussaint Louverture, par Nicolas Eustache Maurin (lithographie, 1838, Musée du Nouveau Monde, La Rochelle).
14. Toussaint Louverture, par Baquoi (lors de son arrivée à Brest entre le 12 et 23 juillet 1802 : il est alors aux arrêts et en instance de transfert vers le fort de Joux).
L’essentiel des portraits se trouve commenter sur le site américain The John Carter Brown Library [6].

Ces deux positions ne s’opposent peut-être pas totalement. En effet, il s’agit bien de deux portraits mais assurément à des étapes différentes de la vie du héros haïtien.

C’est sous les traits de Jimmy Jean-Louis que le héros haïtien (n° 4) est incarné dans le dernier téléfilm qui lui est consacré. Précédemment en 2005, la télévision avait diffusé un documentaire de Laurent Lutaud intitulé « Toussaint Louverture, Haïti et la France [7] » qui présentait les lieux de mémoire et donnait la parole à des écrivains (comme Aimé Césaire), des conservateurs de musée et autres personnes d’Haïti.

Ce Toussaint Breda devint Toussaint L’Ouverture. Ce cavalier (n° 2), celui de l’Ouverture, son surnom, deviendra son nom. En effet, Toussaint cavalier émérite savait ouvrir une brèche dans les lignes ennemies pour se sortir d’un encerclement ou d’un piège.

Quel que fut son visage il est apparu à de nombreux écrivains comme un héros positif. Ce fut particulièrement le cas pour Victor Schœlcher, le père de l’abolition de l’esclavage dans les colonies françaises sous la Seconde République.

Victor Schœlcher : la personnalité de Toussaint

Parmi ceux qui ont milité pour la fin de l’esclavage, Victor Schœlcher, qui obtient en 1848 la fin de l’esclavage dans les colonies françaises, a rédigé sa biographie de Toussaint Louverture [8].

Dans cette histoire militante, Toussaint fait la démonstration de l’égalité des races : « La race noire eut aussi ses saints hommes, ses grands hommes qui, par leur comportement, leurs actes, démentent l’infériorité congénitale qui serait l’apanage de cette race [9] », indique Schœlcher. Toussaint Louverture apporte un exemple d’autant plus éclatant à la démonstration qu’il est né dans la servitude : « tient-il aussi le rang intermédiaire entre nous et le singe… Le Nègre de 50 ans, qui devient tout à coup grand général, grand administrateur, grand politique, dont le génie croît au fur et à mesure que les événements croissent en importance ? ». Schœlcher attend 1889 pour publier alors que son voyage aux Antilles et en Haïti date de 1841. Il y rencontra même la veuve du général de Dessalines. Entre temps, ce Républicain fait voter les décrets du 27 avril 1848 sur l’abolition de l’esclavage dans les colonies françaises. Député de la Martinique puis de la Guadeloupe, il connaît l’exil sous Napoléon III, il prononce une conférence pour le négrophile [10] bordelais Gragnon Lacoste. Les fonds récoltés serviront à ériger un buste de Toussaint. Son œuvre s’appuie sur des recherches archivistiques. Il se comporte en historien de métier doublé de la réflexion morale. Il est à noter que 1889, la date d’édition de l’ouvrage de Schœlcher, marque le centenaire de Révolution française. Comme si Victor Schœlcher voulait montrer le lien indéfectible entre la Révolution haïtienne et la Révolution française. Son ouvrage est d’inspiration romantique dans la lignée d’un Lamartine [11], qui produit un drame en cinq actes en 1850 sur le héros. Il voit en Toussaint Louverture l’homme au destin prométhéen.

Aimé Césaire : Toussaint le Précurseur

Dans son Cahier d’un retour à son pays natal, Aimé Césaire célèbre Haïti comme le pays « où la Négritude se mit debout pour la première fois et dit qu’elle croyait en son humanité [12] ».

Aimé Césaire, chantre de la négritude, antillais, était attendu aussi sur son Toussaint. C’est le ton de l’épopée qui est choisi par Césaire pour célébrer son héros. Il ne veut pas voir son ambition. Césaire ne comprend pas qu’on lui reproche d’avoir perdu le contact avec les masses. Il met en valeur une idée originale défendue par Toussaint : celle d’un « commonwealth français ». Son ouvrage se compose de trois parties : « La Fronde des Grands Blancs », « la révolte mulâtre », « la Révolution des Nègres ». Il conclut ainsi :

Quand Toussaint Louverture vint, ce fut pour prendre à la lettre la déclaration des droits de l’homme, ce fut pour montrer qu’il n’y a pas de race paria ; qu’il n’y a pas de pays marginal ; qu’il n’y a pas de peuple d’exception. Ce fut pour incarner et particulariser un principe ; autant dire pour le vivifier. Dans l’histoire et dans le domaine des droits de l’homme, il fut, pour le compte des nègres, l’opérateur et l’intercesseur. Cela lui assigne sa place, sa vraie place. Le combat de Toussaint Louverture fut ce combat pour la transformation du droit formel en droit réel, le combat pour la reconnaissance de l’homme et c’est pourquoi il s’inscrit et inscrit la révolte des esclaves noirs de Saint-Domingue dans l’histoire de la civilisation universelle. S’il y a dans le personnage un côté négatif – difficilement évitable d’ailleurs eu égard à la situation – c’est en même temps là qu’il réside : de s’être davantage attaché à déduire l’existence de son peuple d’un universel abstrait qu’à saisir la singularité de son peuple pour la promouvoir à l’universalité. Insuffisante synthèse sans doute, mais qui donnait le branle décisif à l’histoire haïtienne. C’est pourquoi l’Intercesseur mérite bien le nom que lui donnent ses compatriotes d’aujourd’hui : le Précurseur [13].

Son mot de la fin n’est pas sans rappeler la façon dont on désigne dans la Bible Jean le Baptiste, considéré comme le Précurseur de Jésus-Christ. Toussaint est hissé à ce niveau de responsabilité. Son charisme est reconnu.

Édouard Glissant, à son tour, se penche sur ce héros et choisit le théâtre pour lui donner chair.

Monsieur Toussaint d’Édouard Glissant : « créolisation » du héros

Édouard Glissant et la créolisation

Romancier, poète et essayiste martiniquais, Édouard Glissant (1928-2011) a fait ses études au lycée Victor Schœlcher de Fort-de-France, puis à la Sorbonne (en philosophie) et au musée de l’Homme (en ethnologie). Il publia ses travaux dans les Lettres nouvelles et connut la notoriété avec le prix Théophraste Renaudot pour La Lézarde. Admirateur de Frantz Fanon [14] et de son engagement pour l’Algérie, Glissant n’obtint pas l’autorisation de revenir en Martinique et fut expulsé en Guyane. Il signe le manifeste des 121 et fait partie de l’éphémère Front antillo-guyanais pour l’Indépendance. Il peut revenir en Martinique en 1965 et y crée l’Institut martiniquais d’études, établissement privé où l’enseignement voulait s’adapter aux réalités politiques, sociales et culturelles des Antilles. Son œuvre majeure est sans doute sa thèse de doctorat d’État intitulée Le Discours antillais. Il devient enseignant aux États-Unis. Directeur du Courrier de l’Unesco (1982-1988), il est nommé Distinguished University Professor de l’Université d’État de Louisiane (LSU), où il dirige le Centre d’études françaises et francophones. À partir de 1995, il est Distinguished Professor of French à la City University of New York (CUNY).

Tenant de l’antillanité, Édouard Glissant évoque dans ses textes la souffrance et les drames causés par la colonisation. Il vénère l’Afrique et n’oublie pas la dette des Antilles à son égard. Il pense que les Indes occidentales, malgré leur géographie éclatée et « torturée », carrefour des races et de civilisations, doivent s’unir pour briller, « soleils éteints dans la chevelure du vrai soleil ».

Après la négritude d’Aimé Césaire, Édouard Glissant plaide pour la créolisation dans son œuvre en général (Le Discours antillais) et dans sa pièce de théâtre, il insère du parler créole dans les dialogues [15].

Monsieur Toussaint au théâtre

L’introduction de Monsieur Toussaint explique la place singulière dans l’œuvre de Glissant :

Seule pièce de théâtre écrite par Édouard Glissant, ce poème dramatique est publié dans sa version théâtrale en 1961. Cette première version est mis en onde sur les antennes de France-Culture en 1971, avec, entre autres interprètes, Douta Seck et Toto Bissainthe. Une version scénique est représentée pour la première fois au théâtre international de la Cité universitaire, le 21 octobre 1977 par la troupe du Théâtre noir, avec, dans les principaux rôles, Georges Hillarion et Darling Légitimus. La mise en scène était de Benjamin Jules-Rosette. Cette version scénique a été reprise, avec une nouvelle distribution, sous la même direction, de novembre 1985 à janvier 1986 [16].

La pièce se déroule à Saint-Domingue en même temps que dans la cellule du Fort de Joux où est reclus le héros, en uniforme de général de la République, « un foulard noué autour de la tête, son chapeau à plumet posé sur les genoux » :

Autour de lui, apparaîtront :
– Maman Dio, longue robe grise et foulard ;
– Mackandal, pantalon de sac, chemise en pièces, une manche attachée sur la taille, car Mackandal est manchot ;
– Macaïa, même vêtement, un coutelas sans gaine passé à la ceinture ;
– Bayon-Libertat, bottes et large chapeau de paille ;
– Moyse, général, un bandeau sur l’œil ;
– Delgrès enfin, en uniforme de commandant.
Ce sont les morts, qui fréquentent le seul Toussaint, et invisibles pour les autres personnages.
Chaque fois que l’action est située à Saint-Dominique et qu’elle requiert la présence de Toussaint, celui-ci vient dans l’espace au-devant de la cellule. Mais on comprend qu’il n’échappe jamais à cette prison finale, même alors qu’il accomplit son triomphant passé. Il n’y a pas de frontière définie entre l’univers de la prison et les terres de l’île antillaise [17].

Figure du Toussaint d’Édouard Glissant

La pièce d’Édouard Glissant consacré au libérateur d’Haïti s’organise selon une tragédie grecque : les dieux, les morts, le peuple, les héros.

Homère, l’Iliade et l’Odyssée ; Hésiode, les Travaux et les Jours, Sophocle, Eschyle ou Euripide ne sont pas loin.

Toussaint enfermé dans sa prison du fort de Joux où il est maltraité par ses geôliers, les souvenirs de son passé glorieux prennent vie : personnages historiques, scènes dramatiques se succèdent. La pièce tourne autour du débat idéologique toujours d’actualité. Quelle leçon tirer de l’attitude pragmatique de Toussaint, incompris des extrémistes [18] ?

La figure de Toussaint par Édouard Glissant est celle d’un héros grec. Le héros de la tragédie qui, après un passé glorieux au service des siens, finit sa vie dans les geôles froides et humides de la France.

Le Toussaint des historiens : esclave noir émancipé, libérateur de l’île de Saint-Domingue, mort au fort de Joux (Jura)

L’historiographie de Toussaint Louverture

L’historiographie de Toussaint Louverture est importante et ancienne. Pour Haïti, on se reportera à l’importante recension de Michel Hector dans les Annales historiques de la Révolution française [19]. Côté français, un de nos meilleurs spécialistes actuels de Toussaint est Philippe R. Girard qui a étudié les sources conservées aux Archives nationales.

Nous possédons quatre versions [20] du manuscrit des mémoires de Toussaint Louverture, source essentielle à la base de toute histoire du personnage. Philippe R. Girard nous restitue ces quatre versions sur le site de la revue des Annales. Histoire, Sciences sociales [21] en complément à son article [22] sur la langue que parlait Toussaint Louverture. Il évoque, à partir d’une étude minutieuse des manuscrits de Toussaint, les différentes langues parlées et notamment les origines du kreyòl haïtien, langue afro-européenne des colonies françaises.

L’historiographie de Toussaint Louverture est multiple, les approches disciplinaires variées et sa figure semble complexe.

Pierre Pluchon, spécialiste reconnu de l’histoire de la colonisation française [23] a écrit, il y a quelques années une biographie de Toussaint Louverture le présentant comme un révolutionnaire noir d’Ancien Régime [24]. Ce que conteste sur plusieurs points Florence Gauthier dans la recension de l’ouvrage pour la revue Annales historiques de la Révolution française [25]  : «  Tout est dit ! Louverture aurait choisi la “civilisation” contre “l’Afrique”. Il aurait restauré […] Saint-Domingue comme colonie noire par la peau, européenne par l’économie et le pouvoir. C’est dans ce sens que Louverture serait “un révolutionnaire noir d’Ancien Régime”. » Au terme de son réquisitoire, elle conclut :

Le message de M. Pluchon s’adresse au présent et s’inscrit dans les tentatives actuelles de re-légitimation de l’histoire du colonialisme et de la domination du Nord sur le reste du monde. Il est clair que l’auteur a voulu faire coïncider l’histoire de la première révolution anticoloniale, celle de Saint-Domingue à l’époque louverturienne, avec l’apparition du sous-développement. C’est la thèse de fond. Le sous-développement n’est d’ailleurs pas posé ici comme un problème historique, mais relève de la thèse raciste de l’auteur. Le plus grave est que cette thèse du sous-développement est historiquement fausse en ce qui concerne la période louverturienne [26].

Au-delà de ces polémiques, on se reportera à la présentation du professeur Philippe Girard, historien d’origine guadeloupéenne, à propos des dernières avancées scientifiques concernant Toussaint Louverture, intitulée : « Haïti : Monsieur Toussaint, une figure plutôt complexe [27] » lors de la 25e conférence annuelle de la HSA (Haïtian Studies Association) en 2013. Les interprétations autour du personnage restent souvent encore très polémiques. C’est toute la difficulté pour commémorer Toussaint.

Variation sur les « figures » de Toussaint : les commémorations

Les commémorations autour des événements phares de l’histoire nationale haïtienne ont permis de mettre au devant de la scène la figure de Toussaint Louverture. L’année 2003, année du bicentenaire de sa mort, a été l’occasion en France de nombreuses manifestations comme on peut le constater sur le site officiel [28] des célébrations nationales du ministère de la Culture et de la Communication.

Mais c’est du côté de Pontarlier que nous allons nous tourner. Cette lettre récente du maire adressée en Haïti rappelle les nombreuses commémorations qui se sont déroulés du côté français au cours du temps, le fort de Joux n’ayant jamais oublié son illustre prisonnier. À l’occasion de la célébration du 210e anniversaire de la mort de Toussaint Louverture, le maire de Pontarlier et président de la communauté de communes du Larmont, propriétaire du fort de Joux où est décédé Toussaint Louverture, a envoyé cette lettre aux autorités haïtiennes. Cette lettre a été lue dimanche 7 avril au Mupanah [29] par Dominique Delpuech, chargé d’affaires ad interim de l’ambassade de France en Haïti [30].

Monsieur Patrick Genre,
Maire de Pontarlier,
Président de la communauté de communes du Larmont, propriétaire du fort de Joux – France.
Pontarlier, le 7 avril 2013
À Monsieur le Président de la République,
Monsieur le Premier Ministre
Madame la directrice du Mupanah
Mesdames, Messieurs,
C’est avec un vif plaisir et une certaine émotion que je vous adresse, depuis le fort de Joux, ce message à l’occasion du 210e anniversaire de la mort de Toussaint Louverture et du 30e anniversaire du Mupanah, moments auxquels nous nous associons pleinement puisqu’ils font parties intégrantes de notre histoire car c’est ici au fort de Joux que mourut le 7 avril 1803 Toussaint Louverture et que fut enlevée le 16 mars 1983 une pelletée de terre remise symboliquement à la république d’Haïti.
Cette présence de Toussaint Louverture au Mupanah, symbolique puisque ses restes ont disparu à jamais ici au fort de Joux, nous replonge dans notre histoire.
Déjà en 1895 le gouvernement haïtien croyant les restes à Bordeaux en avait demandé le retour et une enquête menée à Pontarlier en avait démontré le caractère vain. Une nouvelle demande fut formulée par Haïti en 1920 puis renouvelée dans les années 1960 et ce n’est qu’en 1983 qu’un transfert symbolique fut réalisé. Si le corps de Toussaint Louverture avait disparu à tout jamais, dès 1901 une première plaque apposée dans la mairie de la Cluse-et-Mijoux honorait sa mémoire.
En 1927, lors d’une émouvante journée en présence des autorités françaises, le colonel Nemours, représentant d’Haïti à la Société des Nations, déposait sur la cheminée qui vit s’exhaler le dernier souffle de Toussaint Louverture, le drapeau haïtien, que le précurseur de l’indépendance n’avait pu voir de son vivant.
En 1937, un de mes prédécesseurs à la mairie de Pontarlier, Raymond Vauthier faisait baptiser une rue Toussaint-Louverture à Pontarlier, la première en France.
En 1954, l’ambassadeur Léon Thébaud, faisait, à l’occasion du 150e anniversaire de l’indépendance d’Haïti, ériger un mémorial au fort de Joux avec l’appui du maire de la Cluse-et-Mijoux, Monsieur Émile Lambert qui se voyait décorer de l’ordre du Mérite de la République d’Haïti en 1958.
En 1972, deux lycées professionnels de Pontarlier décidaient de fusionner et prenaient le nom de Toussaint-Louverture.
En 1983, après divers échanges entre nos gouvernements, l’ambassadeur Guerrier venait au fort de Joux prélever une pelletée de terre qui déposée dans une urne était acheminée à Port-au-Prince et déposée au Mupanah pour son inauguration.
En 1987, le président de la République française, François Mitterrand se recueillait dans la cellule où mourut Toussaint, laissant en témoignage de son passage et sur le livre d’or du fort cet hommage : « Toussaint est l’un des grands hommes de son siècle ».
En 1998, à l’occasion du 150e anniversaire de l’abolition de l’esclavage, une inscription retenait le souvenir de Toussaint au Panthéon national à Paris : « À la mémoire de Toussaint Louverture, combattant de la liberté, artisan de l’abolition de l’esclavage, héros haïtien mort déporté au fort de Joux en 1803 ».
En 2003, la communauté de communes du Larmont, propriétaire du fort de Joux, organisait à l’occasion du bicentenaire de la mort de Toussaint Louverture placé sous le haut patronage du président de la République française, d’importantes commémorations initiées dès 2002 avec le don par la république d’Haïti d’un buste de Toussaint Louverture.
En 2009, c’est ici au fort de Joux que se tenaient les assises préparatoires de la coopération décentralisée entre la France et Haïti, et que pour la première fois une délégation de Pontarlier se rendait officiellement en Haïti, engageant une coopération autour de la rencontre de ces deux prestigieux monuments que sont le fort de Joux et la Citadelle du roi Christophe.
Comme vous le voyez, malgré la tragédie de la guerre d’indépendance et le calvaire vécu par Toussaint Louverture, son souvenir n’a jamais été effacé ici au fort de Joux et la flamme de sa mémoire est entretenue.
À ce long historique, il nous manquera une dernière consécration, celle de la venue, et pour la première fois dans l’Histoire, d’un chef d’État haïtien en exercice au fort de Joux.
Cette invitation à se rendre ici au fort de Joux, que j’ai personnellement portée moi-même en juin 2011 lors de mon voyage en Haïti a reçu une réponse élogieuse du président Martelly. Nous espérons tous sa réalisation à l’occasion d’un prochain déplacement en France du chef de l’État haïtien.
Mesdames, messieurs, je vous remercie et vous renouvelle toutes nos amitiés depuis le fort de Joux.
Patrick Genre

Conclusion

Pour conclure, peut-on parler pour Toussaint d’un héros déchu et mémorable ?
Régulièrement sa biographie est reprise par les militants (Victor Schœlcher [31], Cyril Lionel Robert James [32], Aimé Césaire [33]), les historiens (Pierre Pluchon, Alain Foix, Philippe R. Girard) et récemment un téléfilm de Philippe Niang [34] avec Jimmy Jean-Louis dans le rôle titre (Toussaint Louverture) a été produit en 2011, a été diffusé sur les antennes de France 2 les 14 et 15 février 2012 et a donné chair par la fiction à ce héros.

Si ce téléfilm constitue un précédent sur ce personnage historique, il suscite un débat quant à certains passages qui déforment radicalement la réalité historique. Ainsi Gérard de Cortanze, qui a publié la biographie d’Alain Foix sur Toussaint Louverture, précise : « Je veux bien qu’on dramatise pour les besoins de la fiction mais là, il y a une volonté de détourner la vérité historique pour que les Blancs apparaissent comme des esclavagistes et des négrophobes, déplore l’éditeur. Ce qui m’inquiète, c’est la façon dont vont réagir les jeunes des banlieues lorsqu’ils vont voir le film. » Et il continue exemples à l’appui : « La famille de Toussaint n’a jamais été séparée au fort de Joux en plein hiver mais à Saint-Domingue. Le père de Louverture n’a pas été jeté à l’eau par un Blanc, il était protégé par son maître et il est mort presque centenaire. » On peut rajouter que le domestique de Toussaint, Mars Plaisir, n’a pas été exécuté par le général Caffarelli mais a été libéré…
Philippe Niang, le réalisateur, indique qu’il a amplifié certaines scènes pour des raisons fictionnelles mais aussi pour rendre compte de ce que pouvait être la réalité de l’esclavage à Saint-Domingue (souvent décrite comme un enfer sur terre). Il précise encore : « Toussaint Louverture fait partie de ces icônes, quitte à tordre le cou à la vérité historique, au nom de la vraisemblance idéologique… C’est pourquoi j’ai mis en scène des épisodes qui pour n’être pas tangibles n’en sont pas moins crédibles comme l’assassinat par noyade du père de Toussaint. »
L’historien Philippe Pichot [35] est encore plus sévère vis-à-vis des erreurs factuelles et des contresens que contient le téléfilm. Il parle de « réécriture de l’histoire, manipulation mémorielle, propagande idéologique » et présente « une liste longue comme le bras des contre-vérités dans le film. »
Les auteurs du scénario ont rappelé cependant qu’une œuvre de fiction n’est pas un documentaire et défendu le principe de leur liberté d’adaptation. Pour eux, nul ne peut se prévaloir d’être propriétaire de la mémoire et du rayonnement de quiconque ni davantage dépositaire de sa vérité historique. Ils ont rappelé que ces controverses étaient analogues à celles qui ont accueilli la sortie du film Amadeusde Milos Forman, œuvre par ailleurs unanimement saluée et récompensée dans le monde entier [36]. »

D’autres comme c’est le cas de Bruno Calvès, qui en fait la critique pour la revue L’Histoire, malgré les imperfections historiques notées en fin d’article, salue ce téléfilm :

Le film de Philippe Niang est fidèle à ce que l’histoire a retenu de Toussaint Louverture – de son vrai nom François-Dominique Toussaint – ici interprété de façon flamboyante par le comédien haïtien Jimmy Jean-Louis. On saura gré à la production d’avoir évité de dresser un réquisitoire convenu comme le système colonial qui régnait alors en maître dans les colonies européennes. Loin de faire de Louverture une figure strictement héroïque, Philippe Niang se sert des trois heures de film pour bâtir une figure complexe, en proie aux doutes, souvent intransigeante, n’échappant pas, non plus, à des choix politiques ambigus. Par exemple, devenu le maître sans partage de la colonie, le général Louverture ira jusqu’à rappeler les planteurs chassés par la Révolution et rétablira le travail forcé pour les Noirs sur les plantations. Il fera même exécuter les « meneurs » noirs qui avaient contesté sa décision [37].

Florence Gauthier, sur le blog Révolution française, fait la critique de ce téléfilm et revient comme dans son article précédent [38] sur l’influence néfaste des thèses de Pierre Pluchon, influencé lui-même par Pamphile de Lacroix :

Même parti pris en faveur du monde colonial et raciste, mêmes calomnies contre la Révolution de Saint-Domingue et l’Indépendance d’Haïti, même volonté de présenter Louverture comme un militaire brutal et même partisan du système colonial esclavagiste et raciste. La négation de l’amitié entre Laveaux et Louverture le prouve, selon Pluchon, qui affirme qu’un tel sentiment est impossible entre deux « races », avouant son propre racisme… postcolonial. Ces calomnies sont troublantes, qu’elles soient reprises par ce téléfilm quelques 23 ans après la publication du livre de Pluchon, sans recul ni critique, avec le seul rajout de la femme de Louverture lassée de la conquête de la liberté générale, voilà qui laisse perplexe et inquiet en ce début de millénaire globalisant [39]

Toussaint est donc toujours enjeu de mémoire. Après la loi Taubira [40] sur la reconnaissance des traites et des esclavages comme crime contre l’humanité, une nouvelle question vive a été enseignée par l’Éducation nationale [41]. Le Conseil représentatif des associations noires de France [42] (CRAN) a vu le jour en 2005. Cette nouvelle fiction biographique télévisuelle de Toussaint s’inscrit dans ce contexte mémoriel.
Parmi toutes ces représentations de Toussaint, Édouard Glissant, par son unique pièce de théâtre, intitulée Monsieur Toussaint met particulièrement en valeur le personnage dans toute sa complexité. Les deux espaces (insulaire et carcéral) avec une scène coupée en deux permettent d’insister sur la simultanéité des « vécus » de Toussaint. La version scénique a essayé de traduire cette complexité, également concernant la langue des acteurs proprement haïtiens du drame. L’usage du créole est particulièrement présent dans les incantations, les mélopées de la grande prêtresse vaudou, Maman Dio. Comme une tragédie grecque, d’ailleurs formalisée dans la structuration même de la pièce (les dieux, les morts, le peuple, les héros), cette sonorité donne à la pièce une dimension poétique. Enfin cette « créolisation » du texte rappelle dans l’esprit de Glissant que les Antillais n’ont pas à avoir honte de descendre d’une lignée d’esclaves. Il leur faut accepter la plantation comme seule matrice ; ne pas occulter ce passé mais au contraire le revendiquer.

Notes

[1Charles-André Julien, « Préface » dans Aimé Césaire, Toussaint Louverture. La Révolution française et le problème colonial, Paris, Présence africaine, 1981, p. 7.

[2Jacques de Cauna (éd.), Toussaint Louverture et l’indépendance d’Haïti. Témoignages pour un bicentenaire, Paris, Karthala – SFHOM, 2004, p. 11.

[3Patrick Sylvain, « Le Vrai Visage de Toussaint Louverture ? », Les Anneaux de la mémoire, http://www.anneauxdelamemoire.org/fr/blog/item/412-le-vrai-visage-de-toussaint-louverture-?.html

[4Ibid.

[6David Geggu, « The Changing Faces of Toussaint Louverture. Literary and Pictorial Depicitons », The John Carter Brown Library :
http://www.brown.edu/Facilities/John_Carter_Brown_Library/toussaint/pages/iconography.html#f79

[7Laurent Lutaud, « Toussaint Louverture, Haïti et la France », Same Films / France 3 / TV5 / Histoire – 2005. Présentation sur le site du réalisateur : http://www.filmsdocumentaires.com/films/138-toussaint-louverture avec un extrait vidéo, ainsi qu’un complément de Yanick Lahens, « Toussaint Louverture, le premier des noirs » http://www.docu-films.fr/lutaud/Toussaint-louverture,_le_premier_des_noirs.html

[8Victor Schoelcher, Vie de Toussaint Louverture, Introduction de Jacques Adélaïde-Merlande, Paris, Karthala, 1982.

[9Jacques Adélaïde-Merlande, Introduction, apud Victor Schoelcher, Vie de Toussaint Louverture, Paris, Karthala, 1982, p. IX.

[10L’expression est de Victor Schoelcher.

[11Alphonse de Lamartine (1790-1869), Toussaint Louverture : drame en 5 actes et en vers, Gallica [en ligne] http://visualiseur.bnf.fr/CadresFenetre?O=NUMM-210110&I=23&M=tdm
ou https://archive.org/details/toussaintlouvert00lamauoft

[12Aimé Césaire, Cahier à d’un retour à son pays natal, (1947), Paris, Présence africaine, 1983, p. 24.

[13Aimé Césaire, Toussaint Louverture. La Révolution française et le problème colonial, Préface de Charles-André Julien, Paris, Présence africaine, 1981, p. 344-345.

[14Frantz Fanon, Peau noire, masque blanc, Paris, 1952, rééd. Seuil, coll. « Points », 1971.

[15Édouard Glissant, Monsieur Toussaint (version scénique), Paris, Éd. du Seuil, 1986, rééd. Gallimard, 1998. Les dialogues avec Maman Dio sont en créole et traduits en français.

[16Édouard Glissant, Monsieur Toussaint (version scénique), Introduction, Paris, Éd. du Seuil, 1986, rééd. Gallimard, 1998, p. 12.

[17Ibid., p. 15.

[18Jean-Paul Duviols et Pedro Urena-Rib, Dictionnaire culturel des Caraïbes, Paris, Ellipses, 2009, p. 175.

[19Michel Hector, « L’historiographie haïtienne après 1946 sur la révolution de Saint-Domingue », Annales historiques de la Révolution française, vol. 293, 1993, p. 545-553,
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ahrf_0003-4436_1993_num_293_1_3395

[20Le manuscrit A (AN, AF/IV/1213, dossier 1) est la première version du mémoire de Toussaint Louverture. Il fut dicté par lui et rédigé par son secrétaire Jeannin, puis corrigé de la main de Jeannin. Le manuscrit B (AN, AF/IV/1213, dossier 1) est la deuxième version du mémoire de Toussaint Louverture. Il fut dicté par lui et rédigé par son secrétaire Jeannin, puis corrigé de la main de Jeannin et de celle de Louverture. Il contient une « addition au présent mémoire » qui n’apparaît pas dans le manuscrit A, ainsi qu’une supplique finale de la main de Louverture. Le manuscrit D (ANOM, EE1734, dossier 2) est la troisième version du mémoire de Toussaint Louverture. À quelques exceptions près, il est proche textuellement du manuscrit B. C’est probablement la version destinée à être envoyée à Napoléon Bonaparte, car l’écriture de Jeannin est mieux formée, les ratures sont rares, et c’est la seule version à être signée par Louverture. Cette version contient un ajout marginal de la main de Louverture, ainsi qu’une supplique finale de sa main. C’est la version qui servit de point de départ pour l’édition de Joseph Saint-Rémy en 1853. Le manuscrit C (AN, AF/IV/1213, dossier 1) est la quatrième version du mémoire de Toussaint Louverture. Il fut entièrement rédigé de sa main, ce qui explique pourquoi l’orthographe et la syntaxe de ce manuscrit diffèrent sensiblement des autres versions. Le manuscrit C omet en outre certains passages du manuscrit D (en particulier sur son arrestation) et contient certains passages inédits. Ce manuscrit a été reproduit dans une version francisée dans Jacques de Cauna (éd.), Mémoires du Général Toussaint Louverture commentés par Saint-Rémy, Guitalens-L’Albarède, La Girandole, 2009, ainsi que, dans une version plus fidèle à l’original, dans Daniel Desormeaux (éd.), Mémoires du général Toussaint Louverture, Paris, Classiques Garnier, 2011. La transcription verbatim reproduit fidèlement la version C du mémoire de Toussaint Louverture, qui est la seule version rédigée entièrement de sa main et le plus long texte authentique écrit par Louverture. Comme Louverture écrivait souvent de manière phonétique, une analyse textuelle détaillée du mémoire C permet de recréer la façon dont il s’exprimait et notamment d’identifier des tournures de phrase propres au kreyòl haïtien et au français des colonies.

[21Philippe R. Girard, dans Annales. Histoire, Sciences sociales, http://annales.ehess.fr/index.php?283, 2013.

[22Philippe R. Girard, « Quelle langue parlait Toussaint Louverture ? Le mémoire du fort de Joux et les origines du kreyòl haïtien », Annales. Histoire, Sciences Sociales, 2013/1, t. 68, p. 109-132. L’auteur précise que dans cet article : « le terme kreyòl désigne la langue afro-européenne des colonies françaises, tandis que créole désigne les personnes nées aux Amériques » (note 2).

[23Pierre Pluchon, Histoire de la colonisation française, t. 1 : Le premier empire colonial. Des origines à la Restauration, Paris, Fayard, 1991.

[24Pierre Pluchon, Toussaint Louverture. Un révolutionnaire noir d’Ancien Régime, Paris, Fayard, 1989, p. 554.

[25Florence Gauthier, « Toussaint Louverture. Un révolutionnaire noir d’Ancien Régime ? », Annales historiques de la Révolution française, 1993, n° 3-4, p. 556-58, reproduit également sur le blog Révolution française. L’Esprit des Lumières et de la Révolution, http://revolution-francaise.net/2008/05/15/234-compte-rendu-pierre-pluchon-toussaint-louverture-un-revolutionnaire-noir-d-ancien-regime-par-florence-gauthier.

[26Ibid.

[27Philippe Girard, « Haïti : Monsieur Toussaint, une figure plutôt complexe »,
http://creoleways.com/2013/11/01/haiti-monsieur-toussaint-une-figure-plutot-complexe/.

[28France. Ministère de la Culture et de la communication. « Célébrations nationales 2003 : Mort de Toussaint Louverture »,
http://www.culture.gouv.fr/culture/actualites/celebrations2003/maniflouverture.htm.

[29Le musée du Panthéon national haïtien (MUPANAH) est un musée qui présente les héros de l’Indépendance d’Haïti, ainsi que le patrimoine historique et culturel haïtien.

[30Ambassade de France de Port-au-Prince. « Commémoration Toussaint Louverture »,
http://www.ambafrance-ht.org/Nouvel-article,1401

[31On se reportera au site du Sénat : textes de Nelly Schmidt (Directrice de recherche au CNRS-Paris IV-Sorbonne) « Victor Schœlcher (1804-1893) : une vie, un siècle – L’esclavage d’hier à aujourd’hui », http://www.senat.fr/evenement/victor_schoelcher/.

[32Cyril Lionel Robert James (1901-1989) est un écrivain et militant politique, intellectuel, originaire de la colonie britannique de Trinité-et-Tobago aux Antilles. Scott McLemee, « C.L.R. James : A Biographical Introduction », American Visions, avril-mai 1996, http://www.mclemee.com/id84.html. Scott McLemee rappelle que son ouvrage sur Les Jacobins noirs publié en 1938 fut interdit jusqu’au temps de l’apartheid en Afrique du Sud.

[33On se reportera au site Hommage à Césaire, http://www.hommage-cesaire.net/spip.php?rubrique8. Sa biographie rappelle qu’« en 1950, c’est dans la revue Présence Africaine que sera publié pour la fois le Discours sur le colonialisme, charge virulente et analyse implacable de l’idéologie colonialiste européenne, que Césaire compare avec audace au nazisme auquel l’Europe vient d’échapper », et à celui de l’Éducation nationale : Explorer l’œuvre d’Aimé Césaire et évoquer les cultures des Outre-mer, http://eduscol.education.fr/cid76165/explorer-l-œuvre-d-aime-cesaire.html.

[34 Toussaint Louverture est un téléfilm français réalisé par Philippe Niang et diffusé les 14 et 15 février 2012 sur France 2,
http://fr.wikipedia.org/wiki/Toussaint_Louverture_(t%C3%A9l%C3%A9film).

[35Philippe Pichot, historien, est chef du projet développement du château de Joux-Toussaint Louverture et membre du comité pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage.

[36« Toussaint Louverture (téléfilm) », http://fr.wikipedia.org/wiki/Toussaint_Louverture. Le site de la production : http://www.eloaprod.com/film/toussaint-louverture.

[37Bruno Calvès, « Toussaint Louverture, un héros ambigu », L’Histoire, 13 février 2012,
http://www.histoire.presse.fr/actualite/infos/toussaint-louverture-heros-ambigu-13-02-2012-43408

[38Voir note 25.

[39Florence Gauthier, « Toussaint Louverture. Le combat des aigles ? Réplique. À propos de Toussaint Louverture. Le combat des aigles, téléfilm de Philippe Niang, 2011, 3h00, diffusé sur France 2, les 14 et 15 février 2012, dans Révolution française, http://revolution-francaise.net/2012/02/23/474-toussaint-louverture-le-combat-des-aigles

[40Loi nº2001-434 du 21 mai 2001 tendant à la reconnaissance des traites et des esclavages comme crime contre l’humanité, dont Christiane Taubira, alors députée, était rapporteur dans Journal Officiel http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=LEGITEXT000005630984&dateTexte=20080805. Travaux préparatoires à la loi : http://www.assemblee-nationale.fr/11/dossiers/esclavage.asp.

[41Scéren-CNDP, Quel enseignement de la traite négrière, de l’esclavage et des abolitions ? Séminaire du réseau national des écoles associées à l’UNESCO (4-6 novembre 2004), CRDP de Créteil, 2008, http://media.eduscol.education.fr/file/Formation_continue_enseignants/21/3/actes_traite_negriere_110213.pdf.

[42« Le Conseil représentatif des associations noires de France est créé le 26 novembre 2005 à l’Assemblée nationale par une soixantaine d’associations, notamment des représentants des Africains et des Antillais vivant en France » extrait de l’article « Conseil représentatif des associations noires de France » de Wikipédia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Conseil_repr%C3%A9sentatif_des_a. Site officiel du CRAN : http://www.le-cran.fr/


Pour citer l'article:

Paul PAUMIER, « Figures de Toussaint Louverture : Monsieur Toussaint d’Édouard Glissant confronté au regard des historiens contemporains » in Musique et littérature, entre Amazonie et Caraïbes. Autour d’Édouard Glissant, Actes de la journée d’étude organisée à l’Université de Rouen en avril 2012, publiés par Nicolas Darbon.
(c) Publications numériques du CÉRÉdI, "Actes de colloques et journées d'étude (ISSN 1775-4054)", n° 9, 2014.

URL: http://ceredi.labos.univ-rouen.fr/public/?figures-de-toussaint-louverture.html

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