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Véronique MONTAGNE

Université Côte d’Azur – Laboratoire CNRS / BCL / UMR 7320

Formes et enjeux des Trahisons de la fin du XVIe siècle


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Les considérations qui vont suivre reposent sur l’observation, l’analyse et la contextualisation des occasionnels suivants [1] :

La grande trahison descouverte en la ville de Poictiers, sur les entreprises de Richelieu, & Malicorne, Paris, Denis Binet, 1589.

La grande et veritable trahison decouverte en la ville de Lyon, Ensemble le nombre des traistres par noms & surnoms qui ont esté condamnez & faicts mourir par justice, Paris, Denis Binet, 1590.

Discours veritables des traysons descouvertes de la ville de Lyon et de Montbrison en Forest, ensemble la prinse & execution qui en a esté faicte par le commandement de Monseigneur le Marquis de Sainct Sorlin, & Monsieur le Marquis Dorse, faict ce present mois de fevrier 1591, Lyon, Jean Pillehotte, 1591.

La trahison descouverte en la ville d’Amyens, le Dimenche huictième jour d’Avril 1590, brassée par ceux qui tiennent le party du Roy de Navarre, avec un advertissement aux Catholiques François, Paris, Denis Binet, 1590.

La trahison nouvellement descouverte en la ville d’Amyens par les Catholiques, & la prise des heretiques & les noms de ceux qui la vouloient trahir. Avec un advertissement à tous les habitans des villes de France, & principalement à ceux de la ville de Paris, Paris, s. n., 1590.

La trahison descouverte des Politiques de la Ville de Rouen. Contenant un discours veritable de ce qui s’est faict & passé en ladicte ville, le Mercredy 7 & Jeudy 8 de ce present mois de Juin, avec les noms des Capitaines qui avoyent conspiré à l’encontre de la saincte Union, 1589.

La Thraison descouverte des Politiques de la ville de Roüen. Contenant un discours veritable de ce qui s’est faict & passé en ladicte ville, le mercredi & jeudi 8 de ce present mois de Juin, Paris, Antoine Du Breuil, 1589

La trahison descouverte des Politiques de la ville de Roüen. Contenant un discours veritable de ce qui s’est faict & passé en ladicte ville, le mercredi & jeudi 8 de ce present mois de Juin. Avec le nom des Cappitaines qui avoient conspiré à l’encontre de la saincte Union, Paris, Antoine Du Breuil, 1589.

Discours veritable du siege mis devant la ville de Montbard en Bourgongne par le Sieur de Tavane associé des Reitres du Biarnois. Avec la resistance & deffaicte desdicts Reistres, par les habitans de laditte ville. Avec la trahison descouverte, Paris, Denis Binet, 1590.

Discours veritable du siege mis devant la ville de Montbard en Bourgongne, par le Sieur de Tavane associé des Reitres du Biarnois. Avec la resistance & deffaicte desdits Reistres, par les habitans de ladicte ville. Avec la trahison descouverte, Lyon, Pillehotte, 1590. Prins sur la coppie imprimée à Paris par Denis Binet, Lyon, Jean Pillehotte, 1590.

Trahison descouverte de Henry de Valois, sur la vendition de la ville de Bologne à Jezabel Royne d’Angleterre, Paris, Michel Jouin, 1589.

Discours des trahisons, perfidies, et desloyautez des Politiques de Paris, qui avoyent vendu ladicte ville à Henry de Bourbon, chef des heretiques de France, ennemy juré de nostre saincte foy Catholique, Sur la copie imprimée à Paris, Lyon, Louis Tantillon, 1589.

Entreprise descouverte des Huguenots et politiques de Lyon, Paris, chez Michel Jouin, 1589.

Entreprise descouverte des Huguenots et Politiques de Lyon par les Catholiques de laditte ville. Avec la deffaite de ceux qui tenoient le party de Henry de Valois, Paris, Michel Joüin, 1589.

Le paratexte de la plupart de ces titres est caractérisé par la présence du mot « trahison » (au singulier ou au pluriel) ou de son para-synonyme contextuel, « entreprise » utilisé avec une spécialisation péjorative [2]. Ce substantif est caractérisé par la présence d’une épithète liée, sous la forme du participe passé « découverte [3] », lequel suppose un agent herméneute sur l’identité de laquelle nous reviendrons. Par ailleurs, les ouvrages retenus sont parus entre 1589 et 1591.

Ces « trahisons » ne sont pas spécifiques à la période prise en considération et il en existe d’autres, essentiellement parues à partir des années 1570. Toutefois, et comme le montre la lecture du catalogue USTC, on en observe une densification notable sur la période 1589-1591. Sur les 35 textes ainsi parus entre 1579 et 1591 (dont 31 sous le format in-8o), cette période de trois ans en rassemble donc 68,5.

Nous soutiendrons ici que les textes présentés ci-dessus forment un véritable corpus, c’est-à-dire un ensemble intertextuel, qui correspond en l’occurrence à un « moment discursif » : autrement dit, il s’agit d’une production discursive intense et diversifiée à propos d’un même événement [4] ». Selon toute vraisemblance, cette cohésion passe par une similarité de caractéristiques éditoriales, historiques, mais aussi stylistiques, énonciatives et donc, pragmatiques et idéologiques, toutes caractéristiques que nous nous proposons de passer en revue. L’idée sous-jacente de cette exploration systématique est aussi de comprendre ce que cette éventuelle cohérence pourrait nous apprendre du conflit politico-religieux de cette période et, plus largement, de la dynamique qui peut être celle de l’occasionnel politique.

Caractéristiques éditoriales / matérielles

Les textes signalé ci-dessus présentent les caractéristiques matérielles des occasionnels, notamment soulignées par Jean-Pierre Seguin [5]. Ils sont publiés sous le format in-8o et sont composés d’un seul cahier, c’est-à-dire d’environ 16 pages. Les quelques « trahisons » se développant sur une durée (un peu) plus longue [6] sont momentanément exclues de notre propos et serviront de contrepoint un peu plus loin.

Caractéristiques historiques et énonciatives

Par ailleurs, ces textes sont préparés par les imprimeurs de la Sainte Ligue, en l’occurrence Denis Binet, Jean Pillehotte, Antoine Du Breuil, Louis Tantillon et Michel Jouin. Il s’agit en l’occurrence de publications occasionnelles liées à un contexte politico-religieux très particulier, qui est celui de la période 1589-1591 signalée plus haut : le terminus a quo est l’assassinat des Guise en janvier 1589, lequel favorise la montée en puissance de la Ligue. Le terminus ad quem est l’année 1591, date après laquelle on ne trouve plus de courts occasionnels de petit format in-8o relatant des « trahisons » décriées par les membres de la Ligue catholique, probablement parce que l’époque est celle d’une fragilisation de la Ligue à cause de ses dissensions internes.

La période est celle où, pour être accepté comme roi de France, Henri de Navarre poursuit la guerre contre la Ligue, laquelle se déroule dans diverses villes de France. Les actions des personnes qui le soutiennent (et qui sont donc qualifiées de « trahisons ») se déroulent dans des villes systématiquement mentionnées dans le paratexte : il s’agit en l’occurrence d’Amiens, de Montbard, Rouen, Paris, Lyon, Poitiers et Montbrison-en-Forêt [7].

Ces textes sont rédigés par des membres anonymes de la Sainte Union (ou Sainte Ligue), qui disent parler au nom des catholiques et recourent donc régulièrement à un « nous », non de majesté, mais qui englobe le locuteur-énonciateur et des destinataires sur l’identité de laquelle nous reviendrons plus loin. Très nombreuses sont ainsi les occurrences de pronoms et déterminants possessifs de rang 4. En voici un exemple parmi d’autres dans La grande trahison descouverte en la Ville de Poictiers, sur les entreprises de Richelieu, & Malicorne :

Nous nous devons aussi promettre, qu’avec l’ayde & misericorde de ce bon Dieu, il n’y aura conseil ny mauvaise volonté d’aucun qui nous puissent nuire : C’est icy sa cause, c’est pour son honneur, & sainct service que nous nous sommes unis & opposez contre les armes & furieuses menaces de ce Tyran, & ses complices les meschans politicques, il ne faut poinct doubter qu’il ne nous assiste, donnant victoire telle que nous la souhaitons à ces bons Princes Catholicques. Ne perdons donc poinct courage si nous voyons quelques fois les meschans avoir succez en leurs affaires contre nostre desir. Il ne s’en faut esmerveiller : proposons nous que Dieu nous veut faire recognoistre que c’est luy seul qui doit estre nostre esperance & entier refuge : & qu’il se sent griefvement offencé, lorsque nous nous esloignons tant peu soit-il de ce ferme propos, nous plaignans & lamentans comme si l’on nous avoit du tout accablé : ce que s’il luy plaist ne nous touchera point, pourveu que nous persistions en noz prieres & entiere extirpation de noz vices [8] .

Quant aux destinataires, ils forment un auditoire complexe. En tout état de cause, le texte ne s’adresse pas aux ennemis, mais à un « nous » qui partage les mêmes convictions que l’auteur. La stratégie argumentative est donc vraisemblablement celle d’un renforcement de conviction, d’une communion autour de valeurs déjà partagées.

Par ailleurs, et comme le rappelle Denis Crouzet, le mode de circulation de ces textes augmente possiblement le nombre de récepteurs. « Les imprimés circulent [en effet] dans les villes » et « [p]oint n’est besoin que de nombreux exemplaires parviennent dans une ville ; il suffit d’une unique impression pour que le pamphlet soit aussitôt l’objet d’une prise de conscience collective, qu’il soit montré à tous et soit manipulé et ouvert par chacun [9] ». Cette circulation doit permettre d’exercer un véritable contrôle sur l’opinion publique. Le contemporain de la Ligue Palma Cayet raconte ainsi que « [l]’appast avec lequel on attire le menu peuple, ce sont les petits livrets que l’on sème, qui, selon que la nouveauté luy plaist, se la forme tellement en son esprit, qu’il est impossible de luy oster et principalement où il y va de la religion [10]  ».

Le propos est organisé contre une cible, un véritable ennemi politique [11], parfois précisément dénommé dès le titre, comme c’est le cas dans La grande trahison descouverte en la ville de Poictiers, sur les entreprises de Richelieu, & Malicorne ou Discours veritable du siege mis devant la ville de Montbard en Bourgongne, par le Sieur de Tavane associé des Reitres du Biarnois [12].

Il est plus souvent désigné, et de ce fait, catégorisé, par une étiquette orientée comme dans les titres suivants : La grande et veritable trahison decouverte en la ville de Lyon, Ensemble le nombre des traistres par noms & surnoms qui ont esté condamnez & faicts mourir par justice ; La trahison descouverte en la ville d’Amyens, le Dimenche huictième jour d’Avril 1590, brassée par ceux qui tiennent le party du Roy de Navarre, avec un advertissement aux Catholiques François ; La trahison nouvellement descouverte en la ville d’Amyens par les Catholiques, & la prise des heretiques & les noms de ceux qui la vouloient trahir.

L’étiquette peut être d’apparence neutre, comme dans La trahison descouverte des Politiques de la Ville de Rouen… ; La Thraison descouverte des Politiques de la ville de Roüen… ou encore le Discours des trahisons, perfidies, et desloyautez des Politiques de Paris…

Enfin, il peut s’agir d’une double étiquette comme dans l’Entreprise descouverte des Huguenots et Politiques de Lyon par les Catholiques de laditte ville.

Comme on peut le constater, les « Politiques » sont souvent pris pour cible. L’emploi de ce terme, assorti d’une majuscule, est apparu dans les années 1560, à l’époque de la régence de Catherine de Médicis, au nom du tout jeune Charles IX. La régente cherche alors avec le chancelier Michel de l’Hospital un terrain d’entente entre catholiques et protestants, ce qui ouvre un intense débat religieux et politique. D’un côté, les catholiques veulent faire l’unité religieuse autour du roi ; de l’autre, un courant s’efforce de disjoindre les problèmes politiques et les problèmes religieux afin de maintenir, avant tout, la cohésion de l’État : les tenants de ce courant sont désignés par ce terme de « p/Politiques [13] ». Ils sont « les tenants d’une suprématie, occasionnelle ou non, du pouvoir civil dans les affaires ecclésiastiques du royaume [14] ». Vers 1568, au moment où se multiplient les ligues, le terme, alors utilisé au pluriel, connaît une restriction de sens et désigne les catholiques modérés « accusés » de préférer la paix à l’éradication de ce qui est tenu pour une hérésie. Dans les années 1580-1590, c’est devenu le nom d’un véritable parti, qui s’oppose au groupe des catholiques ligueurs, comme cela est explicite dans les titres des textes retenus.

Caractéristiques pragmatiques

Selon Jean-Pierre Seguin, les occasionnels sont caractérisés par deux finalités principales :

Précisons la définition du canard, tel que nous l’entendons, pour cette période : le canard est un imprimé vendu à l’occasion d’un fait divers d’actualité, ou relatant une histoire présentée comme telle. Il peut avoir des liens plus ou moins étroits et avoués avec les événements politiques et religieux contemporains, mais le fait divers y demeure le principal motif d’intérêt et si propagande il y a, celle-ci passe d’abord par son couvert [15].

Le but des auteurs de tels écrits est donc, manifestement, d’abord informatif, puis argumentatif, finalités avérées dans les textes du corpus retenu.

Informer

Les auteurs insistent en effet sur la véracité de leurs propos, dans un souci d’accréditation manifeste lorsque l’adjectif « véritable » apparaît dans les titres, comme c’est le cas dans La grande et veritable trahison decouverte en la ville de Lyon…, les Discours veritables des traysons descouvertes de la ville de Lyon et de Montbrison en Forest… ou encore La trahison descouverte des Politiques de la Ville de Rouen. Contenant un discours veritable de ce qui s’est faict et passé en ladicte ville, le Mercredy 7 & Jeudy 8 de ce present mois de Juin.

Des noms précis sont ainsi fournis, parfois dès le titre [16]. Leur divulgation est annoncée par l’auteur de La grande et veritable trahison decouverte en la ville de Lyon, Ensemble le nombre des traistres par noms & surnoms qui ont esté condamnez & faicts mourir par justice. Le texte fourmille de précisions concernant les responsables du méfait :

C’est assavoir par la porte Sainct Jeu, Monsieur le Mareschal de Montmorency, Monsieur de Tournon, le Seneschal de Lyon, Chambault Gouverneur du Vivarais, Monsieur de Pont, assistez de plusieurs autres Gentils hommes, avec leurs compagnies de gens de cheval & de pied. Du costé de la porte du pont du Rosne allant au Daulphiné, devoient entrer Alphonce Corse, Monsieur de Lesguidiere, Blascon, Gouverrets, Aspremont, le Baron de la Roche, le Passage, du Pontais, le Conte de Maugeron, & leurs gens pareillement de cheval & de pied [17].

Le raisonnement vaut aussi pour les lieux :

Et vrayment ce lendemain là, les deleguez des villes de Gastine, Niort, Partenay, Touars, Moncontour, Hervault, Mirebeau, Chastelerault, & aultres arriverent, qui habitent le bas Poictou : & arriverent aussi les autres villes du haut Poictouy, qui estoient ceux de Talmont, Meroeil, Vouvant, Mervant, Bressuyre, & Lodun [18].

Ou encore pour les dates et la chronologie fine des événements :

Et par mesme moyen encor depuis peu de temps ença dans la Ville de Poitiers, qui fut que le Premier jour de ce mois de May, Richelieu & Malicorne y ayant ja long temps qu’ils estoyent dans la ville de Poictiers pour la garder pour Henry de Valois, firent semer un bruict par la Ville par leurs gens, que dans deux jours ils contraindroient les habitans de la Ville de tenir le party de Henry de Valois malgré qu’ils en eussent [19].

A priori, ces indications semblent conformes à la réalité. Si l’on compare ainsi deux textes dissemblables relatant un même événement qui se déroule à Amiens, en l’occurrence, La trahison descouverte en la ville d’Amyens, le Dimenche huictième jour d’Avril 1590, brassée par ceux qui tiennent le party du Roy de Navarre, avec un advertissement aux Catholiques François et La trahison nouvellement descouverte en la ville d’Amyens par les Catholiques, & la prise des heretiques & les noms de ceux qui la vouloient trahir. Avec un advertissement à tous les habitans des villes de France, & principalement à ceux de la ville de Paris, on s’aperçoit que les indications fournies sont similaires. En voici un court exemple, avec la mise en regard des deux textes, qui montre que les faits sont semblables, y compris dans les détails matériels [20] :

La trahison descouverte en la ville d’Amyens, p. 8-10 La trahison nouvellement descouverte en la ville d’Amyens, p. 10-11
[…] en une maison près l’Eglise de Sainct Jean, ils firent amas de deux cens cuyrasses ou environ, & puis de deux ou trois cens eschelles de cordes : avec un grand nombre de picques & de harquebuzes, proposant le jour qu’ils faisoyent leur Jubilé qui estoit Dimanche dernier huictiesme de ce mois d’Avril, s’emparer de la ville par le moyen des traystres qui estoient dedans [p. 9] dedans : pretendans de prendre lesdictes armes affin de couper la gorge à ceux qui qui feroyent la sentinelle de nuict, & par escallade faire entrer les Autheurs & Procureurs de la conspiration […] il descouvrit le pot aux roses, & nomma la maison près luy liste de Sainct Jean en laquelle les autheurs de la trahison avoient retirée deux ou trois cens cuirasses, autant d’eschelles, de cordes, de picques, & de harquebuses, pour s’en accommoder le jour de leur Jubilé, qui estoit le Dimenche ensuyvant premier jour du present moys d’Avril, que les conspirateurs de Compiengne se devoient presenter pour entrer par escallades en nostre ville d’Amyens…

Il n’y a donc pas (nécessairement) manipulation des faits, mais évidemment une orientation argumentative particulière à leur interprétation et, en l’occurrence, à la représentation (c’est-à-dire à la dénomination et à la catégorisation) de leurs responsables.

Donner des exemples

Les auteurs relatent les réactions et les châtiments associés aux événements concernés pour en faire de véritables exemples :

Monsieur & ami je vous ay bien voulu faire participant de ceste nouvelle, à fin qu’elle puisse servir d’exemple & de miroir, à tous les Catholiques de la France qui tiennent nostre party [21].

L’auteur de La trahison nouvellement descouverte en la ville d’Amyens par les Catholiques prend le soin de publier la liste des exécutions capitales :

Monsieur Melier, qui eust la teste trenchée.
La Glasse pendu
Mont Griffon pendu
La Plume pendu
Le Sergent Berthaut pendu
Le Receveur de Monsieur le Seneschal de Lyon et son Notaire pendu

[…] Voylà la recompense digne de tels gallans [22].

Les courts imprimés relèvent, à ce titre, de la vaste littérature des exempla et de leur fonctionnement argumentatif. C’est bien un exemplum qui est proposé à chaque fois au lecteur, c’est-à-dire un « récit bref donné comme véridique et destiné à être inséré dans un discours (en général un sermon) pour convaincre un auditoire par une leçon salutaire [23] ». Il s’agit aussi de « faire un exemple », au sens où les exécutions peuvent éventuellement décourager d’autres tentatives du même type. Les peines y sont ainsi systématiquement données pour méritées :

Car la mort de ces six habitans, anima tellement tous ceux de la Ville qu’ils s’armerent, furieusement en moins d’un rien, tuerent ces tueurs, devant qu’ils fussent retournez en leurs maisons, & qu’ils peussent rapporter à Richelieu & Malicorne ce qu’ils avoient faict [24].

Si les occasionnels semblent donc relever du genre judiciaire et recenser des méfaits assortis de leur punition, la dimension délibérative est aussi présente : soit que l’exemple doive fournir un enseignement pour l’avenir (une « leçon salutaire ») ; soit que des injonctions plus virulentes soient données, comme c’est le cas dans les deux Entreprise[s] qui se terminent ainsi par un véritable appel au meurtre :

Ô Chrestiens, Princes, Ducs & autres, que vous ne prenez les armes contre ces heretiques, seuls cause des maux de la France, & n’apprehendez le feu d’eux : car il les faut battre d’armes, & les brusler de feu [25].
[…] il vaut mieux mourir pour la deffence de nostre mere sainte Eglise vraye espouse de Dieu, contre les heretiques, que de les laisser vivre plus longuement [26].

L’observation de ces premières caractéristiques nous permet de vérifier que ces textes forment un corpus relativement homogène. Le type de publication et le format retenu induisent aussi le fait que les auteurs cherchent à ramasser rapidement (puisqu’il s’agit à chaque fois de textes d’actualité) et dans un espace textuel relativement concis un maximum d’informations. Ce désir se traduit par une précipitation (qui explique notamment la présence récurrente de coquilles) et par une densité stylistique manifeste.

Caractéristiques stylistiques : densités

Densité et abondance

La densité est tout d’abord une affaire de copia, rerum & verborum comme il se doit, laquelle se déploie dans un cadre caractérisé par une brevitas ponctuellement revendiquée [27]. Dans ces courts imprimés, il s’agit donc de dire beaucoup de choses en peu de mots.

La copia verborum est nécessairement limitée par le format, mais l’on peut tout de même rappeler ces accumulations de détails matériels évoqués plus tôt, qui peuvent se traduire par le recours à des phrases très longues, avec des relances et des enchaînements de subordonnées, notamment des comparatives-consécutives. Ce fait, comme quelques outils linguistiques identifiés ci-dessous, est commun avec la prose narrative contemporaine, telle qu’elle fut notamment étudiée par Alexandre Lorian [28]. Dans La trahison nouvellement descouverte en la ville d’Amyens par les Catholiques, une véritable période déroule ainsi un enchaînement d’événements rapportés aux temps du passé, avec des effets de coordination ou de subordination [29], dans une longue accumulation qui entasse précipitamment tous les rebondissements de la scène :

Quand ce garçon eust son passeport signé il faisoit bien son compte de sortir hors de la ville d’Amyens sans contredit & empeschemens quelconque, mais toutesfois fut tout esmerveillé quant il vint à la porte que les gardes ne se contenterent de lire son passeport seulement, ains qu’ils voulurent faire reveuë de ce qu’il y avoit dedans son sac, ayant trouvé que s’estoit du soulphre & non de l’avoyne, comme il avoit donné faussement à entendre, se doubtans qu’il y avoit quelque meschanceté cachée soubs cette entreprise, ils l’arresterent prisonnier & le menerent aux Gouverneurs de la ville qui l’interrogerent pourquoy il avoit prins un passeport faux, & par qui il avoit esté envoyé pour faire son achet, après qu’il eut declaré que sçavoit esté par les Gouverneurs de Compiengne, on l’admonesta de descouvrir tout ce qu’il sçavoit autrement qu’on le feroit mourir cruellement, pour rachepter sa vie que les hommes de ce monde tiennent pour la plus chere & pour la plus precieuse de toutes les choses qu’ils pourroient tenir en leur possession, il descouvrit le pot aux roses, & nomma la maison près luy liste de Sainct Jean en laquelle les autheurs de la trahison avoient retirée deux ou trois cens cuirasses, autant d’eschelles, de cordes, de picques, & de harquebuses, pour s’en accommoder le jour de leur Jubilé, qui estoit le Dimenche ensuyvant premier jour du present moys d’Avril, que les conspirateurs de Compiengne se devoient presenter pour entrer par escallades en nostre ville d’Amyens, mais moyennant la grace de Dieu leur trahison a esté descouverte, & les conspirateurs mis prisonniers en des prisons si fortes & si bien fermées qu’ils n’en sortiront qu’à bonnes enseignes & qu’ils ne soient pour endurer la mort qu’ils ont merité d’avoir voulu vendre & trahir leur patrie & leur ville, pour la livrer entre les mains de leurs ennemis [30].

Quant à la copia rerum, elle passe par le recours à des hyperboles, autre point commun avec la prose narrative contemporaine [31] : l’adjectif « grand » souvent présent dans le titre pour qualifier l’action des personnes incriminées (on parle ainsi de « grande trahison [32] ») en est un premier exemple. Les actes décrits sont par ailleurs qualifiés de « malheureuse entreprise [33] » ou d’« entreprise malicieuse [34] ». S’y ajoute le recours au pluriel, lorsqu’il est question de « trahisons » à partir d’une « trahison » particulière. L’exemplarité de l’événement tient naturellement au fait que celui-ci ne se confine pas à une réalité isolée et qu’il est donc généralisable, d’où généralisé : dans le Discours veritables des traysons descouvertes de la ville de Lyon et de Montbrison en Forest, il est ainsi question des « traysons & entreprises des politiques » ; dans La grande trahison descouverte en la Ville de Poictiers, sur les entreprises de Richelieu, & Malicorne, l’auteur évoque « les trahisons qui se descouvrent journellement contre les catholiques ». Enfin, dans La trahison descouverte en la ville d’Amyens, la stratégie de généralisation aboutit à la formulation d’une règle :

Il y a des contrées & des regions en la Chrestienté ou les habitans d’icelles ont toutes sortes de trahisons mais principallement celle qui se machine à l’encontre de sa patrie, en abhomination & detestation [35].

On peut enfin retenir la figure de la répétition et de la dérivation, dont l’emploi est particulièrement net dans les Discours de la prise des traystres de la ville de Lyon & de Monbrison en Forest par Monseigneur le Marquis de Sainct Sorlain, comme le montre le passage suivant :

Messieurs, je ne voulu fallir de mettre en mémoire les traysons & entreprises des politiques & Bigares de nostre ville de Lyon, lesquels avoient entrepris de sa saisir de la porte du Rone, & de la place de nostre Dame de consort, parellement de la place des cordeliers & des tarreaux, les trois principalles place de desça la Sene. Leurs entreprises & traysons estant conspirée & conclüe le manderent aux Didieres, Lyeutenant du Biarnois, tout l’espoir de leur entreprise, luy faisant sçavoir qui le tenoient pour leur chef & conducteur de leur entreprise, & qui l’eust à ce trouvé avec ces gens à la Guillotiere le premier jour de Fevrier la nuict, pour y estre le jour de la Chandeleur, pareillement qui seroit tous en armes & luy feroit ouverture par la porte du Rone, ce que voyant les Didieres, les promesses & asseurances des traystres fit response qui ne seroit faute de si trouvé avec huict cents chevaux & mil harquebuziers, & trois cens mousquetaires, & qui ne se fice faute de leur cauté & qui seroit prest du sien : Lors les traystres joyeux de la responce de leur entreprise se preparerent pour accomplir leur traysons & entreprise, faisant porter leurs armes secretement, la nuict en quatre maisons [36].

Densité et matraquage : un réseau intertextuel

Le terme « matraquage » désigne une campagne intensive et insistante visant à imposer un message, un nom, etc. à l’attention du public ou du consommateur. Or il s’agit bien pour les Ligueurs d’imposer l’idée selon laquelle les Politiques sont nuisibles, fomentent des complots visant à écarter les catholiques et sont donc coupables d’être favorables à Henri IV.

Sur cette densité entendue comme outil d’une stratégie d’intensité et d’insistance, on peut d’abord évoquer un certain de nombre de reprises des mêmes textes, ce dont témoigne le paratexte. C’est le cas des deux titres suivants, qui comportent l’indication soulignée ici, « sur le copie imprimée à X (par Y) », laquelle atteste d’une parution antérieure :

Discours des trahisons, perfidies, et desloyautez des Politiques de Paris, qui avoyent vendu ladicte ville à Henry de Bourbon, chef des heretiques de France, ennemy juré de nostre saincte foy Catholique, Sur la copie imprimée à Paris, Lyon, Louis Tantillon, 1589.
Discours veritable du siege mis devant la ville de Montbard en Bourgongne, par le Sieur de Tavane associé des Reitres du Biarnois. Auec la resistance & deffaicte desdits Reistres, par les habitans de ladicte ville. Avec la trahison descouverte, Prins sur la coppie imprimée à Paris par Denis Binet, Lyon, Jean Pillehotte, 1590 [37].

Le Discours veritable du siege mis devant la ville de Montbard en Bourgongne fait donc l’objet de deux éditions, strictement identiques en l’occurrence, si ce n’est que l’édition parisienne de Denis Binet fait quatorze pages, alors que l’édition lyonnaise en fait huit. Notons qu’il s’agit ici des mêmes textes, mais qu’il existe parfois deux récits pour des événements identiques, en l’occurrence ceux qui se situent à Amiens [38].

Le matraquage est aussi formel, en ce sens qu’au fil des textes on voit revenir le même vocabulaire, les mêmes tournures. On peut aussi noter la parenté des titres, par exemple, et observer la reprise du même schéma narratif. Chaque texte débute par une situation initiale présentant le cadre de l’action, avec l’indication des lieux, des dates et des personnes impliquées. C’est la préparation, rituellement secrète [39], qui constitue l’élément perturbateur du récit. Ce dernier est suivi de l’énumération des péripéties comprenant d’éventuels méfaits commis [40]. La phase de résolution repose sur la découverte de la conspiration [41] avec l’intervention d’un agent sur l’identité de laquelle nous reviendrons plus bas et, enfin, une situation finale qui expose la punition [42] (justement) imposée.

Densité et simplification

Dans ces textes, et indépendamment des realia évoquées plus haut, le concept de densité caractérise le choix de se passer des détails, ce qui aboutit à la caricaturisation des rapports.

Manichéisme(s) & amalgames

Je passe rapidement sur la pratique de l’amalgame [43], qui consiste à associer les Politiques aux huguenots ou aux athées. L’amalgame participe à une pseudo-définition de l’adversaire [44] et à sa stigmatisation [45], sa diabolisation [46], et donc à sa déconstruction éthique. J’insiste plutôt ici sur la représentation du Ligueur et sa propre construction éthique. Il ne s’agit pas seulement pour les auteurs de discréditer leurs adversaires, mais de profiter du faible espace qui leur est imparti pour brosser d’eux-mêmes un portrait laudatif, qui leur confère une respectabilité et surtout, une autorité sur les matières discutées.

Je m’arrête un instant sur l’emploi du terme « union », qui est un exemple significatif de cette démarche. Le « nous » dont il a été question plus haut désigne les catholiques en général et les membres de la Sainte Union ou de l’Union, deux expressions du reste préférées au terme « (Sainte) Ligue », qui n’est pas utilisé. Il s’agit en quelque sorte d’opposer une union à une trahison, qui par essence dissocie. Sur ce terme et son champ sémantique, c’est l’Entreprise descouverte des Huguenots et Politiques de Lyon par les Catholiques de laditte ville qui est le plus significatif. L’emploi du mot y met directement en relation la Ligue catholique avec Dieu, lui-même soucieux d’union, ainsi qu’avec le Christ, qui en est l’instrument :

Illumine à ceux qui sont gisans ès tenebres, & en l’umbre de la mort, pour nous dresser, guider & conduire en chemin d’Union & de paix : ce que nostre bon Dieu leur octroya : car il leur envoya son fils qui du ciel leur apporta paix, & les unit entre eux, ce que tesmoigne S. Luc au second chapitre, que Dieu envoya son fils pour apporter Union, paix, & concorde entre les saints patriarches & les payens qui leur resistoyent [47].

De la sorte, la Ligue est associée à Dieu, au Christ, ce qui suppose que les Politiques ne le soient pas.

Le débat est simplifié, caricaturé, de façon à opposer deux groupes identifiables, c’est-à-dire les bons et les méchants, de telle sorte que l’élément de résolution proposé dans les textes fait très régulièrement (pour ne pas dire systématiquement) intervenir Dieu, salvateur et ostensiblement défavorable aux Politiques. Après le récit des événements troublant l’ordre de la cité, apparaît un lien logique adversatif qui permet d’introduire l’élément de résolution que nous évoquions plus haut :

Toutesfois le bon Dieu qui n’oublie jamais les siens, qui ont mis tout leur espoir & attente en ses promesses, les preserva de ce danger [48].
Mais Dieu a bien demonstré qu’il ne vouloit que la tragedie sanglante qu’ilz pensoyent jouer fut mise en effect, attendu qu’ilz a permis que leur conjuration ayt esté descouverte, par le moyen d’un garçon de Compiegne [49].
[…] mais Dieu a bien demonstré qu’elle ne luy estoit aggreable, pour ce qu’il a permis qu’elle ayt esté descouverte par le moyen d’un jeune garçon de Compiengne [50].

Les « trahisons », qui constituent une catégorie particulière d’occasionnels, constituent donc une « formation discursive [51] » profondément marquée par une intertextualité qui sert le matraquage des injonctions.

Naturellement, des pratiques similaires sont à l’œuvre dans l’autre camp et une véritable « guerre des mots » se joue alors [52].

Les textes plus longs sont a priori plus variés. Par exemple, dans La trahison descouverte en la ville de Ponthoise [53], qui comporte 24 pages, des expressions imagées sont utilisées, comme « tenir l’oyseau par le pied & non par la plume », avoir « le fiel à la queue », « [être] de ceux qui à petit pied mettent grande chaussure ». Des comparaisons apparaissent çà et là : « la conscience de leurs desloyautez estant comme un ver continu ». La relative ampleur du format permet une réflexion plus ample, avec des considérations d’ordre politique, voire philosophique. C’est le cas du Discours au vray de la desloyale conjuration, brassée par le Sieur de Botheon & ses complices, sur la ville de Lyon, où l’auteur formule des remarques sur les causes des conspirations et ne commence le récit du fait principal qu’à la huitième page de son texte.

Le but des « trahisons » est bien d’informer et de persuader rapidement, sans questionnement politique particulier, sans effet de style ou de recherche stylistique marquée. C’est un discours d’exécration que ces auteurs offrent à leurs contemporains, un texte dense, où les faits prévalent sur la réflexion de fond, où les individualités sont catégorisées sans équivoque et sans nuance : dans si peu d’espace, le propos se doit d’être univoque, au risque de diluer la leçon et d’en amoindrir l’efficacité pragmatique.

Notes

[1Dans ces titres comme dans le reste des citations, le « u » et le « v » sont dissimilés, tout comme le « i » et le « j », les homonymes sont régularisés et les finales de participes passés sont accentuées. Par ailleurs, dans la suite du propos, les titres présentés ici en intégralité sont abrégés et le détail des références bibliographiques n’est pas répété.

[2Chez Furetière (1690), le mot est glosé de la manière suivante : « en termes de guerre, se dit d’un dessein qu’on forme, du devoir où on se met de surprendre, de conquerir une place, une Province, d’enlever un quartier » (Grand Corpus des dictionnaires (IXe-XXs.), en ligne : https://www.classiques-garnier.com/numerique-bases/corpusdictionnaires, article « entreprise », consulté le 19 septembre 2019).

[3Le sous-titre du Discours des trahisons, perfidies, et desloyautez des Politiques de Paris, qui avoyent vendu ladicte ville à Henry de Bourbon, chef des heretiques de France, ennemy juré de nostre saincte foy Catholique, est ainsi « la trahison descouverte des Politiques de la ville de Paris ».

[4Sylvie Moirand, « L’impossible clôture des corpus médiatiques. La mise à jour des observables entre catégorisation et contextualisation », Travail no 40, Université de Neufchâtel, p. 71-92, ici p. 73.

[5Jean-Pierre Seguin, L’Information en France avant le périodique. 517 canards imprimés entre 1529 et 1631, Paris, Maisonneuve et Larose, 1964.

[6Par exemple, le Vray discours de la trahison & entreprinse faite sur la ville d’Agen, par les Heretiques & Politiques, le Samedy 5 de Janvier 1591. Avec l’ordre qu’ils tenoyent pour l’execution d’icelle, Rouen, Richard L’Allemant, 1591 (in-8o, 21 pages) ; le Discours au vray de la desloyale conjuration, brassée par le Sieur de Botheon & ses complices, sur la ville de Lyon, 1590 (in-8o, 28 pages) ; La trahison descouverte en la ville de Ponthoise, Paris, Robert Nivelle et Thierry Rolin, 1591 (in-8o, 24 pages) ou le Discours de l’entreprise des heretiques et huguenots sur la ville de Troyes, Lyon, Pillehotte, 1590 (in-8o, 20 pages).

[7Les faits relatés dans ces occasionnels sont pris en compte et attestés par les historiens. Pour le cas de Lyon, voir par exemple Antoine Péricaud, Notes et documents pour servir à l’histoire de Lyon (1589-1594), Lyon, Pélagaud et Lesne, 1839.

[8La grande trahison descouverte en la Ville de Poictiers, sur les entreprises de Richelieu, & Malicorne, p. 12-13. Souligné par nous.

[9Denis Crouzet, Les Guerriers de Dieu, la violence au temps des guerres de religion, Seyssel, Champ Vallon, 1990, p. 187-188.

[10Pierre-Victor Palma Cayet, Chronologie novenaire, contenant l’histoire de la guerre sous le regne d’Henry IV, et les choses les plus mémorables advenues par tout le monde, depuis le commencement de son regne, l’an 1589 jusques à la paix de Vervins, en juin 1598, Paris, Foucault, 1824, t. 1, p. 22.32.

[11Sur ce concept, voir Murray Edelman, Pièces et règles du jeu politique, Paris, Éditions du Seuil, 1991, p. 129 sqq.

[12Souligné par nous comme dans les exemples qui suivent.

[13Philippe Mesnard, L’Essor de la philosophie politique au XVIsiècle, Paris, Vrin, 1935.

[14Sylvio Hermann De Franceschi, « L’orthodoxie catholique post-tridentine face aux Politiques », Revue d’histoire des idées politiques, Art et politique, no 39, 2014, p. 129.

[15Jean-Pierre Seguin, op. cit., p. 8.

[16Voir supra.

[17Jean-Pierre Seguin, op. cit., p. 6.

[18La grande trahison descouverte en la ville de Poictiers, sur les entreprises de Richelieu, & Malicorne, p. 7.

[19Ibid., p. 4-5.

[20Nous soulignons les éléments pertinents.

[21La trahison nouvellement descouverte en la ville d’Amyens par les Catholiques, & la prise des heretiques & les noms de ceux qui la vouloient trahir, p. 11. Le constat est le même pour La trahison nouvellement descouverte en la ville d’Amyens par les Catholiques, & la prise des heretiques & les noms de ceux qui la vouloient trahir, p. 11-12. Voir aussi La trahison descouverte des Politiques de la ville de Troys en Champaigne, p. 12.

[22La trahison nouvellement descouverte en la ville d’Amyens par les Catholiques, & la prise des heretiques & les noms de ceux qui la vouloient trahir, p. 7.

[23Claude Brémond, Jacques Le Goff, Jean-Claude Schmitt, L’« Exemplum », Turnhout, Brepols, 1982, Typologie des sources du Moyen Âge, fasc. 40, 2e éd. augmentée par Jacques Berlioz, 1996, p. 37-38.

[24Voir aussi La grande trahison descouverte en la ville de Poictiers, sur les entreprises de Richelieu, & Malicorne, p. 9 ; La grande et veritable trahison decouverte en la ville de Lyon, Ensemble le nombre des traistres par noms & surnoms qui ont esté condamnez & faicts mourir par justice, p. 5-6 ; La trahison nouvellement descouverte en la ville d’Amyens par les Catholiques, & la prise des heretiques & les noms de ceux qui la vouloient trahir, p. 11 ou encore La trahison descouverte des Politiques de la ville de Troys en Champaigne, p. 12.

[25Entreprise descouverte des Huguenots et Politiques de Lyon par les Catholiques de laditte ville, p. 13.

[26Ibid., p. 15. L’injonction est réitérée à plusieurs reprises.

[27Le désir de brevitas – assez convenu – est explicite dans les remarques suivantes : « Nous pourrions nommer plusieurs villes Capitalles de la France, que quelque habitans ont voulu vendre pour les livrer entre les mains de leurs ennemys, qui sont ceux qui tiennent le party du Roy de Navarre, mais pour estre bref je ne parleray à present pour l’occasion qui s’en presente, que de la ville d’Amiens Capitalles de la Picardie » (La trahison descouverte en la ville d’Amyens, p. 7) ; « Ô ville combien tu reçois dedans tes murs d’atheistes, combien de Mahometistes, combien d’Arriens, combien de Pelagiens & Manichées, & pour conclure en bref, combien de gens ramassez, qui depuis que tu es bastie t’habitent, & combien d’Apostats, desquels le nombre est infini, helas mon Dieu, que pensez vous faire Ô Chrestiens, Princes, Ducs & autres, que vous ne prenez les armes contre ces heretiques, seuls cause des maux de la France, & n’apprehendez le feu d’eux : car il les faut battre d’armes, & les brusler de feu. » (Entreprise descouverte des Huguenots et Politiques de Lyon par les Catholiques de laditte ville, p. 13-14).

[28Alexandre Lorian, Tendances stylistiques dans la prose narrative française au XVIe siècle, Paris, Klincksieck, 1973.

[29La trahison nouvellement descouverte en la ville d’Amyens par les Catholiques, p. 3-5.

[30Ibid., p. 9-11.

[31Voir Alexandre Lorian, op. cit.

[32La grande trahison descouverte en la ville de Poictiers, sur les entreprises de Richelieu, & Malicorne… ; La grande et veritable trahison decouverte en la ville de Lyon.

[33La grande et veritable trahison decouverte en la ville de Lyon, p. 2.

[34La trahison nouvellement descouverte en la ville d’Amyens par les Catholiques, & la prise des heretiques & les noms de ceux qui la vouloient trahir, p. 7.

[35La trahison descouverte en la ville d’Amyens, p. 4-5.

[36Discours de la prise des traystres de la ville de Lyon & de Monbrison en Forest par Monseigneur le Marquis de Sainct Sorlain, p. 4-5 ; souligné par nous.

[37Souligné par nous.

[38Voir supra.

[39Dans le Discours des trahisons, perfidies, et desloyautez des Politiques de Paris, il est par exemple question d’une «  réunion nocturne (op. cit., p. 11) qui se fait « secrettement » (ibid.). Dans La grande trahison descouverte en la ville de Poictiers, une réunion se fait aussi « secrettement » (op. cit., p. 5), tout comme dans Discours veritables des traysons descouvertes de la ville de Lyon (op. cit., p. 5).

[40Dans le Discours des trahisons, perfidies, et desloyautez des Politiques de Paris, une série de termes informent le lecteur sur ces différents méfaits (« viola », « piller », « ruines », « desolations », « tuez », op. cit., p. 13).

[41Dans le Discours des trahisons, perfidies, et desloyautez des Politiques de Paris, cela correspond au moment où l’« entreprinse [est] descouverte » (ibid., p. 12).

[42Dans le même discours, il est question du « procez [fait] aux coulpables » (ibid., p. 14), qui sont alors « punis » et « executez » (ibid.).

[43Voir notre article « Simplifier pour stigmatiser : le cas des Politiques à la fin du XVIe siècle », journée d’études Stigmatiser : normes sociales et pratiques médiatiques, Paris, mai 2017, actes à paraître chez Le Bord de l’eau, collection « Documents », sous la direction de Maëlle Bazin, Frédéric Lambert, Giuseppina Sapio, en 2019.

[44Voir notre article, « Formes et usages de la définition dans le discours politico-religieux de la fin du XVIe siècle (1588-1591) : le cas du ‘Politique’ ». Le Français Moderne – Revue de linguistique Française, no 2, 2018.

[45Voir notre article « Simplifier pour stigmatiser : le cas des Politiques à la fin du XVIe siècle ».

[46Voir notre article « Formes et enjeux de la diabolisation du Politique à la fin de la Renaissance : le cas de l’imputation de points de vue », journée d’études Diabolus in littera : le vertige herméneutique, Montpellier, octobre 2018, actes à paraître.

[47Entreprise descouverte des Huguenots et Politiques de Lyon par les Catholiques de laditte ville, p. 8-9.

[48La grande et veritable trahison decouverte en la ville de Lyon, Ensemble le nombre des traistres par noms & surnoms qui ont esté condamnez & faicts mourir par justice, p. 5.

[49La trahison descouverte en la ville d’Amyens, le Dimenche huictième jour d’Avril 1590, brassée par ceux qui tiennent le party du Roy de Navarre, p. 9.

[50La trahison nouvellement descouverte en la ville d’Amyens par les Catholiques, & la prise des heretiques & les noms de ceux qui la vouloient trahir, p. 6-7.

[51Voir supra.

[52Denis Crouzet, op. cit., p. 190.

[53Voir n. 6.


Pour citer l'article:

Véronique MONTAGNE, « Formes et enjeux des Trahisons de la fin du XVIe siècle » in Canards, occasionnels, éphémères : « information » et infralittérature en France à l’aube des temps modernes, Actes du colloque organisé à l’Université de Rouen en septembre 2018, publiés par Silvia Liebel et Jean-Claude Arnould.
(c) Publications numériques du CÉRÉdI, "Actes de colloques et journées d'étude (ISSN 1775-4054)", n° 23, 2019.

URL: http://ceredi.labos.univ-rouen.fr/public/?formes-et-enjeux-des-trahisons-de.html

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